Le développement de la Namibie est profondément ancré dans la filière agricole. 90 % des terres sont adaptées à l’élevage. De ce fait, une grande partie de la population rurale du pays dépend de cette activité pour la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et le bien-être économique. La population d’animaux d’élevage est estimée à environ 2 millions de têtes de bétail, 2,5 millions d’ovins, 1,8 millions de caprins et 17 000 cochons. La production animale représente donc un moteur de croissance économique, qui contribue fortement au PIB local.
Les maladies transfrontalières, telles que la fièvre aphteuse peuvent porter atteinte aux échanges commerciaux internationaux de bétail et plus largement, bouleverser la position qu’occupe un pays au sein du marché mondial en rendant les exportations de viande difficiles. Aggravés par la sécheresse qui impacte une agriculture qui a besoin de pluie et poussant les pasteurs nomades à rechercher des zones plus favorables pour faire paître le bétail, les changements imprévisibles que subit le pays en matière de maladies ont depuis longtemps mis l’économie de la Namibie sous tension.
Fortement dépendante des exportations d’animaux et de leurs produits, l’économie de la Namibie est vulnérable à la fièvre aphteuse, dont les foyers peuvent provoquer de sévères pertes de production et amener à de fortes interruptions des échanges commerciaux de bétail. Il est toutefois possible de prévenir cette maladie en mettant en œuvre des mesures sanitaires efficaces visant à empêcher l’introduction du virus au sein de la population animale. Une détection précoce et un solide système de réponse sont tout aussi importants car ils permettent de contenir et d’éradiquer les foyers efficacement.
La situation zoosanitaire générale de la Namibie est également configurée par sa position géographique, du fait qu’elle partage ses frontières avec des pays et des zones qui ne sont pas indemnes de fièvre aphteuse. Il est possible que des éleveurs faisant paître le bétail de la famille se déplacent dans des zones où peuvent se trouver des buffles sauvages posant ainsi de sérieux problèmes pour le contrôle des maladies animales transfrontalières ainsi que pour la réglementation des flux transfrontaliers de marchandises. Ce type de mouvements a, par le passé, provoqué des foyers de péripneumonie contagieuse bovine et de fièvre aphteuse chez des animaux retournant en Namibie.
Contenir les maladies infectieuses
Il existe plusieurs façons de contrôler les maladies endémiques. L’approche par zonage en est une. Le zonage est une mesure présentée dans les Normes de l’OMSA, permettant à un pays de concentrer ses ressources dans une zone géographique définie au sein de laquelle le contrôle et l’éradication de la maladie sont réalisables. Une extension progressive de la zone indemne de la maladie peut aboutir à l’éradication de la maladie sur l’ensemble du territoire.
Arriver à obtenir le statut officiel indemne d’une maladie à l’échelon national devrait constituer l’objectif ultime des pays. Toutefois, compte tenu de la difficulté à atteindre un tel objectif , il y a certains bénéfices indéniables à établir et conserver une sous-population ayant un statut sanitaire spécifique au sein du territoire national, non seulement pour la prévention et le contrôle d’une maladie mais également à des fins d’échanges commerciaux internationaux.
La fièvre aphteuse a été pour l’OMSA la toute première opportunité d’établir une liste de pays devant être officiellement reconnus comme étant indemnes de la maladie, soit sur la totalité de leur territoire, soit dans des zones définies. La Namibie a mis en place un zonage depuis 1964 et a été l’un des premiers pays à se voir accorder un statut de zone indemne de fièvre aphteuse sans vaccination en 1997. De plus, la Namibie a été en mesure de réussir à garantir et à conserver cette zone indemne depuis cette reconnaissance officielle par l’OMSA, en dépit des foyers qui ont continué à sévir dans le reste du pays.
Les bénéfices des normes de l’OMSA pour le commerce international
La Docteure Anja Boshoff-De Witt travaille au sein du Conseil national de la viande (National Meat Board), organisme de réglementation facilitant les exportations de bétail, de viande et de produits transformés à base de viande en Namibie. Elle considère que transposer les normes zoosanitaires en actions concrètes peut contribuer à créer des solutions pouvant améliorer les moyens de subsistance et réduire la pauvreté.
La mise en œuvre des normes internationales de l’OMSA en Namibie a offert un soutien très appréciable en faveur de la croissance économique. La Namibie est tournée vers l’exportation ce qui rend essentiel pour ce pays de se conformer à ces recommandations.
Dre Anja Boshoff-De Witt, Responsable des normes sur la viande, Meat Board of Namibia
Les normes de l’OMSA constituent un langage commun permettant d’arriver à une compréhension et une confiance entre les pays. La mise en œuvre de ces normes tout au long de la chaîne de production et d’approvisionnement est essentielle pour élaborer des systèmes d’assurance nationaux qui réduisent au maximum les risques potentiels liés aux marchandises faisant l’objet d’échanges commerciaux et auxquels sont confrontés la vie ou la santé des hommes ou des animaux dans les pays importateurs.
Pour citer un exemple concret, démontrer l’absence de fièvre aphteuse sur la base des normes internationales et la reconnaissance officielle d’un statut indemne par l’Organisation ont facilité les négociations de la Namibie avec les partenaires commerciaux intéressés par les animaux d’élevage et leur viande, favorisant également une relation de confiance mutuelle. En mettant en œuvre ces normes, la Namibie a connu des avancées rapides en matière d’amélioration de la santé animale et d’échanges de bétail sécurisés. Les exportations de viande de bœuf en provenance de la Namibie se sont élargies pour atteindre l’Union européenne, la Norvège, la République populaire de Chine, l’Afrique du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. Les producteurs de bétail implantés dans la zone indemne de fièvre aphteuse ont également vu de nouvelles perspectives s’ouvrir à eux : la possibilité d’avoir accès au marché international et obtenir ainsi des prix plus élevés pour leur bétail est un gros atout pour augmenter les revenus de leurs familles.
Le bétail provenant de « zones infectées par la fièvre aphteuse ou de zones de protection » ne peut pas être déplacé vers la zone indemne de fièvre aphteuse en Namibie. Les produits issus du bétail peuvent sortir de ces zones pour entrer dans la zone indemne s’ils sont préparés/transformés conformément aux normes de l’OMSA. Ceci comprend la mise en place d’échanges commerciaux portant sur les produits de base concernant les mouvements de la viande de bœuf fraîche.
Aujourd’hui, la Namibie est bien partie pour se positionner dans le marché mondial de la viande. Le pays se place au 29e et 35e rang des principaux pays exportateurs de viande de bœuf , respectivement pour la viande de bœuf fraîche et surgelée et elle fournit 1,4 % des exportations mondiales de moutons et de chèvres. Ce fut aussi le premier pays du continent africain à pénétrer le lucratif marché américain après y avoir expédié 25 tonnes de viande de bœuf à Philadelphie début 2020.
À l’avenir, la Namibie est déterminée à continuer à utiliser les normes de l’OMSA afin d’améliorer la santé animale et à favoriser des échanges commerciaux internationaux sécurisés. Un objectif majeur consiste à améliorer la situation zoosanitaire dans des zones encore à risque au regard de la fièvre aphteuse, – soit en s’attaquant au problème posé par sa frontière poreuse, soit en établissant davantage de zones pouvant parvenir à une absence de la maladie.
En 2015, la Namibie a connu l’un des pires foyers de fièvre aphteuse dans la zone de protection qui a demandé pratiquement un an et 13 millions de dollars pour son éradication. Les normes de l’OMSA sur le zonage ont aidé à face faire au foyer et à remettre le pays en état. Cet événement représente à la fois une leçon et un avertissement : les normes de santé animale contribuent à traiter les problèmes zoosanitaires, à déverrouiller le potentiel économique et l’accès aux échanges commerciaux garantissant ainsi un avenir meilleur pour chacun. Adapter ces normes aux législations nationales et investir dans leur mise en œuvre sont la clef pour arriver à dynamiser la situation sanitaire et le statut commercial d’un pays.
Maladies animales : leur incidence sur la société
Si une famille de Madagascar perd un zébu à cause d’une maladie, elle n’est pas juste privée de la valeur de l’animal. Les bovins sont souvent une planche de salut pour leurs propriétaires. Par leur travail pour labourer, tirer les charrues et fournir du lait au ménage, ils sont étroitement liés à la vie familiale. Les maladies animales peuvent également avoir des répercussions sur le commerce, l’approvisionnement alimentaire, les moyens de subsistance et, en définitive, sur la santé et le bien-être des humains. Même si ces effets peuvent s’avérer difficiles à quantifier, leur analyse est importante pour pouvoir répondre aux besoins des éleveurs de manière appropriée.
C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE) a établi un partenariat avec l’université de Liverpool (UoL) afin de promouvoir le développement des connaissances en économie de la santé animale. Le but ultime est d’aider les Services vétérinaires et les Services de santé des animaux aquatiques à jouer le rôle le plus efficace possible dans la vie des individus et dans les économies nationales.
En 2021, l’OMSA et ses partenaires ont réuni plus de sept millions de dollars pour déployer le programme GBADs (« l’impact mondial des maladies animales »). À travers celui-ci, nous mettons tout en œuvre pour comprendre à la fois les coûts directs et indirects des maladies animales afin d’améliorer non seulement la santé et le bien-être des animaux, mais aussi le bien-être humain, en particulier dans les communautés rurales fondées sur l’agriculture. Cela inclut les conséquences sur les cheptels et l’agriculture, le coût des efforts de lutte et les répercussions sur les négociants.
« Le programme GBADs aidera les Services vétérinaires à améliorer leurs investissements dans le renforcement des systèmes de santé animale, leur allocation des ressources et leur permettra de disposer d’une structure de données pour évaluer les politiques passées », explique Jonathan Rushton, directeur du programme GBADs, basé à l’université de Liverpool, Royaume-Uni.
1,3 milliard des personnes dépendent des animaux pour vivre
300 milliards de dollars est le coût annuel direct estimé des pertes de bétail dues aux maladies animales
Rapprocher les sciences économiques et les connaissances vétérinaires
À ce jour, les estimations de « l’impact » global des maladies animales s’avèrent limitées en raison de l’absence d’un processus systématique et standardisé entre les pays et les systèmes de production animale. Quelle est l’incidence des maladies animales sur la santé et le bien-être des humains ? Quelles sont les conséquences socioéconomiques positives de la mise en œuvre de mesures préventives à long terme ? La réponse à ces questions ne peut venir que de la fusion des connaissances des sciences vétérinaires et économiques.
« Si nous savons ce que nous perdons ou ce que nous dépensons, nous aurons alors une assez bonne idée de la situation pour présenter des analyses de rentabilité incitant les gouvernements, le secteur privé ou encore les éleveurs individuels à réaliser des investissements », déclare Jonathan Rushton, qui est également professeur en économie de la santé animale et des systèmes alimentaires à l’université de Liverpool. « Il s’agit d’investir au bon endroit pour obtenir les meilleurs résultats en matière de gestion des risques. »
Le programme GBADs est mené par l’OMSA conjointement avec l’université de Liverpool et mis en œuvre par des organisations et universités travaillant au carrefour des politiques publiques, du secteur privé et du monde universitaire.
Cette année, le programme est entré dans une nouvelle phase. Nous avons mis en place un cadre destiné à mesurer le poids des maladies animales et leurs répercussions sur les vies humaines et les économies, et avons commencé une étude de cas en Éthiopie. Une deuxième étude de cas, en Indonésie, a également été lancée en plus d’un prototype de moteur de connaissances pour tester les outils qui nous fourniront des données pertinentes dans l’avenir. En nous appuyant sur ces réalisations, nous avons pour objectif de publier les premières estimations relatives au poids des maladies animales à l’échelle mondiale et nationale en 2022.
En mai 2021, nous avons également inauguré notre premier Centre collaborateur pour l’économie de la santé animale, réunissant l’université de Liverpool, l’université d’Utrecht et l’Institut vétérinaire norvégien. Cette collaboration facilitera la collecte des données en utilisant une approche standardisée et analytique. Elle favorisera en outre le renforcement des capacités dans le domaine de l’économie de la santé animale et la création de centres d’excellence similaires dans d’autres régions du monde.

La santé animale pour améliorer le développement et le bien-être humain
Le bétail et les animaux aquatiques constituent une source de revenus, d’aliments nutritifs, de vêtements, d’engrais, de matériaux de construction et de force de traction pour environ 1,3 milliard de personnes dans le monde. La mauvaise santé des animaux est également en corrélation avec la pauvreté et la malnutrition. De plus, dans les économies rurales fondées sur l’agriculture, elle se répercute directement sur les femmes, qui représentent les deux tiers des éleveurs à faible revenu. En établissant un lien entre les données de santé animale existantes et les conséquences socioéconomiques, le programme GBADs permettra d’identifier la manière dont la santé animale influe sur le revenu des ménages modestes, l’émancipation des femmes et l’accès équitable à un régime alimentaire sûr, abordable et nutritif.
L’approche consistant à fusionner les secteurs socioéconomiques et de la santé animale est en bonne voie pour guider nos actions à long terme. En définitive, les données recueillies par le programme GBADs contribueront à renforcer l’efficacité des systèmes de production animale. Cela permettra en outre à toutes les parties prenantes d’identifier les problèmes de santé animale les plus dévastateurs pour pouvoir y remédier afin de prévenir les répercussions en chaîne sur les moyens de subsistance et le bien-être des humains et des animaux.
Vous trouverez ici de plus amples informations sur le programme GBADs.
Financement du programme GBADs : gouvernement australien ; Fondation Bill & Melinda Gates ; organisation Brooke ; Union européenne – DG SANTE ; Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ; Irlande ; ministère italien de la Santé ; Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni ; ministère de la Santé et des Affaires sociales du Royaume-Uni.
Un article du Rapport annuel 2021 : lire l’original
La variole du singe fait actuellement les gros titres des informations en matière de santé. Plus de 16 000 personnes dans au moins 75 pays du globe ont été touchées par cette maladie. Comme beaucoup d’autres maladies, telles que la COVID-19 qui a affecté 23 espèces animales différentes, la variole du singe est susceptible de franchir la barrière interespèces et de s’étendre aux animaux domestiques et sauvages, ce qui menace la santé de tous. Or, l’Organisation mondiale de la santé animale a pour mission d’améliorer la santé animale au niveau mondial. Dans la mesure où la variole du singe représente une menace pour chacun, il est de notre devoir d’expliquer pourquoi des précautions doivent être prises, mais aussi comment les appliquer afin de réduire le risque de transmission aux animaux.
Bien que l’épidémie actuelle repose sur la transmission entre humains, on sait que cette maladie est d’origine animale et peut par conséquent s’étendre à certaines espèces. Différents mammifères sauvages ont été identifiés comme étant sensibles à ce virus, tels que les funisciures à dos rayé, les écureuils arboricoles, les rats géants de Gambie, les loirs et les primates non humains. Si certaines espèces présentent des signes cliniques et symptômes de la maladie, d’autres pourraient être asymptomatiques, ce qui ne facilite pas l’identification de ces débordements.
Récemment, la variole du singe a été détectée chez un chien très probablement à la suite d’une transmission de l’humain à l’animal suite à un contact direct étroit avec ses propriétaires qui présentaient des symptômes de la maladie. Il s’agit du premier cas documenté de transmission du virus de l’humain à l’animal. Nous devons rester sur nos gardes. En cas de débordement du virus des humains infectés vers les animaux, de nouveaux réservoirs de la maladie chez les animaux pourraient se constituer, et le virus devenir endémique de nouvelles zones géographiques, ce qui augmenterait également les risques pour la santé publique.
L’Organisation mondiale de la santé animale suit de près la situation, en collaboration avec ses experts, car la prévalence élevée de la maladie chez les humains pourrait augmenter le risque de transmission aux animaux, et avoir des conséquences sur l’épidémiologie de la maladie.
Dre Monique Eloit, Directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé animale
Nous devons étudier davantage la possibilité de transmission du virus des humains aux animaux afin d’évaluer le risque qu’elle se produise. Dans les zoos, les centres de réhabilitation des animaux sauvages, sur les chemins de randonnée ou au sein du foyer, avec nos animaux de compagnie, toutes les situations dans lesquelles nous sommes en contact étroit avec les animaux peuvent contribuer au franchissement des barrières interespèces par le virus. Il peut pénétrer dans l’organisme par des lésions cutanées (même si elles sont invisibles à l’œil nu), les voies respiratoires, ou les muqueuses.
Quelques précautions simples doivent donc être prises. Veiller à ce que tous les déchets, y compris les déchets médicaux, soient éliminés de manière sûre et qu’ils ne soient pas accessibles aux rongeurs et autres animaux charognards. Les personnes dont l’infection par le virus de la variole du singe est suspectée ou confirmée doivent éviter tout contact direct avec les animaux, qu’il s’agisse de bétail, de faune sauvage et même d’animaux domestiques.
Nous devons tous prendre ces précautions. La variole du singe est un exemple supplémentaire de la manière dont la santé des humains et des animaux est interconnectée. Seule une collaboration multisectorielle solide entre les experts de santé publique, les vétérinaires et les autorités responsables de la faune sauvage peut nous permettre de combattre les maladies comme la variole du singe et garantir un avenir sain pour tous.
18 millions de tonnes, c’est le poids des œufs de poule produits chaque année dans le monde. Largement consommés pour leur apport en protéines, les œufs sont produits en quantité suffisante pour répondre à la demande de tous les habitants de la planète et, surtout, ils sont disponibles à un prix relativement bon marché par rapport à celui de la viande. Cependant, leur coût moyen a augmenté ces derniers temps, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où les coûts de production ont augmenté et où des millions de poules pondeuses ont été infectées par la grippe aviaire depuis octobre dernier.
Pour chaque habitant dans le monde, il y a une poule pondeuse qui produit des œufs : nous en avons assez pour tout le monde
Ben Dellaert, président du groupe d’experts sur la grippe aviaire, Commission internationale des œufs (IEC).
Selon la Commission Européenne, les prix des œufs ont bondi d’environ 22 % en Europe et de 44 % aux États-Unis par rapport à l’année dernière, estime le département de l’Agriculture du pays (USDA). L’augmentation des coûts tout au long de la chaîne d’approvisionnement et la baisse actuelle des ressources en aliments pour animaux et en céréales ont eu une incidence directe sur cette hausse des prix. Cependant, l’influenza aviaire, ou grippe aviaire, a joué un rôle indéniable dans ce phénomène dans ces régions, selon Ben Dellaert, de la Commission internationale des œufs (IEC).
La grippe aviaire est une maladie virale grave qui affecte principalement les volailles et les oiseaux sauvages, entraînant souvent la mort des volailles et ayant des impacts socio-économiques dévastateurs. Depuis octobre 2021, plus de 21 millions de cas chez les volailles ont été signalés à l’Organisation mondiale de la santé animale dans plusieurs régions du monde. Par rapport aux années précédentes, ce nombre important est plus élevé, et un plus grand nombre d’oiseaux sont morts. Une fois que la grippe aviaire frappe un élevage de volailles, la maladie peut très facilement se propager entre les oiseaux, et des mesures doivent être prises pour atténuer sa transmission rapide.
L’une des principales mesures de contrôle consiste à abattre les oiseaux infectés mais également les oiseaux sains qui risquent de contracter la maladie, en raison d’un éventuel contact direct ou indirect avec des oiseaux infectés. Cette année, certains foyers ont entraîné l’abattage de milliers d’oiseaux. Par exemple, les Pays-Bas ont signalé 33 000 cas de grippe aviaire et, afin d’atténuer sa propagation, plus de 2 millions d’oiseaux domestiques ont été éliminés. Cela affecte immanquablement la capacité de production d’œufs. La mortalité élevée des poules pondeuses, qu’elle résulte de la maladie elle-même ou des mesures d’abattage, a une conséquence directe sur le nombre d’œufs pouvant être produits. Si l’on se penche sur le cas des États-Unis, le pays a perdu 25 millions de poules pondeuses, ce qui a réduit sa production totale d’œufs de 8 %. Cette baisse de la capacité de production entraîne une perte financière pour les producteurs d’œufs, ce qui conduit à une hausse du prix des œufs.
Comme les agriculteurs constituent souvent le premier groupe touché par ce problème, il est nécessaire de réfléchir aux répercussions de ce type de maladie sur ces derniers. S’il est normal de prendre en compte les effets financiers sur les agriculteurs, qui subissent une diminution de leur activité et de leurs revenus en raison de l’impact de la grippe aviaire sur leur troupeau, il existe également des effets secondaires. Ben Dellaert de l’IEC nous rappelle l’impact émotionnel qui peut s’y ajouter :
Lorsque vos animaux meurent de cette maladie et que vous devez vous en débarrasser, c’est toujours terribleWhen your animals die of this disease, and you have to get rid of them, it’s always a terrible thing to experience for the farmer.
Ben Dellaert, président du groupe d’experts sur la grippe aviaire, Commission internationale des œufs (IEC).
En outre, lorsque votre exploitation n’a pas encore été infectée par la grippe aviaire, vous vivez également avec la menace constante qu’elle puisse affecter vos oiseaux.
Parallèlement aux œufs, il faut également s’attendre à ce que d’autres produits, comme la viande de volaille, deviennent moins facilement accessibles et plus chers pour les mêmes raisons. Cette situation est la preuve que les maladies animales, telles que la grippe aviaire, peuvent déstabiliser les moyens de subsistance et les économies et menacer la sécurité alimentaire dans le monde entier. La mise en place de mesures de prévention, telles que le déploiement d’une surveillance appropriée et le renforcement de la biosécurité dans les exploitations, est donc essentielle pour éviter de nouvelles répercussions préjudiciables.
C’est l’hiver, vous vous sentez fatigué, vous avez des maux de tête, des douleurs musculaires et des maux de gorge. Vous savez que c’est la saison de la grippe. Chaque année, généralement en automne et en hiver, des millions de personnes dans le monde contractent cette maladie. De nos jours, la vaccination représente l’un des moyens les plus connus pour protéger les humains contre ces virus, responsables de centaines de milliers d’infections grippales chaque année. Les virus grippaux, y compris chez les animaux, évoluent en permanence et les vaccins existants deviennent parfois inefficaces. Pour pallier ce problème, de nouveaux vaccins doivent être développés régulièrement. Tous les six mois, la composition des vaccins humains contre la grippe est réévaluée sur la base des données recueillies dans le cadre de la surveillance des souches virales en circulation chez les humains, mais également chez les animaux, en particulier pour les souches susceptibles de devenir zoonotiques.
Enrayer la propagation de la grippe saisonnière grâce à la vaccination
Responsable d’environ 5 millions de cas de maladies graves, ainsi que de 290 000 à 650 000 décès chez les humains à l’échelle mondiale chaque année, la grippe saisonnière demeure un problème majeur de santé publique. Ces épidémies annuelles sont alimentées par la capacité des virus de la grippe à évoluer constamment. Leurs propriétés peuvent changer, les virus peuvent devenir plus transmissibles et les vaccins actuels être moins efficaces.
Depuis les années 1940, il y a donc 80 ans, la recherche médicale a mis en œuvre une mesure efficace pour lutter contre la grippe : un vaccin annuel. La vaccination reste une recommandation essentielle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), particulièrement pour les personnes les plus à risque, ce qui s’explique par de nombreuses raisons. Tout d’abord, le fait de recevoir une dose de vaccin antigrippal permet à de nombreuses personnes de ne pas présenter de symptômes, et chez celles qui tombent malades malgré tout, la maladie est souvent moins grave. Par exemple, aux États-Unis d’Amérique, pour la période 2019-2020, la vaccination a permis de prévenir approximativement 7,5 millions de cas de grippe. Cependant, la raison la plus importante est que se faire vacciner contribue à atténuer la propagation de la maladie en obtenant une immunité collective.
Deux fois par an, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et ses partenaires apportent leur concours à la surveillance des virus de la grippe chez les animaux, dont ceux présentant un potentiel pandémique pour les humains, en collectant et en analysant des données concernant ces virus, notamment l’influenza aviaire. Nous agissons pour garantir le développement rapide d’un vaccin approprié offrant la meilleure protection possible si ces virus ayant un potentiel zoonotique venaient à passer de l’animal aux humains, entraînant une pandémie.
Prendre en considération les virus de l’influenza aviaire pour développer des vaccins humains
Une vaccination efficace nécessite que les secteurs de la santé animale et humaine mettent en place une surveillance importante et soient à l’affût des virus animaux à potentiel zoonotique susceptibles de ne pas correspondre aux souches utilisées dans les vaccins antigrippaux actuels. Lorsque de tels virus sont découverts, il est capital de les prendre en considération pour produire des vaccins prépandémiques. À cet égard, l’OMS communique des recommandations semestrielles concernant la mise à jour de la composition des vaccins contre la grippe, en tenant compte des connaissances de l’OIE sur la circulation des virus de la grippe animale.
Les grippes animales, telles que l’influenza aviaire, partage des similitudes génétiques avec les virus de la grippe humaine. En raison de leur potentiel d’évolution génétique et de transmission aux humains, les virus de l’influenza aviaire sont considérés comme un enjeu de santé publique. Un système complexe lie l’influenza aviaire, communément appelée grippe aviaire, à la grippe humaine. Leur évolution constante exige une surveillance importante afin de collecter les données nécessaires au développement des vaccins. Établissant des normes internationales en matière de surveillance, l’OIE travaille avec des partenaires mondiaux comme l’OMS et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ainsi qu’avec ses Laboratoires de référence en vue de recueillir des informations scientifiques sur les virus de la grippe animale. L’OIE encourage également les pays à notifier les foyers d’influenza aviaire et à partager leurs données au moyen de son Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS).
Quand le secteur de la santé animale prend les devants
« Pour veiller à minimiser l’incidence et les risques à la fois pour les humains et les animaux, il est indispensable que le secteur de la santé animale ouvre la voie en matière de suivi des virus de la grippe chez les animaux, d’analyse des données et de partage des informations avec la communauté internationale. »
Docteur Gounalan Pavade, Coordinateur scientifique pour la grippe aviaire, Organisation mondiale de la santé animale.
L’expertise vétérinaire est essentielle dans le processus de développement des vaccins à usage humain. Dans le cadre de son mandat de longue date, l’OIE assure la diffusion des informations scientifiques en matière de santé animale. Celles-ci sont collectées au moyen de WAHIS et complétées par des données génétiques et antigéniques provenant des Laboratoires de référence de l’OIE et des laboratoires nationaux de santé animale des pays du monde entier. Cette contribution internationale permet à l’OMS de mettre à profit des informations décisives émanant du secteur de la santé animale pour déterminer et actualiser ses recommandations concernant les vaccins humains contre les virus grippaux préoccupants.

De plus, depuis 2005, le réseau scientifique conjoint OIE-FAO sur la grippe animale (OFFLU) travaille de manière bilatérale avec les experts des Laboratoires de référence et des laboratoires nationaux du monde entier afin d’encourager la publication des données relatives aux souches grippales animales sur des bases de données accessibles au public. Il est indéniable que l’analyse et l’échange de données scientifiques sur les grippes animales avec la communauté scientifique au sens large sont des éléments essentiels pour la mise à jour des vaccins et leur adaptation aux virus en circulation.
Le travail vétérinaire ne s’arrête pas là. Chaque année, le réseau OFFLU fournit au système mondial OMS de surveillance de la grippe et de riposte (GISRS), chargé de recommander les souches à utiliser dans les vaccins humains contre la grippe, des données moléculaires et épidémiologiques destinées à faciliter la sélection des virus qui entreront dans la composition du prochain vaccin, le but étant de produire des vaccins à usage humain susceptibles de prévenir une pandémie.
Pourquoi le potentiel pandémique de la grippe requiert une approche « Une seule santé »
« La grippe aviaire est un exemple très parlant de maladie qui peut toucher aussi bien les humains que les animaux. Il est donc indispensable de prendre en considération conjointement l’épidémiologie et les caractéristiques des virus en circulation chez les animaux et chez les humains, ainsi que la manière dont l’environnement peut influencer les schémas de transmission, pour lutter efficacement contre la maladie : c’est la base de l’approche Une seule santé. »
Docteure Lina Awada, vétérinaire épidémiologiste à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).
Dans les dernières décennies, la transmission des virus de la grippe entre différentes espèces a été observée. En particulier, des cas d’infection par la grippe aviaire chez les humains ont été constatés à plusieurs reprises, notamment lors de l’épisode de 2005/2006 qui a touché le monde entier, moment où le sous-type H5N1 a connu un pic de propagation aux humains. Même si le risque de transmission de la grippe aviaire aux humains reste faible, ces infections zoonotiques sporadiques nous rappellent que la menace d’une pandémie de grippe persiste. À l’ère du COVID-19, nous ne pouvons pas baisser la garde et nous devons œuvrer en faveur d’une collaboration internationale intersectorielle en matière de lutte contre la maladie et de réponse. Pour se préparer au mieux à une future pandémie, le monde doit adopter une approche « Une seule santé », qui considère la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale comme interdépendantes.
3 faits sur la grippe
Le nom scientifique de la grippe est influenza.
La première pandémie de grippe connue a frappé en 1580.
Le premier vaccin contre la grippe a été développé il y a 80 ans, dans les années 1940.
La Méthode Scientifique, de Nicolas Martin – France Culture, groupe Radio France. La grippe aviaire : mon rhume en plumes · 14.02.2022
Actuellement au plus fort de sa saison et responsable de graves impacts sur les oiseaux domestiques et sauvages et sur nos vies, la grippe aviaire suscite beaucoup d’intérêt dans le monde entier.
Journaliste chez radio France Culture, Antoine Beauchamp nous a rencontrés à l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE), pour interviewer notre vétérinaire épidémiologiste, Dre Lina Awada, à ce sujet.
L’émission se concentre sur la situation mondiale actuelle de la grippe aviaire, le rôle de notre Organisation et les mesures que nous devons prendre pour endiguer la maladie.
Pour en savoir plus, écoutez 3 passages que nous avons choisis pour vous :
- Les pays sont responsables de la mise en place d’une surveillance appropriée sur leur territoire, conformément aux normes internationales de l’OIE ;
- Le signalement des épidémies de grippe aviaire en temps opportun à l’OIE est crucial ;
- Après validation, l’OIE partage publiquement les alertes de foyers, afin que la communauté internationale puisse être mieux préparée contre la maladie.
- Les mesures de biosécurité et les bonnes pratiques d’hygiène dans les fermes et les marchés d’oiseaux vivants sont essentielles pour prévenir la maladie ;
- Une fois que des foyers de grippe aviaire sont détectés, des mesures de contrôle peuvent être mises en place, comme décrit dans les normes internationales de l’OIE.
- La grippe aviaire peut affecter à la fois les humains et les animaux ;
- Nous devons donc lutter contre la grippe aviaire dans le cadre d’une approche Une Seule Santé, qui considère la santé humaine, la santé animale et l’environnement comme interdépendants.
Retrouvez l’intégralité de l’émission ici
Dans son Septième Plan Stratégique, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a choisi d’accorder une place majeure à la transformation numérique, répondant ainsi au besoin de modernité et de réactivité que la société attend de la part de ce type d’organisation. Une telle transition est incontournable car la réglementation concernant la santé et le bien-être des animaux ainsi que la santé publique vétérinaire s’appuie de plus en plus sur la technologie numérique.
L’OIE collecte, analyse et diffuse un nombre considérable de données officielles via différentes plateformes et autres dispositifs. Ces données factuelles permettent d’éclairer les décisions des décideurs nationaux et de la communauté internationale. Mais apporter de la valeur ajoutée à ces données est une tâche qui devient de plus en plus complexe et qui fait de plus en plus souvent appel au numérique. Cela nécessite que les organisations chargées de collecter, gérer et communiquer les données se fondent sur une vision structurée et stratégique en accord avec les bonnes pratiques internationales. Dans son rôle de coordinatrice des données zoosanitaires mondiales, l’OIE doit s’assurer que ses systèmes de gouvernance des données les gèrent de manière sécurisée et qu’ils procurent à la communauté internationale des ensembles de données validés. C’est en procédant ainsi que ces données peuvent constituer une ressource précieuse où puiser des idées et des informations importantes, et ce processus est facilité dès lors que ces données sont compatibles avec les données qui proviennent de sources externes fiables. Le développement d’une culture numérique forte sera crucial pour une utilisation innovante des données et contribuera à la transformation numérique de l’OIE.
Pour l’instant, l’OIE met en place un cadre de gouvernance des données afin de mieux définir les attentes en matière de coordination. L’OIE souhaite notamment donner la preuve d’une gestion responsable des données et d’un accès facilité à ces données accordé aux Membres, dans le respect de la confidentialité et de la propriété intellectuelle. De cet exercice découleront des processus et des règles essentiels pour l’OIE ainsi que les orientations de nos systèmes informatiques stratégiques, notamment ceux auxquels les Membres de l’OIE contribuent régulièrement (Système mondial d’information zoosanitaire, Base de données sur l’utilisation des antibiotiques, Processus d’évaluation des performances des Services vétérinaires, système de reconnaissance officielle des statuts sanitaires, etc.).
Les données utilisées par l’Observatoire de l’OIE seront issues de différents domaines dans lesquels œuvre l’OIE ainsi que de sources externes. La phase pilote nous aidera à identifier les données existantes et la forme sous laquelle elles se présentent, à étudier comment les processus analytiques appliqués à ces données peuvent servir les objectifs de l’Observatoire, et comment les résultats de ces analyses peuvent être présentés aux responsables de nos différents domaines de travail et aux Membres de l’OIE pour une application plus efficace des normes internationales. Grâce à cette phase pilote, chacun des domaines de travail identifiés dans le cadre de suivi des normes de l’Observatoire de l’OIE sera à même de contribuer de manière systématique et régulière au rapport annuel sur la mise en œuvre des normes de l’Observatoire de l’OIE.
L’Observatoire de l’OIE va servir de levier pour le développement de systèmes d’information qui prennent en considération l’interopérabilité des données et qui favorisent des processus analytiques reproductibles à valeur ajoutée, la visualisation intuitive et informative des données, ainsi que le retour d’information à des fins d’amélioration. Ce faisant, l’Observatoire de l’OIE va incontestablement jouer un rôle moteur dans la transformation numérique et la coordination des données, et ce pour tous les programmes de l’OIE destinés aux Membres.
Un article du Bulletin de l’OIE : lire l’original

Lire notre rapport annuel “De meilleurs données pour un meilleure santé animale” pour savoir comment L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) est le fer de lance de projets innovants destinés à mettre les données de santé animale à la disposition de tous
Au cours des six dernières années, la Namibie a élaboré et mis en œuvre une stratégie nationale de lutte contre la rage avec le soutien technique de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et du Friedrich-Loeffler-Institut (FLI) allemand, ainsi qu’avec l’appui financier du gouvernement allemand. Le nombre de cas de rage a fortement diminué.
La Namibie démontre son engagement dans la lutte contre la rage transmise par les chiens depuis plusieurs années. Récemment, à l’occasion de la 88e Session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’Assemblée mondiale a validé le Programme officiel de contrôle de la rage transmise par les chiens de la Namibie, une feuille de route pour combattre la maladie qui établit une stratégie sanitaire et une planification précises. Pour recevoir une telle reconnaissance, il est nécessaire que les pays se conforment aux Normes internationales de l’OMSA, et leurs dossiers de candidature sont examinés attentivement par l’Organisation qui rifie l’efficacité des mesures en place. Cette reconnaissance constitue un atout pour la Namibie en vue d’éventuelles demandes de soutien à la mise en œuvre de son programme de contrôle.

Les défis de l’élimination de la rage en Namibie
La rage a longtemps inquiété les autorités sanitaires animales et humaines de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (CDAA), un groupe régional de 16 pays, dont la Namibie, où l’on dénombre 6 300 décès humains causés par la rage chaque année. Les enfants sont particulièrement vulnérables à la maladie. Heureusement, lorsqu’une personne exposée est en mesure de recevoir un traitement contre la rage (prophylaxie post-exposition) suite à une morsure, une rémission complète est possible. Mais le temps joue un rôle majeur. Néanmoins, l’un des enjeux en Namibie est que les régions peu peuplées du nord du pays, où la rage est particulièrement endémique chez les chiens, disposent également d’un accès limité aux soins médicaux.
La rage est une zoonose, ce qui signifie qu’elle peut se transmettre des animaux aux humains. En effet, près de 99 % des cas humains de rage sont dus à des morsures de chiens infectés. Par conséquent, il est essentiel d’encourager la vaccination canine, et plus largement, les comportements responsables des propriétaires de chiens, afin de lutter contre cette maladie mortelle.
La mise en œuvre de campagnes de vaccination n’est pas toujours aisée dans les terres communautaires du nord de la Namibie où les populations perpétuent un mode de vie nomade, en quête de pâturages pour leurs troupeaux. Le changement climatique a modifié leurs déplacements dans le temps et l’espace, il est donc plus difficile pour les administrations nationales comme les Services vétérinaires de coordonner des campagnes d’élimination de la maladie dans les zones qui en ont besoin. Les foyers de maladies animales récents affectant d’autres espèces (fièvre aphteuse), ainsi que les mesures nécessaires pour répondre à la crise de COVID-19, ont accentué ces problèmes en grévant le budget disponible.
En œuvrant pour combattre la rage transmise par les chiens, les autorités namibiennes ont dû faire face simultanément à de nombreux problèmes. Conséquence directe du taux de renouvellement élevé des populations de chiens, obtenir des chiffres exacts concernant le nombre d’individus ou le taux de vaccination dans les régions visées s’avère difficile. L’exactitude des chiffres et le taux de renouvellement élevé ont une incidence sur la manière dont un pays mesure sa réussite dans le domaine de la vaccination canine.

La Namibie avance dans son combat contre la rage
Malgré ces obstacles, la Namibie a réalisé de grands progrès dans la réduction du nombre de cas de rage chez les chiens, et par là-même chez les humains dans le cadre de sa stratégie nationale. La première campagne de vaccination antirabique a commencé en mai 2016 et a pu être déployée sur les 263 000 km2 des huit territoires communautaires du nord en 2017. Cette région a été considérée comme prioritaire, car la prévalence de la rage y est élevée dans la population canine. Ce projet a déjà donné des résultats alors que le nombre de décès humains liés à la rage dans cette région est passé de 23 en 2015 — un niveau supérieur par rapport à la moyenne nationale — à seulement deux en 2019.

Afin d’encourager ces efforts, l’OMSA, avec le généreux soutien du ministère fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, a fait don de 650000 doses de vaccins canins contre la rage, afin de contribuer aux campagnes de vaccination de masse des chiens, qui constituent un des éléments essentiels d’une stratégie efficace d’élimination de la rage. Le Dr Nehemia Hedimbi, coordinateur des campagnes de vaccination en Namibie, a déclaré que, si recevoir des doses reste primordial, les Services vétérinaires nationaux doivent aussi prendre en compte de nombreux autres aspects pour réussir le déploiement d’une campagne de vaccination. Ceux-ci comprennent principalement : le besoin de formation des vaccinateurs et des zootechniciens de toutes les régions, la pénurie de transport ou de main-d’œuvre disponible, ainsi que la mobilisation des ressources nécessaires à la conduite de campagnes de vaccination. Dans l’espoir de répondre à certains de ces besoins, l’OMSA a apporté au fil des ans, son appui technique et de coordination aux vétérinaires dans l’organisation des circuits de campagnes de vaccination. Elle a aussi fourni les outils nécessaires pour réaliser ce travail efficacement, tels que des matériels de diagnostic et des appareils électroniques.
Une collaboration transfrontalière

Les autorités vétérinaires de Namibie n’ont pas travaillé de manière isolée. Conscientes que la porosité de la frontière entre l’Angola et la Namibie favorise la propagation de la rage chez les chiens de part et d’autre, les autorités vétérinaires des deux pays ont uni leurs forces pour éradiquer la maladie. En 2019, l’Angola et la Namibie se sont accordés pour créer un comité technique mixte réunissant leurs Services vétérinaires nationaux. Ils ont élaboré un plan d’éradication de la rage applicable au sud de l’Angola et un plan d’harmonisation transfrontalier. Ces deux dispositifs ont pour but de contribuer à réduire l’incidence de la rage transmise par les chiens. Afin d’obtenir de meilleurs résultats, l’OMSA a fait don de 140 000 doses de vaccins contre la rage à l’Angola grâce au soutien de l’Union européenne. Faisant le bilan de cette expérience, le Dr Hedimbi exprime sa satisfaction au vu des progrès réalisés et remarque que travailler avec d’autres pays sur un problème sanitaire commun peut se révéler épineux. « Les pays peuvent avoir des priorités différentes », explique-t-il. « Certains pays ne disposent pas d’une stratégie nationale de contrôle de la rage, et d’autres manquent de campagnes de vaccination. » Au titre d’une vraie collaboration sud-sud, la Namibie a apporté un soutien technique et a partagé des vaccins antirabiques avec l’Angola. Les autorités vétérinaires namibiennes ont invité leurs homologues angolais aux réunions de planification et de suivi de la maladie afin de les tenir informés. Plus important encore, les deux pays ont établi un contact permanent afin communiquer sur les nouveaux cas de rage le long de leur frontière commune.
La Namibie sur la voie de l’éradication de la rage transmise par les chiens.
Pour l’avenir, la Namibie poursuivra ses efforts, en espérant que l’élimination complète de la rage ne soit pas trop éloignée dans le temps. Confiant, le Dr Hedimbi, explique que « si la Namibie dédie les ressources nécessaires et maintient ses efforts, la rage transmise par les chiens diminuera jusqu’à atteindre bientôt le stade de l’élimination ». Les efforts attendus seraient d’organiser davantage de campagnes de vaccination et de sensibilisation dans le pays, d’améliorer la gestion des populations de chiens, ainsi que de travailler main dans la main avec le secteur de la santé humaine en adoptant une approche « Une seule santé ». Chaque année, la Namibie transmettra un rapport sur ses activités à l’OMSA en vue d’obtenir la reconfirmation de sa situation, ce qui attestera de l’engagement du gouvernement. Grâce à la validation de son programme officiel de contrôle de la rage par l’OMSA, la Namibie est sur la bonne voie pour construire un avenir plus sûr et plus sain pour les humains comme pour les chiens.

Le pays a récemment obtenu la validation par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA fondée en tant qu’OIE) de son programme officiel de contrôle de la rage transmise par les chiens. Cette étape importante contribuera à sauver de nombreuses vies dans l’ensemble des régions et des populations, améliorant ainsi à la fois la santé animale et humaine.
Il y a quelques années, Sarah regardait sa mère, Susan, vendeuse de produits alimentaires de 48 ans, cuisiner des beignets de banane traditionnels dans leur maison située dans une zone rurale des Philippines. Cette scène idyllique a été interrompue par un chien errant surgissant de nulle part, qui a couru vers Sarah et lui a lacéré le visage en la mordant férocement. Tout en essayant de ne pas paniquer, Susan a empoigné sa fille affolée et s’est précipitée pour laver la plaie à l’eau et au savon. Un peu plus tard, un vendeur de glaces et un conducteur de tricycle ont eux aussi été mordus par le même chien, qui s’est avéré ultérieurement enragé. Susan a appelé les autorités pour signaler l’attaque. Les trois victimes ont été invitées à se rendre immédiatement à l’hôpital de Naga pour bénéficier d’une prophylaxie post-exposition. Deux « barangay tanod » (officiers de police) ont réussi à attraper le chien et l’ont emmené au cabinet vétérinaire le plus proche. Après avoir été isolé et placé en observation, l’animal a été euthanasié, car les symptômes s’aggravaient. Il a finalement été testé positif à la rage.
De tels événements sont fréquents aux Philippines. Un pourcentage impressionnant de 82 % des cas de rage est la conséquence de morsures par des chiens en liberté, ce qui met en évidence le problème épineux des chiens errants auquel le pays essaie de faire face. La rage demeure un défi de taille pour la population : plus d’un million de Philippins sont mordus par des chiens chaque année, près de la moitié d’entre eux étant des enfants de moins de cinq ans.
Les chiens en liberté sans propriétaire jouent un rôle important dans la transmission de la maladie. Certains sont également là pour garder la maison de leur maître, ce qui signifie qu’ils passent la plupart de leur temps dehors, exposés à d’autres animaux et à la nature. Même si des ordonnances ont été publiées pour lutter contre cette pratique, les chiens de garde sont encore fréquents dans les zones reculées, où le manque d’accès aux traitements médicaux crée des difficultés supplémentaires pour les personnes victimes de morsures.
Malgré des dépenses publiques annuelles de 500 millions de pesos (8,5 millions d’euros environ) pour la vaccination humaine contre la rage, 200 à 300 Philippins en décèdent encore chaque année. Cependant, ces dix dernières années, une tendance plus positive se dessine : le taux d’incidence annuel de l’exposition à la maladie est passé de 285 en 2007 à moins de 222 en 2020. Par ailleurs, grâce à une amélioration de la sensibilisation à la rage, la démarche consistant à rechercher des soins médicaux en cas de morsure de chien, plutôt qu’un « tandok » (guérisseur traditionnel), est en augmentation dans la population, ce qui sauve des vies.
Vers le programme de contrôle validé : la valeur des efforts collaboratifs
En 2007, l’entrée en vigueur de la « loi anti-rage » a fourni un cadre juridique clair pour la prévention et le contrôle de la rage en définissant les responsabilités principales de chaque agence et département de l’autorité nationale concernée.
Les Philippines ont franchi un nouveau cap avec la validation de leur programme officiel de contrôle de la rage transmise par les chiens lors de la 88e Session générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) en mai 2021. Avec la Namibie, les Philippines sont les deux premiers Membres de l’OMSA à se voir accorder cette reconnaissance. Cette réussite a été saluée comme une avancée importante dans la lutte mondiale contre la rage. De plus, cette reconnaissance par l’OMSA signifie que les Philippines disposent d’un argument de poids pour appeler à un renforcement de l’aide du gouvernement afin d’enrayer et d’arrêter progressivement la propagation de la maladie. Cela garantit également un accès plus large aux activités et à l’expertise en matière de renforcement des capacités ainsi qu’une meilleure coordination à l’échelle régionale.
Au niveau international, l’OMSA apporte un soutien constant aux efforts des Philippines en vue d’éradiquer la rage transmise par les chiens. En 2013, le Bureau de l’élevage des Philippines (BAI) a reçu 500 000 doses de vaccins antirabiques pour chiens par l’intermédiaire de la banque de vaccins contre la rage de l’Organisation et grâce au financement de l’Union européenne. Cette banque de vaccins fournit aux Membres de l’OMSA des vaccins de haute qualité pour les chiens en temps voulu, à un prix préétabli peu élevé et fixe, afin de soutenir leurs stratégies nationales d’élimination de la rage. Des vaccins antirabiques supplémentaires ont ensuite été livrés aux Philippines en 2014 (320 000) et en 2015 (300 000), cette fois grâce à un financement australien. En effet, pour continuer à soutenir les campagnes de vaccination contre la rage aux Philippines et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est, l’Organisation mondiale de la santé animale s’est associée au BAI et à l’Australie pour créer le projet STANDZ (« Halte aux maladies animales transfrontalières et aux zoonoses ») contre la rage. Cette initiative a été conçue pour faciliter la compréhension du rôle de tous les protagonistes intervenant dans le traitement des morsures de chiens et des cas de rage. Elle s’est avérée essentielle pour renforcer les capacités du pays et lui permettre d’améliorer son programme de contrôle de la rage. À travers le projet STANDZ, l’OMSA a contribué à l’élaboration du plan opérationnel pour l’élimination de la rage chez les chiens (Oplan RED), ce qui a mené les Philippines à adresser une demande de validation par l’Organisation de son plan national de lutte contre la rage. L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont réussi à apporter un soutien continu aux Philippines au cours des années suivantes en permettant les nombreuses livraisons organisées dans le pays de 2015 à 2020 (18 livraisons pour un total de 15,7 millions de doses de vaccins antirabiques).
« L’OMSA nous a accompagnés dans la mise en œuvre des campagnes de vaccination chez les chiens et nous a aidés à affiner la collaboration multisectorielle aux Philippines », déclare Daphne Jorca, vétérinaire au BAI du ministère de l’Agriculture. Selon elle, les programmes de lutte contre la rage mis en place sont le résultat d’un engagement accru à la fois des décideurs politiques et des personnes assurant la mise en œuvre, des vétérinaires et des paraprofessionnels vétérinaires au secteur de la santé publique au sens large. Le fait de savoir que l’absence de la rage est un bien public qu’il est possible d’atteindre avec les outils actuellement disponibles a incité les agences gouvernementales à réaliser les investissements nécessaires pour éliminer la maladie.
Aller de l’avant
Si un avenir indemne de rage pourrait poindre à l’horizon pour les Philippines, il reste des obstacles à surmonter. Il faut davantage de financements et de ressources humaines pour mettre en œuvre les activités et soutenir les familles touchées par la maladie. Parallèlement, les changements de dirigeants au sein du gouvernement et dans les organisations concernées créent d’autres difficultés : les décideurs politiques et les responsables des organisations doivent être sensibilisés à la situation de la rage tous les trois à six ans afin d’obtenir le budget nécessaire pour poursuivre les différents projets et activités.
Néanmoins, Daphne Jorca est convaincue qu’en trouvant une solution nationale pour lutter contre la rage transmise par les chiens, les Philippines en récolteront les fruits ailleurs. « Nous cherchons à éliminer la maladie. Une fois la rage éradiquée, le gouvernement pourra rediriger les fonds vers d’autres maladies tropicales négligées ou des problèmes de santé humaine », explique-t-elle.
Outre la motivation dont fait preuve le gouvernement pour éradiquer la rage, la sensibilisation des communautés a été fondamentale dans le succès des efforts de lutte contre la maladie aux Philippines. Le mois de sensibilisation à la rage se tient chaque année en mars. Il comporte notamment une vaste campagne d’information autour de la prévention et du contrôle de la maladie, ainsi que des campagnes de vaccination massives et gratuites pour les chiens dans tout le pays. En plus d’éduquer les gens pour qu’ils recherchent des soins médicaux appropriés lorsqu’ils se font mordre par un chien, des interventions dans les écoles ont montré tout leur potentiel pour encourager le changement de comportement, particulièrement en ce qui concerne la responsabilisation des propriétaires de chiens. En 2019, une formation sur la rage a été intégrée dans les programmes scolaires. Cet enseignement a été mis en suspens à cause de la pandémie de COVID-19, mais il devrait reprendre prochainement.
Aucun des résultats progressifs obtenus concernant la rage n’aurait été possible sans les efforts conjoints de différents acteurs nationaux : le ministère de l’Agriculture, le ministère de la Santé, le ministère de l’Intérieur et des Gouvernements locaux, le ministère de l’Éducation, les collectivités locales, les organisations non gouvernementales, les organisations internationales, le monde universitaire, l’Association de médecine vétérinaire des Philippines (PVMA) ainsi que la ligue des vétérinaires des provinces, des villes et des municipalités des Philippines. Leur objectif commun est de parvenir au statut indemne de la rage transmise par les chiens dans tout le pays, ce qui démontre un véritable engagement en faveur d’« Une seule santé » sur le sujet, tous les organes apportant leur propre contribution et travaillant ensemble.
Le succès à venir en matière d’élimination de la rage restera un effort collaboratif. L’action gouvernementale continue, le soutien international apporté par l’OMSA, l’OMS et les bailleurs de fonds ainsi que la sensibilisation et l’éducation du public seront des éléments déterminants dans les prochaines années. Daphne Jorca a beaucoup à dire sur la nécessité d’éliminer la rage humaine, ce qui ne peut être atteint par une seule agence ou un seul secteur. « Tout le monde a un rôle à jouer pour mettre fin à la rage », insiste-t-elle. « Comme on dit aux Philippines, “Ang pagsugpo sa Rabies ay sama-sama, hindi kanya-kanya” : l’élimination de la rage n’est pas une approche isolée mais collective. »
La pandémie de COVID-19 a montré que les flambées de maladies infectieuses, qu’elles soient d’origine naturelle, accidentelle ou intentionnelle, ont le pouvoir de paralyser la planète et ont des conséquences inédites sur l’ensemble de la société.
À l’heure où la communauté internationale unit ses forces pour lutter contre cette maladie, n’ignorons pas l’avertissement d’António Guterres, le Secrétaire général des Nations Unies, qui souligne que les faiblesses et l’impréparation révélées par cette pandémie constituent des brèches par lesquelles des attaques bioterroristes pourraient s’engouffrer, multipliant par là-même les risques qu’elles font encourir.
Aussi impressionnantes soient-elles, les menaces que représentent les armes microbiologiques et le bioterrorisme ne sont pas nouvelles. Heureusement, la communauté internationale sait comment y répondre. Depuis près de vingt ans, le Programme de réduction de la menace liée aux armes de destruction massive du Canada travaille au niveau de l’interface santé/sécurité avec d’autres membres du Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes (PM) dirigé par le G7 pour mettre au point des programmes de renforcement des capacités et réduire les menaces biologiques au niveau mondial.
Nous sommes fiers que les programmes mis en œuvre par le Canada et par d’autres pays membres du PM – qui en compte 31 – soutiennent la réponse mondiale au COVID-19. Le long partenariat entre le Programme canadien de réduction de la menace liée aux armes de destruction massive et la Direction des Services vétérinaires du Ghana, appuyé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui a ouvert la voie aux tests COVID-19 au Ghana, en est un exemple.
Des succès comme celui-ci ne pourraient exister sans le rôle déterminant de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Depuis plus de dix ans, l’OIE et le PM travaillent ensemble pour renforcer la biosécurité mondiale. Notre mission commune consiste à éradiquer la peste bovine dans le monde, à organiser des conférences mondiales sur la réduction de la menace microbiologique, à protéger les pays de l’agro-terrorisme et à créer des laboratoires plus viables.
Si le secteur vétérinaire et celui de la sécurité ont fait un grand pas en avant ensemble, il reste encore fort à faire si l’on veut atteindre notre but commun : prévenir, détecter et répondre à toutes les formes de menace sanitaire.
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