Résistance aux antimicrobiens

Imaginez un monde dans lequel les infections et les maladies chez les animaux, les humains et les plantes ne pourraient pas être traitées. Ce scénario catastrophe pourrait devenir une réalité, car certains virus, champignons, parasites et certaines bactéries développent une résistance aux médicaments que nous utilisons pour les combattre. La résistance aux antimicrobiens (RAM) est devenue l’un des problèmes de santé les plus pressants de notre époque. Des solutions existent et chacun a un rôle à jouer pour faire face à cette menace mondiale.

Antimicrobial resistance

La résistance aux antimicrobiens est une menace croissante pour le bien-être animal et humain 

Les agents antimicrobiens comptent parmi les réalisations les plus spectaculaires de l’humanité. Les médicaments antimicrobiens, tels que les antibiotiques qui sont utilisés pour traiter les infections bactériennes, ont ouvert la voie à de meilleures conditions de vie pour les humains et les animaux. Avant l’avènement de la médecine moderne, les infections dues à des coupures mineures pouvaient entraîner des infections du sang ou la mort.

Aujourd’hui, les agents antimicrobiens aident les animaux et les humains à vivre plus longtemps et en meilleure santé. Mais combien de temps cela va-t-il durer ? Un grand nombre de ces médicaments vitaux perdent leur efficacité à mesure que les microbes auparavant sensibles (bactéries, virus, champignons et parasites microscopiques) deviennent résistants. Ce phénomène est connu sous le nom de « résistance aux agents antimicrobiens », ou RAM. La résistance aux antimicrobiens a conduit à l’émergence de ce que l’on appelle les « superbactéries », qui posent un défi aux professionnels de la santé, aux vétérinaires et aux autres prestataires de services de santé animale en raison de la réduction des options thérapeutiques efficaces pour prévenir, contrôler et traiter les maladies infectieuses. Les animaux et les humains deviennent, une fois de plus, impuissants face à l’infection.

En inversant des décennies de progrès, la résistance aux antimicrobiens représente l’un des plus grands défis sanitaires de notre époque, devenant une cause majeure de décès dans le monde. Elle constitue une menace croissante pour la santé animale et humaine, ainsi que pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale.

Heureusement, des solutions existent pour freiner l’émergence de microbes résistants aux médicaments. Et chacun d’entre nous peut prendre part à la lutte contre cette menace envers la santé mondiale, qu’il soit agriculteur, producteur d’animaux aquatiques, prestataire de services de santé animale, professionnel de la santé ou citoyen de n’importe quel pays. 



Quels sont les impacts de la RAM sur la santé animale, humaine, végétale et environnementale ?  

La propagation de nouvelles souches de bactéries résistantes chez les animaux terrestres et aquatiques entraîne inexorablement une augmentation des souffrances et des pertes animales. Affectant ainsi les moyens de subsistance dans le monde entier, puisque 1,3 milliard de personnes dépendent du bétail pour vivre et plus de 20 millions de personnes dépendent de l’aquaculture.

Lorsque les antibiotiques se répandent dans le sol et les cours d’eau, des souches de bactéries résistantes peuvent apparaître dans l’environnement. Celles-ci peuvent à leur tour infecter les animaux et les humains qui entrent en contact avec elles. En outre, les bactéries résistantes aux antibiotiques des animaux traités peuvent être présentes dans le fumier et, par conséquent, être disséminées dans l’environnement et dans la faune sauvage. L’utilisation responsable des antibiotiques et l’élimination correcte des médicaments non utilisés ou périmés, ainsi que des déchets des industries concernées, permettent de s’assurer que ces précieux produits pharmaceutiques restent autant que possible hors de l’environnement et réduisent le risque de développement de bactéries résistantes.  

Le même phénomène s’observe également dans le domaine de la santé humaine, la résistance aux antimicrobiens apparaissant à la suite d’une mauvaise utilisation des antibiotiques chez les humains. Aujourd’hui, de nouvelles souches de bactéries résistantes affectent dangereusement les patients des hôpitaux du monde entier. Les infections telles que la gonorrhée, la cystite ou les infections liées à des interventions chirurgicales de routine comme la pose d’une prothèse de hanche, deviennent plus difficiles à soigner chez l’homme. On ne sait toujours pas combien de décès humains sont liés à la RAM provenant d’animaux, notamment par le biais d’infections d’origine alimentaire. 

Afin de garantir l’efficacité des agents antimicrobiens et de préserver les acquis en matière de santé et de développement de ces 50 dernières années, la résistance aux antimicrobiens doit être maîtrisée.  


On estime que

quatre millions

de décès humains étaient liés à la résistance aux antimicrobiens en 2019.

Dont

1,3 million

de décès humains directement causés par des bactéries résistantes.

Murray CJL et al. The Lancet 2022, Vol. 399, Issue 10325. doi:10.1016/S0140-6736(21)02724-0.

Bien que la charge actuelle des maladies animales dues à la RAM au niveau mondial reste inconnue, plusieurs initiatives sont en cours pour l’estimer, notamment le programme Global Burden of Animal Diseases dans lequel nous sommes activement impliqués. 


Comment les bactéries deviennent-elles résistantes aux médicaments ? 

Il s’agit d’une course entre les humains, qui tentent de guérir les maladies, et les germes telles que les bactéries, qui évoluent pour survivre. Les antibiotiques agissent en tuant les bactéries qui rendent les humains et les animaux malades ou en limitant leur croissance. Ils soignent les maladies animales telles que la mastite chez les vaches laitières, les infections des voies respiratoires et urinaires chez les chiens ou les infections à streptocoques chez les poissons et sont essentiels pour réduire la souffrance et la mortalité des animaux. Pourtant, les bactéries s’adaptent très bien à leur environnement au fil du temps. Par des mutations génétiques aléatoires et le transfert de traits de résistance aux agents antimicrobiens, elles peuvent parfois acquérir des gènes qui leur permettent de survivre aux médicaments destinés à les tuer. Grâce à la sélection naturelle, de nouveaux variants résistants peuvent se développer et se répandre. Chaque fois que des antibiotiques sont utilisés, les bactéries ont l’opportunité de développer une résistance. Cela signifie-t-il que nous devrions cesser d’utiliser les antibiotiques ? Absolument pas, mais cela signifie que nous devons les utiliser de manière responsable, et uniquement lorsque cela est nécessaire.  

Les antibiotiques sont essentiels à la santé mondiale, et il n’est envisageable d’arrêter de les utiliser lorsque leur utilisation médicale est justifiée. Il est de notre devoir de préserver la santé et le bien-être des animaux. Cependant, dans de trop nombreux cas, les antibiotiques sont mal utilisés, créant inutilement les conditions propices à l’apparition d’une résistance aux médicaments. L’utilisation d’un antibiotique pour traiter l’infection virale d’une vache, par exemple, ne sera d’aucune utilité pour la vache car les antibiotiques sont efficaces contre les bactéries mais pas contre les virus. Les antibiotiques sont aussi parfois utilisés à outrance pour favoriser la croissance des animaux destinés à la consommation. Une utilisation contre-indiquée et excessive pourrait conduire les antibiotiques à causer plus de mal que de bien. Mais en utilisant ces médicaments avec responsabilité, et seulement lorsque cela est nécessaire, nous pouvons réduire les risques de résistance des agents pathogènes et protéger la santé des humains, des animaux, des plantes et de l’environnement. 



La solution : prévention et utilisation responsable des agents antimicrobiens 

L’inversion de la tendance en matière de résistance aux antimicrobiens peut sembler être une tâche décourageante. Cependant, nous savons déjà comment y parvenir. Dans le secteur de la santé animale, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre par les agriculteurs, les producteurs d’animaux aquatiques, les propriétaires d’animaux de compagnie et les professionnels concernés pour faire en sorte que ces précieux médicaments soient utilisés de manière responsable et restent efficaces à l’avenir.  

Les animaux sont plus sensibles aux maladies lorsqu’ils vivent dans des environnements stressants ou lorsque les conditions d’hygiène sont mauvaises. Il est donc essentiel de suivre de bonnes pratiques de gestion des animaux axées sur la prévention des maladies et d’utiliser les agents antimicrobiens avec responsabilité. Ce faisant, nous pouvons collectivement limiter le développement de la résistance aux antimicrobiens et protéger l’efficacité des agents antimicrobiens pour les générations futures d’animaux et d’humains. Un nombre croissant d’agriculteurs et de professionnels de la santé animale dans le monde entier modifient déjà leurs pratiques pour réussir à contrecarrer la menace posée par la résistance aux antimicrobiens. Ces efforts sont une source d’inspiration et une protection pour tous. Prenons exemple sur eux, car il reste encore beaucoup à faire en la matière. 



Une santé : nous avons tous un rôle à jouer pour freiner la progression de la RAM One Health: we all have a role to play in curbing the rise of AMR 

La santé animale, la santé humaine et la santé environnementale sont intrinsèquement liées et interdépendantes. Nous partageons la terre, les ressources… et les agents pathogènes. Des souches dangereuses de bactéries résistantes peuvent se propager entre populations animales, humaines et végétales, ainsi qu’au sein de ces dernières, et se déplacer dans les cours d’eau, le sol et l’air, infectant au passage les animaux sauvages. Comme plus de 60 % des agents pathogènes à l’origine de maladies humaines proviennent d’animaux domestiques ou sauvages, la protection de la santé des animaux et de l’environnement contribue à protéger la santé humaine. 

La lutte contre la résistance aux antimicrobiens est une entreprise véritablement mondiale et doit être abordée dans le cadre d’une approche Une santé. C’est pourquoi la collaboration entre les secteurs traitant de la santé humaine, animale, végétale et environnementale est cruciale.

C’est en réduisant l’utilisation excessive d’agents antimicrobiens chez les humains, les animaux et les plantes que nous pourrons améliorer la santé à l’échelle mondiale. 


Questions-réponses sur la résistance aux antimicrobiens

Qu’est-ce qu’un microbe ? 

Un microbe est un minuscule organisme qui ne peut pas être vu à l’œil nu et ne peut être observé qu’au moyen d’un microscope. Les bactéries, les virus, les champignons et les micro-parasites sont des microbes. 

Qu’est-ce qu’un agent pathogène ? 

Un agent pathogène est un organisme qui peut rendre malades les humains, les animaux et les plantes. Il peut s’agir de bactéries, de virus, de champignons et de parasites. Cependant, beaucoup de ces derniers sont inoffensifs et ne sont donc pas considérés comme des agents pathogènes. Par exemple, de nombreuses bactéries non pathogènes font partie de la flore intestinale normale des animaux et des humains et sont connues sous le nom de bactéries commensales. Celles-ci peuvent contribuer au fonctionnement normal de l’intestin.  

Comment les agents pathogènes développent-ils une résistance aux agents antimicrobiens ? 

La résistance aux antimicrobiens est un phénomène qui résulte de mutations aléatoires et de la sélection naturelle. Certaines bactéries sont également capables de partager du matériel génétique avec d’autres bactéries, ce qui accroît la propagation de la résistance au sein des populations bactériennes chez les humains, les animaux, les plantes et dans l’environnement. La résistance aux antimicrobiens est fortement accélérée par l’utilisation inappropriée des agents antimicrobiens, car ceux-ci peuvent exercer une pression sélective pour que les bactéries présentant des traits de résistance survivent et se développent.  

Quelles sont les personnes concernées par la résistance aux antimicrobiens ? 

Toute la population mondiale est concernée par l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens. Il s’agit d’un problème mondial qui menace la santé des humains, des animaux, des plantes et de l’environnement. L’impact de la RAM est plus important dans les pays à revenu faible ou intermédiaire qui ont un accès réduit aux soins de santé ou aux services vétérinaires et où l’utilisation des agents antimicrobiens est mal réglementée et contrôlée en raison de ressources limitées. 

Les antibiotiques sont-ils efficaces contre les infections virales ? 

Non. Les antibiotiques, utilisés de façon correcte, traitent les infections bactériennes mais pas les infections virales.  

Quelle est la différence entre un antibiotique et un antimicrobien ? 

Si tous les antibiotiques sont des antimicrobiens, tous les antimicrobiens ne sont pas des antibiotiques. Un agent antimicrobien est une substance qui tue les agents pathogènes ou arrête leur croissance. Les antibiotiques sont un type spécifique d’antimicrobiens qui sont utilisés contre les bactéries. De la même manière, les antifongiques sont utilisés contre les champignons. Les antibiotiques et les antifongiques sont tous deux des agents antimicrobiens. 

Ne devrions-nous pas réserver l’utilisation des agents antimicrobiens pour traiter les humains ? 

Non. Nous sommes responsables du bien-être de nos animaux domestiques et notre santé est liée à la leur. Interdire l’utilisation d’agents antimicrobiens chez les animaux compromettrait gravement la santé et le bien-être des animaux, la sécurité alimentaire ainsi que les moyens de subsistance des communautés agricoles. Cela aurait un impact négatif sur les économies nationales et la sécurité alimentaire. En utilisant les agents antimicrobiens de manière responsable chez les animaux et les humains, nous pouvons préserver leur efficacité pour tous. 

Peut-on résoudre complètement le problème de la résistance aux antimicrobiens ? 

Non. Rien ne peut empêcher les bactéries ou autres agents pathogènes de s’adapter à leur environnement et de développer une résistance. Il est toutefois possible de ralentir suffisamment le processus pour qu’il devienne un problème gérable et pour protéger l’efficacité des agents antimicrobiens nécessaires au traitement des infections chez les animaux, les humains et les plantes.  

En utilisant moins d’agents antimicrobiens, les humains et les animaux ne seront-ils pas plus sujets aux maladies ? 

Non. Les agents antimicrobiens soignent les animaux et les humains malades et doivent être utilisés conformément aux directives en vigueur. C’est en réduisant leur utilisation excessive et inappropriée que nous pourrons endiguer la résistance aux agents antimicrobiens. En fait, nous pouvons prévenir les maladies chez les animaux et les humains grâce à des programmes de vaccination ou à la mise en œuvre d’autres mesures pertinentes, telles que des mesures de sécurité biologique dans les exploitations agricoles pour empêcher l’introduction de maladies infectieuses dans les populations animales.  


Vous produisez, utilisez ou prescrivez des agents antimicrobiens et souhaitez améliorer vos pratiques :

  • Suivez les directives de l’OMSA pour une utilisation responsable des agents antimicrobiens. 
  • Diffusez l’information sur la résistance aux antimicrobiens et ses solutions 

Vous êtes un citoyen désireux d’aider. Voici ce que vous pouvez faire :

  • Utiliser des agents antimicrobiens (tels que des antibiotiques) conformément à la prescription par un vétérinaire 
  • Vous informer sur la résistance aux antimicrobiens 
  • Diffuser l ’information 

En première ligne dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens

Une menace mondiale exige une réponse mondiale coordonnée. L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE) occupe une position unique pour contribuer à la lutte mondiale contre la résistance aux antimicrobiens. Que ce soit en collaborant étroitement avec les services vétérinaires et de santé des animaux aquatiques nationaux, en recueillant et en analysant des données sur l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux, ou en plaidant pour l’amélioration des pratiques, nous agissons pour orienter le monde vers un avenir plus sain et plus durable. 


Présentation de la stratégie RAM par notre Directrice générale 


Quatre piliers pour freiner la propagation de la RAM

Encourager la bonne gouvernance et le renforcement des capacités 
Promouvoir la mise en œuvre des normes internationales 
Renforcer les connaissances par la surveillance et la recherche 
Améliorer la sensibilisation et la compréhension de la RAM 


Développer la capacité des services vétérinaires à lutter contre la RAM

Les vétérinaires et les professionnels de la santé des animaux aquatiques constituent la première ligne de défense lorsqu’il s’agit de freiner la propagation de la résistance aux antimicrobiens dans le secteur de la santé animale. Ils soignent les animaux malades, terrestres comme aquatiques, et décident quand et comment administrer des antibiotiques et autres agents antimicrobiens.  

Ils fournissent également des conseils sur la manière d’élever les animaux en respectant les bonnes pratiques d’élevage et de sécurité biologique pour prévenir et contrôler les maladies afin de rationaliser le besoin d’antibiotiques. Nos normes internationales fournissent des orientations aux services nationaux de santé animale afin de soutenir le traitement efficace des animaux tout en limitant l’émergence de souches d’agents pathogènes résistantes aux médicaments.  

Les services de santé animale du monde entier peuvent acquérir ces bonnes pratiques grâce à des sessions et des ateliers spécifiques de renforcement des capacités en matière de RAM. Ils peuvent également accéder à des documents de référence tels que la liste des agents antimicrobiens d’importance vétérinaire, qui fournit des recommandations spécifiques sur la manière d’utiliser en médecine vétérinaire certains produits pharmaceutiques considérés comme hautement prioritaires pour la prévention et le contrôle des infections chez les humains. 

Seuls des services nationaux de santé animale efficaces et compétents peuvent relever les défis de la santé et du bien-être des animaux tout en protégeant chaque individu de la menace posée par les agents pathogènes résistants aux médicaments. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé animale s’efforce d’aider les pays à améliorer l’efficacité globale de leurs systèmes nationaux de santé animale. Notre programme phare, le Processus d’aluation de la performance des services vétérinaires (PVS), fournit aux services nationaux de santé animale une compréhension complète de leurs forces et de leurs faiblesses dans tous les domaines de travail qui sont sous leur responsabilité, y compris la résistance aux antimicrobiens. Il les aide ensuite à combler au mieux les lacunes identifiées et à hiérarchiser leurs actions. 

Une fois que les pays ont identifié ce qui est nécessaire pour lutter plus efficacement contre la RAM, ils peuvent parfois être freinés par un manque de ressources financières. Le Fonds fiduciaire multipartenaires pour la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, géré conjointement avec nos partenaires, soutient les efforts de lutte contre la RAM dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en adoptant une approche multisectorielle et « Une santé » dans la mise en œuvre des plans d’action nationaux sur la RAM. Les projets financés contribuent à sensibiliser les publics concernés et à soutenir et renforcer l’élaboration et la mise en œuvre de programmes de suivi et de surveillance de l’utilisation des agents antimicrobiens et de la RAM dans et entre les secteurs, entre autres. 



Établir des normes internationales pour une utilisation responsable des agents antimicrobiens 

Nos normes internationales sont conçues comme des lignes directrices visant à améliorer la santé et le bien-être des animaux. Leur respect permet de réduire la charge des maladies infectieuses dans les populations animales, et donc de réduire la nécessité et l’utilisation des agents antimicrobiens. Par ailleurs, en utilisant moins d’antimicrobiens, nous limitons les conditions dans lesquelles les bactéries et autres agents pathogènes peuvent développer une résistance. Cependant, ces normes doivent être mises en œuvre correctement sur le terrain pour remplir leur objectif.  

L’une des approches les plus efficaces pour garantir leur mise en œuvre est la législation. Nos normes internationales doivent servir de base aux réglementations nationales. En tant qu’élément essentiel de l’infrastructure d’une nation, la législation vétérinaire fournit les pouvoirs nécessaires aux autorités vétérinaires pour garantir la santé animale et publique. La mise en œuvre d’une législation appropriée peut, par exemple, garantir que les pays adoptent une position ferme contre l’utilisation de médicaments trafiqués ou interdisent la vente libre de certains produits pharmaceutiques. 

Pourtant, il existe des lacunes dans les législations nationales relatives à la RAM qui pourraient entraver la capacité des services vétérinaires à mener à bien leur mission. Notre Programme d’appui à la législation vétérinaire (PALV) aide les Membres à reconnaître et à répondre à leurs besoins en matière de législation vétérinaire claire et exhaustive. Parce qu’un cadre juridique solide est nécessaire pour que les pays puissent prendre des mesures efficaces face à des menaces sanitaires telles que la RAM. 

Normes internationales de l’OMSA pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens 

Code sanitaire pour les animaux terrestres

Chapitre 6.7. Introduction aux recommandations visant à contrôler les résistances aux agents antimicrobiens 

Chapitre 6.8. Harmonisation des programmes nationaux de surveillance et de suivi de la résistance aux agents antimicrobiens 

Chapitre 6.9. Suivi des quantités d’agents antimicrobiens utilisées chez les animaux servant à la production de denrées alimentaires et détermination des profils d’utilisation  

Chapitre 6.10. Usage responsable et prudent des agents antimicrobiens en médecine vétérinaire 

Chapitre 6.11. Analyse des risques de résistance aux agents antimicrobiens résultant de leur utilisation chez les animaux 

Code sanitaire pour les animaux aquatiques 

Chapitre 6.1. Introduction aux recommandations portant sur le contrôle de la résistance aux agents antimicrobiens 

Chapitre 6.2. Principes d’usage prudent et responsable des agents antimicrobiens chez les animaux aquatiques 

Chapitre 6.3. Suivi des quantités et détermination des profils d’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux aquatiques 

Chapitre 6.4. Élaboration et harmonisation des programmes nationaux de surveillance et de suivi de la résistance aux agents antimicrobiens chez les animaux aquatiques 

Chapitre 6.5. Analyse des risques de résistance aux agents antimicrobiens résultant de leur utilisation chez les animaux aquatiques 

Terrestrial Animal Health Manual

Chapter 2.1.1 – Laboratory methodologies for bacterial antimicrobial susceptibility testing


Renforcer les connaissances sur la RAM par le suivi et la recherche 

Nous fondons notre travail sur les données scientifiques les plus récentes. Notre action pour réduire la résistance aux antimicrobiens ne fait pas exception. En plus des données sur la santé animale, nous collectons également depuis 2015 des informations sur l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux. La mise en place d’une telle base de données est un élément clé de notre stratégie de lutte contre la RAM. En facilitant la surveillance de l’utilisation des agents antimicrobiens aux niveaux national, régional et mondial, ce système de données centralisé aide les pays à contrôler l’efficacité des interventions visant à réduire et à optimiser l’utilisation des agents antimicrobiens au fil du temps.  

Un rapport est publié chaque année depuis 2016 pour donner accès à cet ensemble d’informations cruciales et en expansion et a mis en évidence des améliorations régulières dans le secteur de la santé animale à l’échelle mondiale. Les quantités mondiales d’agents antimicrobiens utilisées chez les animaux, ajustées selon la biomasse animale (et mesurées en mg/kg), ont diminué de 27 % dans le monde entre 2016 et 2018 (tendances obtenues à partir des données rapportées par 72 pays participants). L’ajustement des quantités d’antimicrobiens en fonction de la biomasse animale est essentiel pour établir des comparaisons pertinentes entre les quantités de médicaments utilisées au fil du temps, entre les régions et les secteurs. 

L’utilisation responsable des antibiotiques est essentielle pour éviter le développement et la propagation de bactéries résistantes aux médicaments, tout comme la prévention des maladies, par des actions telles que la vaccination et les mesures de sécurité biologique. Cependant, toutes les solutions possibles doivent être étudiées. C’est pourquoi nous sommes également un partenaire fiable dans le cadre des efforts déployés dans le monde entier pour développer des alternatives aux antibiotiques. Nous coordonnons la recherche sur la santé animale au niveau mondial et nous sommes des défenseurs de premier plan du développement d’alternatives aux agents antimicrobiens pour traiter les animaux malades. 


Diffusion des connaissances sur la RAM et ses solutions

Changement climatique, préparation aux pandémies, résistance aux antimicrobiens… pour tous les défis d’ampleur mondiale, la sensibilisation du public est un premier jalon nécessaire sur la voie du changement. Et la menace croissante d’infections dangereuses causées par des agents pathogènes résistants aux médicaments, pour lesquels il n’existe que peu ou pas d’options thérapeutiques, pourrait être l’une des menaces sanitaires mondiales les plus négligées de notre époque. 

Les infections résistantes aux médicaments peuvent toucher tout le monde. C’est pourquoi nous contribuons activement au dialogue public mondial sur la résistance aux antimicrobiens par le biais des médias sociaux, d’événements organisés conjointement avec nos partenaires quadripartites comme la Semaine mondiale pour un bon usage des antimicrobiens, ainsi que par notre participation à des forums politiques. 

La prise de conscience mène à l’action, et l’action est un chemin nécessaire vers le changement. 

Tous unis dans la lutte contre la résistance aux agents antimicrobiens 

Aucune organisation ne peut s’attaquer seule au problème mondial de la RAM. Ce défi aux multiples facettes ne peut être relevé que par une approche Une santé, qui considère que la santé animale, humaine, végétale et environnementale sont interconnectées et interdépendantes. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE) s’est associée à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, plus récemment, au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Ensemble, nous avons créé l’Alliance quadripartite, un partenariat unique pour lutter contre la RAM et d’autres menaces sanitaires à l’interface animal-humain-environnement.

En tant qu’autorité mondiale en matière de santé animale, nous avons assumé notre rôle de coordinateur clé des actions dans la réponse mondiale multisectorielle à la RAM avec nos partenaires quadripartites. En fournissant une approche stratégique ainsi que des lignes directrices et des recommandations à toutes les parties prenantes qui produisent, distribuent et administrent des agents antimicrobiens, nous pouvons, aux côtés des organisations partenaires, encourager les efforts au niveau national et optimiser au l’impact et les résultats obtenus. 


Une réponse « Une santé » à la résistance aux agents antimicrobiens 

La menace croissante de la résistance aux antimicrobiens est l’un des meilleurs exemples de la façon dont des agents pathogènes dangereux, tels que des bactéries, des virus, des champignons et des parasites résistants aux médicaments, peuvent se propager entre les animaux, les humains, les plantes et dans l’environnement. 

Grâce à l’Alliance quadripartite (FAO, OMS, OMSA, PNUE), nous créons une synergie dans nos différents domaines d’expertise et nous nous efforçons de mobiliser les acteurs publics et privés, les gouvernements et l’opinion publique. Nos actions consistent à développer la capacité des Membres à surveiller l’utilisation des agents antimicrobiens et la RAM, à assurer la cohérence des activités normatives de nos organisations, à évaluer et à gérer les risques liés à la RAM dans le monde entier et à sensibiliser le public d’une seule voix, notamment lors de la Semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens (World Antimicrobial Awareness Week). 

L’approche « Une santé » est de plus en plus pertinente dans le monde d’aujourd’hui. Le changement climatique, la mondialisation et l’évolution des habitudes humaines facilitent la propagation rapide des agents pathogènes entre différentes espèces et dans toutes les régions du monde. Garantir une utilisation responsable des agents antimicrobiens dans tous les secteurs est un gage de sécurité pour tous. 


Établir une gouvernance mondiale sur la résistance aux agents antimicrobiens 

Comme la RAM doit être combattue sur de nombreux fronts différents, les décisions doivent être prises au niveau mondial.  

En 2019, l’appel à une action mondiale coordonnée a atteint le sommet de la gouvernance mondiale puisque le rapport Pas le temps d’attendre : Assurer l’avenir contre les infections résistantes aux médicaments a été remis au secrétaire général des Nations unies. Le rapport a été rédigé par le Groupe de coordination interagences sur la résistance aux agents antimicrobiens (IACG). Ce groupe ad hoc a été mandaté pour fournir des conseils pratiques afin de garantir une action efficace et durable pour lutter contre la RAM. Le document a été conçu en consultation avec l’Alliance tripartite (FAO, OMS, OMSA) et s’appuie sur le Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens 2015 de l’OMS, auquel l’OMSA a participé. Entre autres, le rapport préconise la création des organes suivants :

Le Groupe des leaders mondiaux sur la résistance aux antimicrobiens (GLG)

Composé de leaders mondiaux et d’experts de tous les secteurs qui travaillent ensemble pour accélérer l’action politique sur la RAM. Le groupe joue un rôle indépendant de conseil et de défense des intérêts au niveau mondial. Il s’efforce de maintenir l’urgence, le soutien public, l’élan politique et la visibilité du défi lié à la RAM dans l’agenda mondial de la santé et du développement. Pour ce faire, il collabore avec les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé. Il préconise des actions politiques prioritaires pour atténuer les infections résistantes aux médicaments par une utilisation responsable et durable des agents antimicrobiens. 

Le fonds fiduciaire multipartenaires (AMR MPTF)

Coordonné par l’Alliance quadripartite. Ce fonds est le principal mécanisme permettant d’assurer un financement cohérent et coordonné pour soutenir les plans d’action nationaux « Une santé » et les plans de travail tripartites dans un certain nombre de pays.

La plateforme de partenariat multipartite

Une plateforme de partenariats basés sur les groupes d’intérêt, facilitée et gérée par les agences quadripartites avec une représentation diversifiée (par exemple, les gouvernements, le secteur privé et la société civile représentant la santé humaine, animale, végétale et de l’environnement, ainsi que l’agriculture et la production de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux). Sa mission est de favoriser le développement d’une vision mondiale partagée sur la RAM, de pousser à l’action pour enrayer sa propagation et de permettre la production de connaissances sur la RAM. 

Aujourd’hui, le plaidoyer, la coopération, le financement et la mise en œuvre de plans d’action aux niveaux mondial, régional et national suivent tous la vision directrice du Cadre stratégique de collaboration sur la résistance aux agents antimicrobiens. Ce cadre a été publié par l’Alliance quadripartite en 2022. Son but reflète les objectifs du Plan d’action mondial : préserver l’efficacité des antimicrobiens et garantir un accès durable et équitable à ces médicaments. Tout en encourageant leur utilisation responsable. Le cadre définit clairement les objectifs, l’impact souhaité au niveau national, les résultats intermédiaires et les voies à suivre pour atteindre ces objectifs dans chaque secteur.


Principales actions de plaidoyer politique 

L’engagement des politiciens et des décideurs est nécessaire pour lutter contre la résistance aux agents antimicrobiens. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé animale et ses partenaires n’ont cessé d’œuvrer pour attirer l’attention des acteurs politiques sur la RAM, ses risques et ses solutions. Nous encourageons l’action politique, notamment par notre participation à des forums de haut niveau : 

Programme de sécurité sanitaire mondiale (GHSA) 

  • Depuis 2014, nous participons, en tant que conseillers, au comité directeur mondial du GHSA, une initiative commune à plus de 40 pays qui vise à accélérer les progrès pour un monde plus sain. 
  • Le GHSA soutient les efforts de lutte contre la RAM dans l’espace politique en maintenant ce sujet à l’ordre du jour aux plus hauts niveaux politiques, dans de multiples forums et dans tous les secteurs. 
  • Il fournit des orientations et partage les meilleures pratiques pour aider les Membres à développer leur capacité à faire face à la RAM. 

Assemblée générale des Nations unies (AGNU) 

  • En septembre 2016, à l’issue d’une réunion convoquée par le Président de l’Assemblée générale des Nations unies, les membres de l’ONU ont adopté une déclaration politique appelant à prendre des mesures pour lutter contre la RAM aux niveaux national et international. 
  • L’objectif de la réunion était, entre autres, de maintenir un engagement politique national, régional et international fort dans la lutte contre la résistance aux agents antimicrobiens. 
  • Depuis cette réunion, la lutte contre la RAM a été reconnue comme l’un des objectifs nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. 

G20

  • Depuis 2017, la RAM figure parmi les sujets prioritaires en matière de santé au G20.  
  • Cette plateforme multilatérale stratégique relie les principales économies développées et émergentes du monde.  
  • Actuellement, l’Organisation mondiale de la santé animale et d’autres membres de l’Alliance quadripartite participent activement à un groupe de travail spécifique sur la RAM au sein du G20. Grâce à ce groupe de travail, nous définissons les mesures que les membres du G20 peuvent prendre pour contribuer à réduire la RAM. 

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