La santé animale ne reçoit que 0,6 % des dépenses mondiales de santé malgré l’aggravation des crises sanitaires, alerte un nouveau rapport
Alors que les budgets de défense atteignent 2 900 milliards de dollars américains, le rapport avertit que les réductions de l’aide internationale exposent dangereusement le monde aux maladies transfrontalières, à l’insécurité alimentaire et à la prochaine pandémie.
13 MAI, PARIS — Le monde n’investit pas suffisamment dans la santé animale malgré des preuves de plus en plus nombreuses montrant que le coût de l’inaction dépasse largement celui de la prévention, selon le rapport annuel sur La situation mondiale de la santé animale.
Publié par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) en marge de sa 93e Session générale, ce rapport constitue la seule évaluation annuelle mondiale des tendances, risques et défis liés à la santé animale.
Le rapport souligne que les maladies animales détruisent plus de 20 % de la production animale mondiale chaque année. Ces impacts se font particulièrement sentir dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où la santé animale joue un rôle essentiel dans le maintien des moyens de subsistance, de la sécurité alimentaire et de la résilience économique. Dans le même temps, des systèmes insuffisamment financés peinent à détecter et à répondre rapidement aux maladies, tout en rencontrant des difficultés pour maintenir les normes de bien-être animal.
Les récentes réductions des budgets d’aide internationale aggravent encore la pression. L’aide publique au développement consacrée à la santé est tombée à environ 39,1 milliards de dollars américains en 2025, la santé animale représentant moins de 2,5 % de ce total. Sur la même période, les dépenses mondiales de défense ont atteint un niveau record de 2 900 milliards de dollars américains. Dans ce contexte, le renforcement des systèmes de santé animale – l’infrastructure commune qui protège contre les maladies émergentes naturelles, les disséminations accidentelles et les menaces biologiques délibérées – reste sous-financé, malgré leur rôle essentiel dans la gestion des risques transfrontaliers, notamment les maladies émergentes et les menaces biologiques.
Le rapport indique que porter les Services vétérinaires de chaque pays au niveau des normes internationales coûterait environ 2,3 milliards de dollars américains par an, soit moins de 0,05 % des pertes économiques attribuées à la COVID-19 en 2020, une maladie probablement issue d’une source animale, bien que son origine exacte et son mode de transmission à l’être humain n’aient pas été définitivement établis.
« Les systèmes de santé animale sont au cœur même de la sécurité alimentaire, de la stabilité économique, du bien-être et de la santé humaine, et pourtant ils souffrent d’un sous-financement chronique », a déclaré la Dre Emmanuelle Soubeyran, Directrice générale de l’OMSA. « La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance d’investissements plus solides dans la prévention et dans l’approche “Une seule santé”. Cette approche restera une ambition tant que la santé animale ne sera pas véritablement intégrée dans la manière dont nous planifions et investissons – bien avant la prochaine crise. »
Plus de 2 000 foyers d’influenza aviaire de haute pathogénicité ont été signalés par 64 pays et territoires entre 2025 et 2026, entraînant l’abattage ou la perte de plus de 140 millions de volailles. La fièvre aphteuse a provoqué des flambées sans précédent en Afrique australe et a réémergé en Europe. La peste porcine africaine continue de se propager, y compris à travers des bonds géographiques notables sur de longues distances. Quant à la Myiase à Cochliomyia hominivorax – une mouche parasite mangeuse de chair – elle suscite également de vives inquiétudes, avec des dizaines de milliers de cas signalés en Amérique centrale et une propagation vers le nord qui menace la santé animale au-delà des pays actuellement touchés.
Soixante-quinze pour cent des maladies infectieuses émergentes chez l’être humain proviennent des animaux, faisant des systèmes de santé animale la première ligne de défense mondiale contre les épidémies, y compris une éventuelle prochaine pandémie. Pourtant, le rapport montre que ces systèmes sont sous tension : 18 % des pays récemment évalués présentent une diminution des capacités vétérinaires, et 22 % une diminution des capacités des para-professionnels vétérinaires.
« Ce que nous observons va au-delà de la propagation des maladies et reflète également une pression croissante sur les réseaux de surveillance et les capacités de réponse d’urgence, en particulier dans les régions les plus exposées aux risques sanitaires animaux », a déclaré le Dr Paolo Tizzani, épidémiologiste vétérinaire à l’OMSA. « Lorsque les Services vétérinaires manquent de ressources, les maladies sont détectées plus tardivement, se propagent davantage et coûtent plus cher à contenir – quelle qu’en soit l’origine. Renforcer ces systèmes constitue donc un moyen important et efficace pour les gouvernements et leurs partenaires de réduire les risques et d’améliorer la préparation. »
Sur la base de 54 pays et territoires évalués par l’OMSA, il est estimé qu’une augmentation budgétaire moyenne de 52 % serait nécessaire pour couvrir le coût annuel réel de Services vétérinaires efficaces. Le dispositif PVS (Performance des Services vétérinaires) de l’OMSA fournit aux pays une évaluation indépendante de leurs systèmes de santé animale ainsi qu’une feuille de route adaptée pour les améliorer. Fait encourageant, à la suite des récentes activités PVS, plus de la moitié des pays participants ont signalé une augmentation de leurs ressources financières.
Le rapport appelle les gouvernements à accroître le financement des systèmes de santé animale et à les intégrer dans des stratégies plus larges de santé, d’économie et de sécurité ; les partenaires du développement à aligner leurs financements sur la prévention à long terme plutôt que sur les réponses aux crises ; et les institutions financières ainsi que le secteur privé à reconnaître la santé animale comme un investissement à fort impact.
« Les systèmes de santé animale sont un bien public mondial, et le monde ne les finance pas comme tel », a conclu la Dre Susana Pombo, Présidente de l’Assemblée mondiale des Délégués de l’OMSA. « À un moment où les gouvernements augmentent leurs budgets de défense, il convient de s’interroger sur ce que signifie réellement la santé animale dans ce contexte. Les maladies ne connaissent pas de frontières. Une faille dans la surveillance de la santé animale dans un pays constitue une vulnérabilité pour tous les pays ; un changement dans notre manière de penser la solidarité et l’investissement dans les systèmes de santé animale est donc essentiel. »
Les conclusions du rapport alimenteront les discussions lors de la prochaine 93e Session générale de l’Assemblée mondiale des Délégués (18-22 mai), notamment dans le cadre du Forum technique de l’OMSA consacré cette année au thème : « Investir dans la santé animale pour garantir l’avenir de tous ». Une réunion ministérielle se tiendra également en marge de la cérémonie d’ouverture, avec la publication d’une déclaration ministérielle reflétant une vision commune des systèmes de santé animale.
À propos de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA)
L’OMSA est l’autorité mondiale de référence en matière de santé et de bien-être animal. Créée en 1924 en réponse à la dévastatrice épizootie de peste bovine en Belgique — qui faisait partie d’une épidémie plus large touchant plusieurs pays européens et ayant des répercussions mondiales — l’OMSA œuvre depuis lors à la surveillance, au contrôle et à la diffusion d’informations sur les maladies animales dans le monde entier. L’OMSA se concentre sur la diffusion transparente d’informations relatives aux maladies animales, l’amélioration de la santé animale à l’échelle mondiale et la construction d’un monde plus sûr, plus sain et plus durable.
À propos du Forum sur la santé animale lors de la 93e Session générale de l’Assemblée mondiale
Le Forum sur la santé animale, intitulé « Investir dans la santé animale pour garantir l’avenir de tous », mettra en lumière le rôle stratégique de la santé animale dans la stabilité économique, la sécurité alimentaire et la résilience sanitaire mondiale. Il examinera des solutions allant de la priorisation des ressources nationales et des partenariats financiers innovants à l’engagement du secteur privé et à l’innovation fondée sur la recherche.