Publié lors de la Troisième Réunion Annuelle Exécutive Quadripartite, 25 – 27 mars 2025, Siège de l’OMSA, Paris

En tant que leaders mondiaux de la santé humaine, animale, végétale et des écosystèmes, la collaboration quadripartite – comprenant l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) – réaffirme son engagement indéfectible en faveur de l’approche Une seule santé. Cette approche intégrée est essentielle pour équilibrer et optimiser de manière durable la santé des personnes, des animaux, des plantes et des écosystèmes, et pour relever les défis sanitaires à l’interface entre l’homme, l’animal et l’environnement. Réunis au siège de l’OMSA à Paris pour la Troisième Réunion Annuelle Exécutive Quadripartite, nous appelons à un soutien et à des investissements urgents, stratégiques et durables afin d’intensifier la mise en œuvre de l’approche Une seule santé à l’échelle mondiale. 

Faire progresser l’agenda Une seule santé

Depuis sa création en mars 2022, la Quadripartite a accompli des avancées significatives dans quatre domaines stratégiques prioritaires : 

  1. Mise en œuvre du Plan d’Action Conjoint Une seule santé (OH JPA) : Au cours de l’année écoulée, la Quadripartite a renforcé la collaboration intersectorielle grâce à des ateliers régionaux et sous-régionaux en Europe, en Asie centrale et dans les îles du Pacifique, favorisant ainsi une adoption accrue du OH JPA au niveau national. Les efforts de renforcement des capacités ont été élargis, avec de nombreux ateliers nationaux axés sur le développement des compétences, les évaluations conjointes des risques et les mécanismes de coordination multisectorielle. De plus, des outils clés de mise en œuvre ont été traduits en plusieurs langues afin d’en faciliter l’accessibilité et l’adoption. 
  1. Renforcement des sciences et des preuves Une seule santé : Un deuxième mandat du Panel d’Experts de Haut Niveau Une seule santé (OHHLEP) a été établi, intégrant de nouvelles expertises en sciences sociales, en économie et en gouvernance. Parmi les livrables scientifiques clés figurent la cartographie des instruments juridiques et politiques internationaux liés à Une seule santé, ainsi que l’analyse des freins et des leviers à sa mise en œuvre. Le Nexus de Connaissances Une seule santé de la Quadripartite est une plateforme interactive de co-apprentissage et de génération collective de savoirs. Sous cette plateforme, une Communauté de Pratique sur le Retour sur Investissement pour Une seule santé a été lancée en novembre 2023, et une nouvelle Communauté de Pratique sur la gouvernance Une seule santé est prévue pour 2025. En 2024, la Quadripartite a activement contribué au 8ᵉ Congrès Mondial Une seule santé et à plusieurs autres forums scientifiques internationaux afin de renforcer les partenariats avec la communauté scientifique. 
  1. Renforcement de l’engagement politique et du plaidoyer : La Quadripartite a joué un rôle majeur dans les processus politiques mondiaux en plaidant pour l’intégration de l’approche Une seule santé dans les principales discussions et déclarations. Cela inclut le soutien à l’adoption d’une déclaration politique de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résistance aux antimicrobiens (RAM) et l’intégration de Une seule santé dans les discussions et déclarations des ministres de la Santé du G20. De plus, la Quadripartite a contribué à l’adoption d’un Plan d’Action Mondial sur la Biodiversité et la Santé lors de la Convention sur la Diversité Biologique (COP16) et a organisé un événement de haut niveau sur Une seule santé lors de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique (COP29) pour promouvoir l’intégration des politiques climat-santé. 
  1. Mobilisation des investissements pour Une seule santé : La Quadripartite élabore une Offre Conjointe – un document de plaidoyer unifié pour des investissements ciblés dans Une seule santé. Cette initiative sera renforcée par des discussions de table ronde et des dialogues de haut niveau avec les partenaires financiers. La Quadripartite continue à plaider pour l’intégration de Une seule santé dans les mécanismes financiers existants et pour le renforcement de la planification des investissements régionaux et nationaux, afin de catalyser des engagements financiers plus larges et assurer des investissements durables à l’échelle nationale et mondiale. 

Investir dans Une seule santé dès maintenant

Les défis sanitaires actuels – de la résistance aux antimicrobiens aux zoonoses, en passant par les risques liés à la sécurité alimentaire et les menaces sanitaires liées au climat – nécessitent une réponse Une seule santé intégrée et bien financée. Investir dans Une seule santé n’est pas une option, mais une nécessité stratégique et rentable pour prévenir les futures crises sanitaires, réduire les pertes économiques, renforcer la sécurité sanitaire mondiale et promouvoir un développement durable.

La Quadripartite souligne que financer Une seule santé aujourd’hui, c’est investir dans un avenir plus sûr, plus sain et plus résilient. Le monde ne peut pas attendre. Nous appelons les décideurs politiques, les donateurs et les leaders mondiaux à agir avec détermination, en traduisant leurs engagements en actions concrètes et en veillant à la mise en œuvre effective de Une seule santé, sans laisser personne de côté. 

Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et Organisation mondiale de la Santé (OMS)

Alors que nous entrons dans la troisième année de la pandémie, le SARS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19, se propage entre personnes de façon intense à l’échelle mondiale. De nombreux facteurs sont à l’origine de la transmission. L’un d’eux est l’apparition de variants préoccupants hautement transmissibles, le dernier en date étant Omicron. Le virus continue d’évoluer et le risque d’apparition de variants est élevé.

Bien que la pandémie de COVID-19 soit provoquée par la transmission interhumaine, on sait que le virus SARS-CoV-2 infecte également des espèces animales. D’après les connaissances actuelles, la faune sauvage ne joue pas un rôle important dans la propagation du SARS-CoV-2 chez l’être humain, mais sa propagation dans les populations animales peut affecter la santé de celles-ci et faciliter l’apparition de nouveaux variants du virus.

On a observé jusqu’à présent qu’outre des animaux domestiques, des animaux sauvages en liberté, en captivité ou d’élevage tels que les grands félins, les visons, les furets, les cerfs de Virginie d’Amérique du Nord et les grands singes étaient infectés par le SARS-CoV-2. Pour le moment, il a été démontré que les visons d’élevage et les hamsters de compagnie étaient capables de transmettre le  SARS-CoV-2 aux êtres humains, et un cas possible de transmission entre le cerf de Virginie et un être humain est actuellement examiné.

L’introduction du SARS-CoV-2 parmi la faune sauvage pourrait provoquer la formation de réservoirs animaux. Par exemple, il a été rapporté qu’environ un tiers des cerfs de Virginie sauvages aux États-Unis d’Amérique avaient été infectés par le SARS-CoV-2, initialement à la suite de plusieurs cas de transmission de l’homme au cerf. Les lignées du SARS-CoV-2 détectées chez le cerf de Virginie ont également circulé dans des populations humaines vivant à proximité. On a constaté que les cerfs de Virginie excrétaient le virus et se le transmettaient entre eux.

La FAO, l’OIE et l’OMS appellent tous les pays à prendre des mesures pour réduire le risque de transmission du SARS-CoV-2 entre les êtres humains et les animaux sauvages dans le but de réduire le risque d’apparition de variants et de protéger à la fois l’homme et la faune sauvage. Nous exhortons les autorités à adopter des réglementations en ce sens et à diffuser les recommandations précédemment publiées par la FAO, l’OIE et l’OMS : 1) aux personnes qui travaillent en contact étroit avec des animaux sauvages ou qui les manipulent, notamment les chasseurs et les bouchers ; 2) au grand public.

Il convient d’enseigner au personnel travaillant en contact étroit avec des animaux sauvages à appliquer les mesures qui réduisent le risque de transmission interhumaine et de transmission entre les personnes et les animaux, sur la base des conseils de l’OMS sur la façon de se protéger et de prévenir la propagation de la COVID-19, et des directives de l’OIE et de la FAO sur l’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI) et les bonnes pratiques d’hygiène avec les animaux, y compris les bonnes pratiques d’hygiène pour les chasseurs et les bouchers.

Les données actuelles semblent indiquer que la consommation de viande n’est pas une source de contamination par le SARS-CoV-2 pour l’être humain. Cependant, les chasseurs ne doivent pas chasser des animaux qui semblent malades ou recueillir des animaux morts. Des techniques appropriées de boucherie et de préparation des aliments, notamment de bonnes pratiques d’hygiène, peuvent limiter la transmission des coronavirus, y compris du SARS-CoV-2, et d’autres agents pathogènes zoonotiques.

La FAO, l’OIE et l’OMS soulignent que le public devrait être informé des risques que présentent les contacts avec les animaux sauvages. Certains animaux sauvages peuvent s’approcher des établissements humains et des zones résidentielles. À titre de précaution générale, il ne faut pas s’approcher des animaux sauvages, les nourrir, ni toucher ou manger des animaux orphelins, malades ou morts (y compris les animaux tués sur les routes). Il convient de contacter les autorités locales responsables de la faune sauvage ou un spécialiste de la santé des animaux sauvages.

Il est également crucial d’éliminer en toute sécurité les aliments non consommés, les masques, les mouchoirs en papier et tout autre déchet humain pour éviter d’attirer les animaux sauvages, en particulier dans les zones urbaines et, si possible, de tenir les animaux domestiques éloignés des animaux sauvages et de leurs excréments.

Nous encourageons en outre les services nationaux de santé animale et humaine à adopter les mesures suivantes :

  • Encourager la collaboration entre les services vétérinaires nationaux et les autorités nationales responsables de la faune sauvage, leur partenariat étant essentiel pour promouvoir la santé animale et protéger la santé humaine et environnementale.
  • Promouvoir la surveillance de la faune sauvage et encourager l’échantillonnage d’animaux sauvages dont on sait qu’ils peuvent être sensibles au SARS-CoV-2.
  • Mettre à disposition toutes les données de séquençage génétique provenant d’études de surveillance chez les animaux dans des bases de données accessibles au public.
  • Signaler les cas confirmés d’infection par le SARS-CoV-2 chez les animaux à l’OIE via le Système mondial d’information zoosanitaire (OIE-WAHIS).
  • Concevoir avec soin des messages sur le SARS-CoV-2 chez les animaux afin que les notions erronées du grand public n’aient pas d’impact négatif sur les efforts de conservation. Aucun animal infecté par le SARS-CoV-2 ne doit être abandonné, rejeté ou tué sans fournir de justification fondée sur une évaluation des risques spécifiques à un pays ou à un événement.
  • Suspendre la vente de mammifères sauvages vivants sur les marchés alimentaires à titre de mesure d’urgence

Nos organisations soulignent qu’il est important de surveiller l’infection par le SARS-CoV-2 chez les populations de mammifères sauvages, de communiquer les résultats aux Services vétérinaires nationaux (qui communiquent ces résultats à l’OIE) et de mettre à disposition les données de séquençage génomique dans des bases de données accessibles au public. Les pays devraient également prendre des précautions pour réduire le risque de formation de réservoirs animaux et d’accélération éventuelle de l’évolution du virus chez de nouveaux hôtes, ce qui pourrait conduire à l’apparition de nouveaux variants du SARS-CoV-2. De telles mesures préserveront la santé d’une faune sauvage précieuse et celle des êtres humains.

Nous invitons les gouvernements et les autres parties prenantes à porter le contenu de cette déclaration commune à l’attention des autorités compétentes et de toutes les parties concernées.