Le Groupe de direction mondial sur la résistance aux antimicrobiens (RAM) (ci-après « le Groupe ») a tenu sa sixième réunion (et la première en présentiel) à la Barbade les 7 et 8 février ; celle-ci était organisée par la présidente du Groupe, Son Excellence Mia Amor Mottley, Première Ministre de la Barbade, au Sandals Royal Barbados, à Bridgetown.

Lors de la réunion, le Groupe s’est félicité de la nomination de son nouveau vice-président, Son Excellence le Dr Chris Fearne, Vice-Premier Ministre et Ministre de la santé de Malte, et de cinq nouveaux membres, et a salué les hauts fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Organisation mondiale de la santé animale et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (« l’Alliance quadripartite »).

Au cours de la réunion, les dirigeants ont discuté des principaux défis à relever pour combattre la résistance aux antimicrobiens ainsi que des priorités du Groupe pour les deux prochaines années, notamment la nécessité d’un financement plus durable, le rôle du secteur privé, les dimensions environnementales de la RAM, le renforcement de la surveillance dans tous les secteurs et la recherche-développement. Le Groupe a aussi rappelé que le problème de la résistance aux antimicrobiens doit rester une question urgente et qu’il convient de garder le soutien du grand public, de maintenir l’élan politique et de faire en sorte que cette question reste au centre de l’action mondiale menée en faveur du développement.

L’un des principaux objectifs de la réunion était de commencer à planifier les travaux du Groupe en vue de la deuxième réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la RAM, prévue pour 2024. Le Groupe exigera alors des engagements audacieux et précis de la part des États Membres pour lutter contre les menaces croissantes que représente la résistance aux antimicrobiens.

Le Groupe de direction mondial est composé de 21 membres, parmi lesquels figurent des dirigeants politiques et des experts des secteurs de la santé humaine, animale et végétale et de l’environnement ; il défend une réponse multisectorielle à la résistance aux antimicrobiens fondée sur l’approche « Une seule santé ». 

Au cours des dernières années, l’influenza aviaire s’est avérée dévastatrice pour les troupeaux de volailles et la faune sauvage en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Cette maladie constitue une menace mondiale pour la santé animale, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Affectant principalement les oiseaux domestiques et sauvages, elle peut occasionnellement se transmettre aux humains et aux autres mammifères. L’influenza aviaire, maladie hautement contagieuse, est causée par des virus dont les caractéristiques génétiques peuvent évoluer rapidement. De nombreux sous-types de virus de l’IAHP ont circulé dans diverses populations d’oiseaux domestiques et sauvages sur une vaste étendue géographique au cours des dernières années.

Récemment, la maladie a également fait son apparition sur plusieurs pays d’Amérique centrale et du Sud. La Bolivie, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, le Honduras, le Panama, le Pérou et le Venezuela ont détecté la présence de l’IAHP pour la première fois. Le Chili, qui était exempt d’IAHP depuis 20 ans, a également notifié de nouveaux cas de la maladie. En outre, la rapidité de la propagation de l’IAHP a suscité certaines inquiétudes, puisqu’elle a atteint tous ces pays en quatre mois seulement. Si la plupart des cas ont été notifiés chez les volailles, des espèces sauvages ont également été touchées par cette maladie, notamment le pélican thage (Pelecanus thagus) et le pélican brun (Pelecanus occidentalis).

La volaille, qui est l’une des protéines animales les plus consommées dans la région, joue un rôle important dans l’approvisionnement alimentaire et la nutrition. En 2021, selon l’Association mexicaine des producteurs de volaille (Unión Nacional de Avicultores), la consommation de poulet du Brésil, du Pérou et de l’Argentine se classait respectivement au premier, troisième et cinquième rang mondial. Le secteur de la production avicole est le sous-secteur agricole qui connaît la croissance la plus rapide, assurant des revenus à des milliers de familles.

Lorsque des foyers de maladie apparaissent, une stratégie de lutte efficace implique généralement l’abattage de tous les oiseaux des exploitations touchées et à risque afin de freiner la propagation de la maladie. Bien qu’elle soit fondée sur des recommandations scientifiques, cette stratégie entraîne des pertes économiques inévitables pour les éleveurs ainsi que des répercussions durables sur leurs moyens de subsistance. La prévention de l’apparition de l’influenza aviaire est donc essentielle pour préserver le secteur et le commerce de la volaille.

En réponse aux récents cas apparus dans la région, l’OMSA et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont créé un Groupe permanent d’experts de l’influenza aviaire dans le contexte de leur initiative conjointe, le Plan-cadre mondial pour la lutte progressive contre les maladies animales transfrontalières (GF-TADs). Ce groupe a pour objectif de fournir des conseils sur les actions préventives, la préparation et la réponse d’urgence à l’influenza aviaire dans la région. Leur première réunion a eu lieu le 13 décembre 2022 et ils se sont accordés sur une liste de recommandations.

Lorsque le premier cas confirmé est apparu en Amérique du Sud, nous avons informé les principales parties prenantes du secteur avicole pour qu’elles prennent les mesures appropriées afin de minimiser les répercussions de la maladie.

Dre Eva Luz Martínez Bermúdez, Déléguée de l’OMSA pour le Pérou.

Ces recommandations réaffirment la nécessité pour les principales parties prenantes de mettre en œuvre des mesures de sécurité biologique strictes tout au long de la chaîne de valeur avicole afin de prévenir l’apparition de nouveaux foyers. Elles soulignent notamment l’importance d’éloigner les oiseaux infectés des oiseaux sains et de nettoyer et désinfecter les installations avicoles. En outre, les recommandations portent également sur les oiseaux sauvages, notamment sur la nécessité de mettre en place des programmes de surveillance et de renforcer les mesures de sécurité biologique afin d’éviter les contacts directs ou indirects entre les oiseaux domestiques et les oiseaux sauvages et, partant, la propagation potentielle de la maladie. Cela est essentiel pour prévenir l’apparition de foyers dans les populations d’oiseaux et l’introduction du virus dans de nouveaux troupeaux de volailles.

Il est essentiel que les Membres notifient les foyers à l’Organisation mondiale de la santé animale en temps utile afin que nous puissions suivre avec précision l’évolution et la propagation de cette maladie animale transfrontalière .

Dr Luis Barcos, Représentant régional de l’OMSA pour les Amériques

À la lumière de ces événements, l’OMSA appelle les pays de la région à coordonner et à intensifier leurs efforts de surveillance et de prévention. Les Laboratoires de référence de l’OMSA spécialisés dans l’influenza aviaire peuvent aider les laboratoires nationaux à diagnostiquer leurs échantillons, selon les besoins nationaux. Les pays sont encouragés à partager toute information pertinente concernant la situation de la maladie chez eux afin d’enrayer toute propagation de cette dernière et de garantir un monde plus sain pour tous.

La troisième Conférence ministérielle mondiale de haut niveau sur la résistance aux antimicrobiens, qui s’est tenue à Mascate (Oman), s’est achevée aujourd’hui. Les participants à cette conférence ont abordé pour la première fois les cibles destinées à relever le défi mondial que représente la résistance aux antimicrobiens (RAM). Cette conférence et ses cibles chiffrées concernant l’utilisation des antimicrobiens dans les secteurs de la santé humaine et animale ouvriront la voie à des engagements politiques audacieux lors de la prochaine réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résistance aux antimicrobiens, qui doit se tenir en 2024.

La Conférence a adopté le Manifeste ministériel de Mascate, qui énonce les trois cibles à atteindre à l’échelle mondiale :

  • Réduire la quantité totale d’antimicrobiens utilisés dans les systèmes agroalimentaires d’au moins 30 à 50 % d’ici à 2030, intensifiant ainsi les efforts à l’échelle nationale et mondiale.
  • Préserver les antimicrobiens d’importance critique en médecine humaine en mettant fin à l’utilisation d’antimicrobiens d’importance médicale pour stimuler la croissance chez les animaux.
  • Veiller à ce que les antibiotiques dont l’accessibilité est essentielle (une catégorie d’antibiotiques abordables, sûrs et présentant un faible risque de RAM) représentent au moins 60 % de la consommation globale d’antibiotiques chez l’humain d’ici à 2030.

Les objectifs convenus à l’échelle mondiale seront essentiels pour protéger l’efficacité des antimicrobiens et freiner le développement de la RAM dans le monde, de même que pour réduire la pollution, ce qui aura ainsi pour effet de limiter la propagation de la RAM.

Les pays se sont également engagés à mettre en œuvre des plans d’action nationaux de lutte contre la RAM et à renforcer la surveillance grâce à une amélioration de la communication et de la gestion des données, à la participation du secteur privé et à la mise en œuvre de pratiques fondées sur des données probantes.

L’Alliance quadripartite, constituée de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE), se félicite des résultats de la Conférence en matière de lutte contre la RAM.

Certes, la pandémie de COVID-19 a freiné les efforts mondiaux de lutte contre la RAM, mais elle a également démontré les liens essentiels entre les humains, les animaux et l’écosystème. Un éventail d’intervenants – issus notamment des secteurs pharmaceutique, vétérinaire, des soins de santé, de la sécurité sanitaire des aliments, de l’agriculture et de l’environnement – ont la responsabilité partagée de continuer à lutter collectivement contre la RAM.

« La FAO reconnaît combien il est important de réduire la nécessité de recourir aux antimicrobiens dans les exploitations agricoles et lancera bientôt une initiative mondiale sur 10 ans pour fournir un appui exhaustif aux Membres en mettant l’accent sur la transformation des systèmes agroalimentaires afin de contribuer à cette réduction », a déclaré le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu.

« Les éléments transmis volontairement par les pays indiquent qu’un tiers des plans d’action nationaux de lutte contre la RAM ne tiennent pas compte de l’environnement. Cela révèle combien il est important d’accompagner les pays pour qu’ils renforcent leurs mesures de prévention et de réduction de la pollution. La charge de la RAM peut être réduite à condition de se concentrer sur toutes ses dimensions et de travailler conjointement. Le PNUE s’est engagé à collaborer avec les États Membres et les partenaires clés, y compris les organisations de l’Alliance quadripartite, afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens », a déclaré la Secrétaire générale adjointe de l’Organisation des Nations Unies et Directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen.

« La résistance aux antimicrobiens est l’un des défis les plus urgents et les plus complexes de notre époque, mais elle passe largement inaperçue, peut-être parce qu’elle n’est pas aussi dramatique qu’une pandémie, une guerre ou une urgence humanitaire, », a expliqué le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. « J’espère de tout cœur que cette réunion ouvrira des perspectives qui permettront que des engagements politiques audacieux – et concrets – soient pris lors de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la RAM en 2024. »

L’utilisation d’antimicrobiens chez les animaux a globalement marqué le pas ces dernières années. En renforçant la sûreté biologique et les pratiques d’élevage, par exemple la vaccination animale, nous pouvons tirer profit de ce succès et atteindre durablement les objectifs convenus. Réduire la nécessité de recourir aux antimicrobiens est le meilleur moyen de prévenir la résistance aux antimicrobiens. 




Dre Monique Eloit, Directrice générale de l’OMSA

La Conférence marque la fin de la Semaine mondiale pour un bon usage des antimicrobiens, une campagne mondiale menée chaque année pendant une semaine qui rassemble des responsables de tous les secteurs pour mettre en évidence les mesures nécessaires pour préserver et protéger les antimicrobiens.                                                  

Comme le souligne le Manifeste, l’Alliance quadripartite continuera d’intensifier son soutien en s’appuyant sur le principe « Une seule santé », qui cherche à optimiser la santé des personnes, des animaux, des plantes et des écosystèmes et à trouver le juste équilibre entre tous ces éléments. Le partenariat continuera également de coordonner une riposte mondiale et multisectorielle contre la RAM, de promouvoir une gouvernance et un leadership solides, et d’aider les pays à élaborer et à mettre en œuvre des plans d’action nationaux de lutte contre la RAM.


Note aux rédactions :

Les antimicrobiens sont des agents utilisés pour prévenir, contrôler et traiter les maladies infectieuses chez les humains, les animaux et les plantes. Ils comprennent les antibiotiques, les fongicides, les agents antiviraux et les antiparasitaires.

La résistance aux antimicrobiens (RAM) survient lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites ne répondent plus aux agents antimicrobiens. En raison de la pharmacorésistance, les antibiotiques et autres agents antimicrobiens deviennent inefficaces, ce qui rend les infections difficiles ou impossibles à traiter et augmente le risque de propagation des maladies, de formes graves et de décès.

À propos des organisations formant l’Alliance quadripartite :

À propos de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

La FAO est l’institution spécialisée des Nations Unies qui dirige l’action menée au niveau international pour vaincre la faim. Son objectif est d’atteindre la sécurité alimentaire pour tous et d’assurer un accès régulier et suffisant à une nourriture de bonne qualité permettant à chaque personne de mener une vie saine et active. Avec 195 membres – 194 pays et l’Union européenne –, la FAO est active dans 130 pays à travers le monde.

Pour en savoir plus, veuillez contacter : Peter Mayer, FAO Actualités et médias, [email protected]

À propos du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)

Le PNUE est le principal porte-voix des questions environnementales à l’échelle mondiale. Il indique la voie à suivre et encourage les partenariats dans la protection de l’environnement en inspirant, informant et permettant aux nations et aux peuples d’améliorer leur qualité de vie sans compromettre celle des générations futures.

Pour en savoir plus, veuillez contacter : Keishamaza Rukikaire, Responsable de l’information et des médias, Programme des Nations Unies pour l’environnement

À propos de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)

Consacrée au bien-être de tous et guidée par la science, l’Organisation mondiale de la Santé est le chef de file et le porte-drapeau des efforts mondiaux visant à donner à tous, partout, les mêmes chances d’être en bonne santé.

Pour en savoir plus, veuillez contacter : Questions des médias à l’OMS, [email protected]

À propos de l’Organisation mondiale de la santé animale

L’OMSA, autorité mondiale en matière de santé animale, travaille par delà les frontières à l’amélioration de la santé animale et à nous assurer un avenir meilleur, dans la mesure où la santé animale a un impact sur la santé de tous.

Pour en savoir plus, veuillez contacter : Questions des médias à l’OMSA, [email protected]

Paris, Genève, Nairobi, Paris, Rome, le 17 octobre 2022 Le Plan d’action conjoint « Une seule santé » a été dévoilé aujourd’hui par l’Alliance quadripartite qui rassemble l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Ce premier Plan d’action conjoint « Une seule santé » vise à créer un cadre pour faire converger les systèmes et les moyens afin de mieux prévenir, anticiper, détecter et traiter les menaces sanitaires en agissant collectivement. La finalité de cette initiative est d’améliorer la santé des êtres humains, des animaux, des végétaux et de l’environnement, tout en contribuant au développement durable.

Le plan d’action conjoint, élaboré à l’issue d’un processus participatif, prévoit un ensemble d’activités ayant pour objet de renforcer la collaboration, la communication, les capacités et la coordination de la même manière dans tous les secteurs en charge des questions de santé à l’interface entre les humains, les animaux, les végétaux et l’environnement.

Le Plan d’action conjoint « Une seule santé » 

Le plan d’action quinquennal couvrant la période 2022-2026 est axé sur le soutien et le développement des capacités dans six domaines: systèmes de santé, épidémies émergentes ou résurgentes d’origine zoonotique, zoonoses endémiques, maladies tropicales et à transmission vectorielle négligées, sécurité sanitaire des aliments, résistance aux antimicrobiens et environnement. 

Ce document technique est fondé sur des faits concrets, des pratiques optimales et des directives existantes. Il présente un ensemble d’actions visant à faire avancer l’approche « Une seule santé » aux niveaux mondial, régional et national. Ces actions comprennent notamment l’élaboration de directives d’application à destination des pays, des partenaires internationaux et des acteurs non étatiques tels que les organisations de la société civile, les organisations professionnelles, les universités et les instituts de recherche.

Des objectifs opérationnels ont été définis dans le plan d’action: établir un cadre pour une action collective et concertées visant à systématiser l’approche «Une seule santé» à tous les niveaux; fournir en amont des orientations et des conseils en matière législative ainsi qu’une assistance technique pour aider à la définition des cibles et des priorités nationales; encourager la collaboration, l’apprentissage, la diffusion de connaissances, les solutions et les technologies multinationales, multisectorielles et multidisciplinaires. Tout cela favorise également la coopération, la responsabilité partagée, l’action et les partenariats multisectoriels, l’équité femmes-hommes et l’inclusivité.

Pourquoi l’approche « Une seule santé » ?

L’approche « Une seule santé » est la principale approche à adopter pour relever les défis sanitaires complexes auxquels la société doit faire face, tels que la dégradation des écosystèmes, les défaillances des systèmes alimentaires, les maladies infectieuses et la résistance aux antimicrobiens.

« L’approche “Une seule santé” permet de mobiliser tous les secteurs utiles, ce qui est essentiel pour lutter contre des menaces sanitaires mondiales telles que la variole du singe, la covid-19 et Ebola », a indiqué la Directrice générale de l’OMSA, Monique Eloit, soulignant la nécessité de capacités accrues en matière de prévention des maladies dans tous les secteurs. « Cela commence par garantir la santé animale. La santé des animaux est aussi notre santé, c’est la santé de tous. »

Le Directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu, a ajouté: «Nous devons commencer par bien gérer les terres et mettre un terme à la déforestation, ce qui sera bénéfique aux populations et aux animaux qui les entourent. Il est nécessaire que tous les secteurs travaillent en étroite collaboration pour définir et mettre en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation

La Directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen, a déclaré : «Tout le monde a droit à un environnement propre et sain, essentiel à toute vie sur Terre. La pandémie actuelle montre de manière contestable que la dégradation de la nature accroît les risques sanitaires à tous les niveaux.» L’action d’un seul secteur ne saurait suffire à prévenir ou à éradiquer une maladie infectieuse ou une autre menace complexe. «Les populations vulnérables de toutes les espèces, y compris les êtres humains les plus pauvres et les plus marginalisés, paient le plus lourd tribut», a-t-elle poursuivi. «Le plan d’action conjoint va faire diminuer les risques sanitaires grâce à une approche englobant la santé des êtres humains, des animaux et de l’environnement

« De toute évidence, l’approche “Une seule santé” doit être au cœur de notre action commune visant à renforcer les moyens de la planète de lutter contre des épidémies et des pandémies telles que la covid-19. C’est pourquoi l’approche “Une seule santé” est l’un des principes directeurs du nouvel accord international sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies, actuellement négocié par nos États Membres », a affirmé le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Des mécanismes de financement coordonné sont actuellement élaborés, sur la base de structures et d’accords existants, en vue de faciliter la mise en œuvre du plan d’action conjoint. L’Alliance quadripartite va unir ses forces pour lever les ressources nécessaires à la bonne marche de cette approche commune afin de lutter contre les grandes menaces sanitaires et agir en faveur de la santé des êtres humains, des animaux, des végétaux et de l’environnement.

L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE) développe des normes internationales relatives à la santé et au bien-être animal ainsi qu’à la santé publique vétérinaire à des fins d’utilisation dans les politiques et programmes nationaux de ses Membres.

Rassemblées dans les Codes et Manuels terrestres et aquatiques, ces Normes formulent des recommandations afin de permettre aux Pays Membres d’améliorer la santé et le bien-être animal sur leurs territoires et d’élaborer des réponses communes aux crises et aux risques sanitaires mondiaux.

Dans le contexte de la mondialisation où l’animal et l’humain entretiennent des liens étroits, il est essentiel de s’accorder sur des règles communes dans les pays et les régions concernés afin d’éviter la propagation d’une maladie, de préserver la santé humaine et la santé animale, de faciliter la sécurité du commerce et de promouvoir un développement durable.

L’écriture de ces Normes internationales dépend d’un vaste réseau d’experts qui remplissent cette tâche sous la supervision continue de Commissions spécialisées, composées de spécialistes de renommée internationale élus par les Pays Membres. Les Commissions spécialisées jouent également un rôle clé dans la supervision du processus de reconnaissance des statuts sanitaires officiels et formulent des avis sur des questions pertinentes au regard de leur mandat.

Chaque Commission spécialisée se réunit deux fois par an (en septembre et en février) afin d’aborder des questions scientifiques et techniques soulevées par les Membres, les experts et les partenaires, et d’échanger autour des défis sanitaires du moment.

Bien que ces réunions ne soient ouvertes qu’à ces experts, les Commissions spécialisées font partie des organes importants d’interaction avec les Membres. L’OMSA s’engage donc à garantir une communication transparente tout au long du processus. Les conclusions issues des délibérations des Commissions spécialisées, ainsi que les rapports d’experts afférents sont en consultation libre sur le site internet de l’Organisation.

Regardez ces interviews (en anglais) pour en savoir plus au sujet des discussions qui ont eu lieu en septembre lors des réunions des quatre Commissions spécialisées.

Dr Cristóbal Zepeda, Président de la Commission scientifique pour les maladies animales
Prof Emmanuel Couacy-Hymann, Président de la Commission des normes biologiques
Dr Etienne Bonbon, Président de la Commission des normes sanitaires pour les animaux terrestres
Dr Ingo Ernst, Président de la Commission des normes sanitaires pour les animaux aquatiques

Au fil des années, nos vies et nos sociétés ont été touchées par plusieurs maladies, par exemple Ebola, la grippe ou le COVID-19, susceptibles de se propager entre les animaux et les humains. Ces maladies, également appelées zoonoses, mettent à rude épreuve nos systèmes de santé mondiaux, nos chaînes d’approvisionnement alimentaire et nos économies.

Tandis que la portée des conséquences des zoonoses varie à des degrés divers, de nombreux pays ont montré qu’ils ne disposaient pas de mécanismes adéquats pour garantir une collaboration « Une seule santé » pérenne et durable. Afin d’aider les pays à combler leurs lacunes, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ont élaboré de nouveaux outils opérationnels visant à faciliter la mise en place de mécanismes de coordination multisectorielle ainsi que de systèmes de surveillance et de partage d’informations.

Le leadership et les composantes techniques pour lutter contre les zoonoses doivent être coordonnés dans tous les secteurs concernés. Au Qatar, par exemple, le foyer épidémique de MERS-CoV a été l’occasion de renforcer la coordination multisectorielle au niveau national avant d’étendre les thèmes de travail à la gestion d’autres maladies zoonotiques. L’Outil opérationnel sur les mécanismes de coordination multisectorielle (MCM) fournit aux pays une approche standard par étapes pour établir ou renforcer un mécanisme de coordination « Une seule santé » afin de gérer les maladies zoonotiques, à l’aune des principes et des pratiques optimales décrits dans le Guide tripartite sur les zoonoses.

Les maladies zoonotiques étant transmissibles entre les personnes et les animaux, y compris les vecteurs, ou via l’environnement, une surveillance coordonnée doit tenir compte de toutes les voies de propagation. L’Outil opérationnel sur la surveillance et le partage d’information (SIS OT) aide les autorités nationales dans leurs efforts visant à mettre en place ou à renforcer un système SIS multisectoriel « Une seule santé » pour les zoonoses. Un tel système est essentiel pour la détection précoce des événements sanitaires. Grâce au partage rapide des informations, il est possible de réduire le risque de transmission de l’animal à l’humain.

Ces outils opérationnels complètent l’Outil opérationnel pour l’évaluation conjointe des risques déjà existant.

Les conséquences des maladies émergentes vont bien au-delà des secteurs de la santé publique et animale : elles ont des effets néfastes sur presque tous les secteurs. De multiples secteurs et disciplines doivent donc coopérer pour faire face à ces défis sanitaires. Cela vaut à la fois pour les mécanismes de coordination, la surveillance et d’autres aspects des systèmes de santé nationaux.

Alors que le monde commence à se remettre des effets de la pandémie de COVID-19, les outils opérationnels contribueront à améliorer la réponse collaborative aux zoonoses ainsi qu’à d’autres risques pour la santé à l’interface humain-animal-environnement dans les pays.

Docteur Javier Yugueros-Marcos, Chef du Service Antibiorésistance et produits vétérinaires

Le rapport met en évidence une diminution de l’utilisation des agents antimicrobiens dans le secteur de la santé animale, mais est-ce suffisant pour limiter le développement de la résistance aux antimicrobiens (RAM)  ? 

J. Y.-M. – Nous sommes heureux de constater les progrès constants en matière d’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux. Entre 2016 et 2018, les quantités ont diminué de 27 % à l’échelle mondiale, selon les données1 transmises à notre Organisation. Ces résultats sont encourageants, car ils montrent l’engagement du secteur de la santé animale, des éleveurs aux vétérinaires, pour relever ce défi sanitaire mondial. Ces efforts contribuent également à protéger la santé de tous, étant donné que les bactéries résistantes aux médicaments peuvent se propager entre et au sein des populations animales, humaines et végétales ainsi qu’à travers l’environnement.  

Pourtant, il reste beaucoup à faire pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens et préserver l’efficacité de ces médicaments essentiels. Il est important de s’appuyer sur des pratiques qui réduisent le besoin d’antibiotiques dans les systèmes de production animale, en premier lieu grâce à la prévention des maladies. Les mesures de biosécurité et les bonnes pratiques d’élevage peuvent influencer de manière considérable la réduction du risque d’introduction, d’établissement et de propagation des infections chez les animaux. Parallèlement, un financement approprié est nécessaire pour soutenir la recherche de solutions alternatives aux agents antimicrobiens, notamment la vaccination, par exemple.  

Pour progresser davantage, il est essentiel d’approfondir nos connaissances et notre compréhension de la manière dont les antimicrobiens sont utilisés de par le monde ainsi que des circonstances et des raisons de cette utilisation. La base de données créée par l’Organisation mondiale de la santé animale en 2015 contribue à ces connaissances en permettant aux pays de bien comprendre leur propre situation et de mesurer leurs progrès et l’efficacité de leurs actions au fil du temps.  

Les tétracyclines sont les antibiotiques les plus utilisés en santé animale à l’échelle mondiale. Comment cela s’explique-t-il  ? Y a-t-il un risque de développement de résistance  ? 

J. Y.-M. – Les tétracyclines font partie des premières familles d’antibiotiques découvertes. Cela remonte à 1944, peu après la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming. Le spectre d’activité des tétracyclines est très large, ce qui veut dire qu’elles ont une action contre un grand nombre de bactéries pathogènes. Elles sont facilement accessibles dans le monde entier et beaucoup moins chères que d’autres antibiotiques à large spectre (tels que les fluoroquinolones). Chez les animaux de rente, elles peuvent être utilisées comme traitement de première intention en réponse à de nombreuses maladies chez diverses espèces, notamment chez les grands ruminants (listériose, mycoplasmose, etc.), les suidés (maladies respiratoires et gastro-intestinales, sepsis néonatal, etc.) ou les volailles (maladies respiratoires, coccidiose, arthrite, etc.), entre autres.  

Comme pour tout agent antimicrobien, l’utilisation excessive ou inappropriée des tétracyclines entraînent un risque de sélection d’agents pathogènes résistants. Même si certaines études mettent en évidence une relation entre l’utilisation des antimicrobiens chez les animaux et la résistance observée chez l’humain, des recherches plus approfondies sont nécessaires pour en comprendre pleinement les conséquences. La RAM est un phénomène complexe, qui peut trouver son origine dans les populations animales, humaines ou végétales et qui est ensuite susceptible de représenter une menace pour toutes les autres espèces.  

La surveillance intégrée, qui permet de rassembler des données provenant de différents secteurs, est essentielle pour assurer le suivi ainsi que pour prendre des mesures préventives avant qu’il ne soit trop tard. C’est pourquoi nous coopérons avec nos partenaires de l’Alliance Quadripartite, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), afin de renforcer la surveillance au niveau national, l’intégration des données régionales et mondiales ainsi que les analyses intersectorielles. 

Le rapport souligne également une diminution du recours aux antimicrobiens « d’importance critique » chez les animaux. Que pourrait-on faire d’autre pour préserver l’efficacité de ces antimicrobiens spécifiques, qui sont essentiels en médecine humaine? 

Rappelons que les antimicrobiens sont essentiels tant pour la santé humaine qu’animale. En 2006, nous avons élaboré une liste des agents antimicrobiens importants en médecine vétérinaire. Dans cette liste, nous fournissons des recommandations à nos Membres concernant les agents antimicrobiens considérés par l’OMS comme revêtant une importance critique pour la santé humaine et ayant une priorité majeure. Nos recommandations ont pour objectif de décourager leur utilisation chez les animaux. Cela signifie que ces agents antimicrobiens d’importance critique ne doivent pas être utilisés comme traitement de première intention, sauf si cela est justifié par des éléments probants (p. ex. résultats de tests de sensibilité aux agents antimicrobiens), ni pour stimuler la croissance chez les animaux en bonne santé, par exemple. Dans certains cas particuliers, leur usage peut cependant s’avérer nécessaire en vue d’assurer la santé et le bien-être des animaux. 

Cette liste sert de référence aux pays pour leur permettre d’élaborer leurs propres lignes directrices visant une utilisation responsable des agents antimicrobiens chez les animaux de rente.  

Les antibiotiques sont encore utilisés chez les animaux en bonne santé pour stimuler la croissance dans au moins 40 pays. Quelle est la position de l’Organisation mondiale de la santé animale quant à ce type de pratique ? 

J. Y.-M. – Toute utilisation d’agents antimicrobiens chez les animaux doit être conforme à nos normes internationales, qui encouragent les pratiques responsables et prudentes. Ces normes fondées sur des données probantes sont publiées dans nos Codes terrestre et aquatique. Selon ces recommandations, l’utilisation d’agents antimicrobiens pour stimuler la croissance n’est pas considérée comme une utilisation responsable en l’absence d’une analyse de risques. Il est à noter que, pour les agents antimicrobiens d’importance critique ayant une priorité majeure selon l’OMS, nous invitons instamment nos Membres à abandonner progressivement leur utilisation comme promoteurs de croissance et à explorer d’autres solutions pour améliorer la productivité.  

Par ailleurs, nous travaillons en étroite collaboration avec les Autorités vétérinaires afin de nous assurer que ces lignes directrices sont adaptées et déployées au niveau national. De même, nous soutenons l’organisation de campagnes de sensibilisation visant à promouvoir l’utilisation prudente des agents antimicrobiens et la mise en œuvre de bonnes pratiques d’élevage et de biosécurité afin de prévenir les maladies chez les animaux.  

Pourquoi les données présentées dans ce rapport ne sont-elles pas accessibles par pays  ? 

J. Y.-M. – Le rapport donne une vue d’ensemble à l’échelle mondiale et régionale de l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux. Les données ne sont pas ventilées par pays, car l’objectif de notre base de données est de favoriser la participation du plus grand nombre possible de pays sans indiquer les lacunes potentielles dans les capacités nationales. 

Néanmoins, nous encourageons vivement les pays à se servir des données dont ils disposent afin de mieux comprendre leur situation nationale et de mesurer leurs progrès et l’efficacité de leurs actions au fil du temps. Les informations collectées peuvent être publiées sur les plateformes nationales ; les pays qui le font déjà sont mentionnés dans le rapport (section 11). Dans un avenir proche, notre nouveau système personnalisé et interactif en ligne (ANIMUSE) destiné à la collecte et à la communication des données sur l’utilisation des agents antimicrobiens permettra aux pays d’examiner et d’analyser leurs données grâce à un tableau de bord interactif.  

Peut-on comparer les données sur l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux et chez les humains  ? 

J. Y.-M. – Parmi les progrès majeurs réalisés dans notre processus de collecte et d’analyse des données ces dernières années, nous sommes parvenus à ajuster les quantités d’agents antimicrobiens utilisés chez les animaux en fonction de leur biomasse. Ce paramètre est essentiel pour dresser des comparaisons pertinentes entre les quantités de médicaments utilisés chez différentes espèces animales, dans différentes régions et au fil du temps. Espérons qu’il sera bientôt également possible d’établir des comparaisons avec l’humain. La biomasse animale est le poids total des animaux domestiques vivants d’un pays pour une année donnée. Les antibiotiques étant utilisés différemment selon les espèces animales et les types de systèmes de production animale, la variation de la répartition par espèces de la biomasse régionale peut expliquer certaines des différences observées dans la consommation d’agents antimicrobiens entre les pays et les régions. 

Cependant, à ce jour, il n’est pas possible de comparer nos données mondiales sur les animaux aux quantités d’agents antimicrobiens utilisés dans le secteur de la santé humaine. Si certains pays sont capables de le faire (Canada ou pays de l’Union européenne, par exemple), il est plus difficile d’y parvenir à l’échelle mondiale. Pour combler cette lacune et nous faire une meilleure idée de l’utilisation des antimicrobiens et de la résistance aux antimicrobiens dans les différents secteurs, nous collaborons avec l’OMS et la FAO en vue de créer une plateforme conjointe. Celle-ci jouera un rôle important en aidant les décideurs à élaborer des stratégies pertinentes contre la résistance aux antimicrobiens à travers une approche « Une santé ». 

L’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux pourrait-elle être interdite et remplacée par la vaccination et les bonnes pratiques d’élevage  ?  

J. Y.-M. – Les vaccins et les bonnes pratiques d’élevage sont des mesures centrales pour prévenir les maladies et constituent des éléments essentiels de la lutte contre la RAM, mais il arrive que les animaux tombent malades et aient besoin d’un traitement.  

Nous ne disposons malheureusement pas de vaccins pour toutes les maladies. Par conséquent, une interdiction totale des agents antimicrobiens serait préjudiciable à la santé et au bien-être des animaux ainsi qu’aux moyens de subsistance des communautés qui dépendent de l’élevage. Cela aurait donc des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire et les économies nationales. 

Nous avons besoin des agents antimicrobiens pour combattre les maladies infectieuses en santé animale également. Il faut cependant en faire un usage responsable, uniquement si nécessaire, lorsque la biosécurité et les pratiques d’élevage échouent et qu’aucune autre solution n’existe. C’est ce que nous préconisons au sein de l’Organisation mondiale de la santé animale. 


1  Sur la base des données communiquées à l’Organisation mondiale de la santé animale par 72 pays entre 2016 à 2018.

Twitter ? Facebook ? Télévision ? Nous vivons à l’ère numérique et la plupart d’entre nous allons chercher sur nos écrans et sur internet les informations sur l’actualité. En Afrique, néanmoins, la source d’information la plus utilisée reste la radio. Dans les régions reculées où la distribution de journaux, les connexion internet et les signaux de télévision sont souvent instables ou inexistants, la radio reste le moyen de communication le plus fiable, en particulier dans les communautés les plus éloignées et isolées.

Lorsqu’il s’agit de partager des informations sanitaires cruciales, la capacité concrète d’atteindre les populations reculées sauve des vies. À l’instar d’Ebola, nombre de maladies potentiellement mortelles sont des zoonoses (c’est-à-dire qu’elles sont transmissibles des animaux aux humainset réciproquement), qui surviennent dans des zones forestières tropicales où les humains et les animaux cohabitent au sein d’un même environnement. Il est rare dans ces régions de pouvoir se connecter à internet ou de capter un signal de télévision stable.

Le Projet EBO-SURSY de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) soutient les pays dans leurs efforts pour améliorer leurs systèmes de surveillance des zoonoses et contribue à sensibiliser les populations locales de dix pays d’Afrique de l’Ouest et centrale aux questions en lien avec les maladies animales. Le projet est surtout axé sur les fièvres hémorragiques virales (dont l’infection par le virus Ebola), chaque pays bénéficiaire étant affecté par l’une ou plusieurs de ces maladies qui y sévissent à l’état endémique.

La communication sur la santé est une question sensible. S’agissant des humains, il convient de ne pas provoquer de panique inutile ni de stigmatiser les communautés. S’agissant des animaux, l’information diffusée sur les maladies animales ne doit pas se traduire par des mesures qui mettent les animaux en péril. Afin de mobiliser intelligemment les communautés locales et de communiquer sur les causes de la transmission aux humains des fièvres hémorragiques virales d’origine animale, l’OMSA a mis en place un partenariat avec l’ONG Children Radio Foundation (CRF). Cette ONG s’est spécialisée dans les radios rurales locales et travaille directement avec de jeunes journalistes et des concepteurs d’émissions radiophoniques afin de faire participer les communautés locales à un dialogue ouvert et instructif diffusé sur les ondes.

Le projet radiophonique d’EBO-SURSY

Notre intervention commune a porté sur cinq stations de radio dotées d’une bonne couverture dans les régions forestières ou les parcs nationaux de Guinée et de la République démocratique du Congo (RDC), deux zones particulièrement touchées par l’épidémie d’Ebola de 2014 ou d’autres épidémies plus récentes. Dans chacune de ces stations, nous avons formé des animateurs radio et de jeunes journalistes, deux groupes passionnément engagés auprès de leurs communautés et enthousiastes à l’idée de lancer un nouveau sujet, à savoir l’interdépendance entre la santé animale et la santé humaine. Nous leur avons également fourni une assistance pour élaborer des contenus radiophoniques sous des formes conviviales et attrayantes et pour approfondir leurs connaissances sur les zoonoses, l’infection par le virus Ebola et le rôle de la faune sauvage, tout en leur proposant un référentiel concret pour la création d’émissions dédiées, par le biais de notre Guide de Production radiophonique pour les campagnes de sensibilisation aux zoonoses.

Children Radio Foundation forme de jeunes journalistes à la mobilisation active des communautés locales dans des discussions innovantes, à la conduite d’interviews et à la remontée de commentaires d’auditeurs concernant les programmes radiophoniques diffusés. © Organisation Mondiale de la Santé Animale/Elijah Muwaza

Par exemple, le projet a formé des concepteurs d’émissions de radio à l’élaboration de spots d’intérêt public et de micros-trottoirs consistant à poser la même question à plusieurs personnes dans un même lieu, par exemple un marché. Des idées innovantes ont été proposées aux animateurs radio pour la conduite d’entretiens avec les professionnels de la santé animale et les défenseurs de l’environnement, la réalisation de radio-portraits de personnes ayant subi l’impact des maladies animales et la préparation de chroniques sur la situation de la santé animale et des zoonoses à l’échelle de la communauté. Le Guide fournit quelques exemples détaillés permettant aux animateurs de se lancer, sur le modèle de ce spot :

[Bruits de pas dans le feuillage. Appels d’oiseaux.]

Voix 1 : Regarde, Bob, encore une antilope morte.

Voix 2 : C’est bizarre, c’est la deuxième que nous trouvons en une semaine !

Voix 1 : Très bizarre. Heureusement que nous ne l’avons pas touchée, c’était la bonne décision, vu que c’est peut-être une maladie qui l’a tuée.

Voix 2 : En effet ! Ne la touchons pas, et surtout alertons sans tarder les responsables de la faune sauvage.

Voix off : Un animal sauvage malade est une proie facile, mais pas un bon repas ! Ne chassez pas d’animaux en apparence malades, car ils sont peut-être porteurs de virus responsables de maladies.

Ce type de messages ouvre des voies créatives pour que les communautés locales qui vivent en contact étroit avec la faune sauvage à l’interface humains-animaux prennent conscience des connexions entre leurs comportements et leur santé, et des liens réciproques entre la santé animale et la santé humaine. En outre, ces spots donnent aux membres des communautés une ligne de conduite claire (appeler les services responsables de la faune sauvage, ne pas toucher les animaux trouvés malades ou morts) et les incitent à jouer un rôle proactif dans le système de surveillance des maladies animales à l’échelle locale, mais aussi régionale et nationale. Ce n’est en effet que par la capacité des communautés locales à déceler les signes des maladies animales dans la nature environnante et à alerter immédiatement les autorités pertinentes que nous pourrons garantir à tous un monde plus sûr et en meilleure santé, en sauvant des vies grâce à des mesures de prévention plutôt que par les réponses apportées à des foyers de grande envergure.

Au marché de Mbandaka, une femme vend de la viande de brousse à des familles du voisinage. La question des chasseurs qui vendent les animaux trouvés morts de maladie ou pour d’autres raisons inconnues est l’un des thèmes traités dans les émissions de Radio EBO-SURSY.
© Organisation Mondiale de la Santé Animale/Elijah Muwaza   

Évaluer notre impact sur la communauté

Pendant cinq mois, les stations de radios des zones forestières tropicales de Guinée et de la RPC ont diffusé les spots clés de Radio EBO-SURSY sur les zoonoses, la viande de brousse, la maladie d’Ebola et d’autres maladies, couvrant une audience potentielle de plus de 700 800 personnes. Les enquêtes d’évaluation post-programme effectuées par des groupes thématiques qui ont enquêté sur les habitudes d’écoute, les changements de comportement et les attitudes vis-à-vis des zoonoses ont fait apparaître qu’en Guinée, près de 45 % des personnes âgées de 18 ans ou plus connaissaient les programmes de Radio EBO-SURSY et que 70 % d’entre elles les écoutaient régulièrement. En RDC, 39 % des participants interrogés connaissaient les programmes et 54 % d’entre eux les écoutaient régulièrement.

Les échanges avec un groupe témoin invité à jouer au quiz du jeu de cartes « vrai ou faux » sur les maladies d’origine animale avant et après la diffusion des émissions ont mis en lumière un gain de connaissances sur les zoonoses et les maladies animales infectieuses dans leurs communautés. C’est en Guinée, où le niveau de connaissances sur le sujet était le plus faible au départ, que l’amélioration a été la plus nette, avec un gain de connaissances de 79 % à la fin du programme. Quant à la RDC, pays davantage frappé par des foyers d’Ebola et dont le niveau initial de connaissances sur les zoonoses et sur la maladie d’Ebola était plus élevé (51%), un gain de connaissances y a aussi été enregistré, s’élevant à près de 45 %. En améliorant ainsi les connaissances sur les zoonoses, le Projet EBO-SURSY cherche à renforcer la participation des communautés locales à la détection des signes évocateurs de foyers de malades animales pouvant se propager dans la population humaine, ce qui contribuera à prévenir de futurs foyers.

À la question de savoir comment avaient évolué leurs connaissances sur les zoonoses, les participants communautaires qui avaient suivi les programmes de Radio EBO-SURSY ont répondu que ces émissions avaient « beaucoup », voire « énormément » modifié les attitudes de la communauté vis-à-vis de la faune sauvage. Un auditeur de Radio Espace Forêt à N’zérekoré (Guinée) a appelé la radio pour faire part de son expérience :

J’apprécie sincèrement la qualité des spots de sensibilisation diffusés par votre radio. Je pense que si ces messages avaient été diffusés avant le premier épisode d’Ebola, nous n’aurions pas eu autant de morts. Vous conviendrez avec moi qu’aujourd’hui, les communautés possèdent enfin des notions de base sur la prévention des maladies. Merci pour votre initiative et j’espère qu’elle se poursuivra.

Auditeur de Radio Espace Forêt à N’zérekoré en Guinée

Les programmes de Radio EBO-SURSY ont pris fin après les cinq mois prévus mais le projet continue à diffuser le Guide de Production radiophonique pour les campagnes de sensibilisation aux zoonoses  (disponible en français et en anglais) dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et centrale affectés par les fièvres hémorragiques virales. L’importance de la sensibilisation aux zoonoses ne saurait être sous-estimée, comme en témoigne le nouveau foyer d’Ebola survenu près de notre station de radio à Mbandaka (RDC) quelques semaines à peine après la diffusion des derniers spots d’EBO-SURSY. Les interactions entre les animaux et les humains restent fortes dans ces communautés, et ce n’est qu’à travers une prise de conscience accrue et un plus grand respect des animaux et de l’environnement qui nous entoure que nous pourrons construire un avenir plus sain pour tous.

 

Paris, France – Une diminution globale de 27 %1 de l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux dans le monde a été observée entre 2016 et 2018, selon les données transmises à l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, fondée en tant qu’OIE).

Des progrès similaires ont été constatés concernant l’utilisation des antibiotiques en vue de stimuler la croissance. Moyen courant d’améliorer la productivité des animaux élevés pour la consommation humaine pendant longtemps, le recours aux antibiotiques chez les animaux en bonne santé afin de stimuler la croissance est une pratique qui a été abandonnée dans près de 70 % des pays déclarants2.

Dans un environnement plus mondialisé et interconnecté que jamais, il s’agit d’une avancée positive, qui montre qu’un nombre croissant d’éleveurs, de propriétaires d’animaux et de professionnels de la santé animale du monde entier adaptent leurs pratiques en vue d’une utilisation plus prudente des agents antimicrobiens. Ces efforts contribuent à protéger la santé de tous. Il faut cependant faire encore bien davantage pour préserver nos options thérapeutiques et enrayer la propagation des maladies infectieuses.

Dre Monique Eloit, Directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé animale

Les médicaments antimicrobiens tels que les antibiotiques font partie des réalisations les plus spectaculaires de l’humanité. Ils ont ouvert la voie à de meilleures conditions de vie pour les humains et les animaux. Pourtant, nombre de ces médicaments vitaux perdent de leur efficacité contre de multiples microbes. Ce phénomène est appelé « antibiorésistance ». 

L’antibiorésistance est en partie un processus naturel, mais peut s’accélérer considérablement en raison de l’abus ou du mauvais usage des antimicrobiens, ce qui peut exercer une pression sélective permettant aux agents pathogènes qui présentent des traits de résistance de survivre et de se développer. Ces « superbactéries » peuvent ensuite se déplacer via les cours d’eau, les sols et l’air, infectant tous les êtres vivants qui se trouvent sur leur chemin, quelle que soit leur espèce. 

L’antibiorésistance constitue une menace silencieuse pour les humains, les animaux, les végétaux et l’environnement. Elle nous concerne tous. 

Depuis des décennies, les experts nous mettent en garde contre l’antibiorésistance, qui représente une menace pour les générations futures. Il est maintenant temps d’accélérer davantage les actions de lutte contre ce phénomène, qui est déjà devenu une cause majeure de mortalité humaine. Rien qu’en 2019, les bactéries résistantes aux antibiotiques ont entraîné le décès de quelque 1,27 million de personnes, selon une étude3 de référence publiée dans The Lancet. Cependant, la part de ces décès liée à l’antibiorésistance chez les animaux n’est pas encore claire. Le phénomène peut trouver son origine dans les populations animales, humaines ou végétales, mais il représente ensuite une menace pour toutes les autres espèces. Pour l’enrayer efficacement, tous les secteurs doivent unir leurs forces et encourager l’utilisation prudente des agents antimicrobiens.

L’enregistrement et l’analyse des données relatives à l’usage des antimicrobiens sont des éléments essentiels pour comprendre pleinement ce danger croissant aux multiples facettes. Dans le but de suivre les tendances dans le secteur de la santé animale, l’OMSA a lancé un processus annuel de collecte de données en 2015. Cette initiative a suscité un engagement constant et accru de la part des Membres de l’Organisation, qui ont amélioré leur capacité à recueillir et à fournir des informations plus détaillées au fil du temps. Malgré les bouleversements entraînés par le COVID-19, près de 160 pays ont participé au dernier cycle de collecte de données et certains d’entre eux ont également publié leurs informations sur les plateformes nationales. À ce jour, il s’agit de l’ensemble de données le plus exhaustif disponible concernant l’utilisation des agents antimicrobiens chez les animaux. 

L’un des aspects fondamentaux de notre approche mondiale de la collecte de données et de l’évaluation de l’usage des agents antimicrobiens chez les animaux consiste à faire progresser l’initiative « Une santé » conjointement avec nos partenaires. Pour relever les défis interdépendants et multidimensionnels posés par l’antibiorésistance, une collaboration continue est nécessaire, entre les secteurs, les gouvernements, les disciplines universitaires, la société civile, le secteur privé et par le biais du système multilatéral. 

« À mesure que la proportion d’agents pathogènes résistants aux antimicrobiens augmente, la communauté scientifique doit redoubler d’efforts afin d’accélérer le développement de nouveaux antibiotiques et médicaments pour lutter contre les superbactéries », déclare le Docteur Javier Yugueros-Marcos, Chef du Service Antibiorésistance et produits vétérinaires de l’Organisation mondiale de la santé animale. « Il faut surtout recourir davantage à d’autres solutions, telles que les vaccins, et promouvoir les résultats rapides permis, par exemple, par le fait de se laver les mains avec de l’eau savonneuse ou de changer de vêtements et de bottes avant de traiter ou de s’occuper des animaux. »

Donner accès à des informations fiables et solides est une priorité stratégique, car cela aide les décideurs à identifier précisément où il est le plus urgent d’agir au niveau local, ce qui facilite également la réponse mondiale à l’antibiorésistance.

« Nous sommes sur la bonne voie dans le secteur animal. Nous devons maintenant profiter de cet élan et poursuivre l’utilisation prudente des agents antimicrobiens si nous voulons préserver leur efficacité pour les générations futures », fait remarquer la Docteure Eloit.

L’Organisation mondiale de la santé animale tient à souligner les efforts soutenus ainsi que les contributions des Membres et non-membres à cette initiative au fil des années.


1Sur la base des données communiquées à l’Organisation mondiale de la santé animale par 72 pays pour la période allant de 2016 à 2018. 

2108 sur 157, soit 69%. 

3 Murray et al. 2022. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)02724-0

Plus de 50 millions de personnes dans le monde dépendent de la pêche et de l’aquaculture pour leurs moyens de subsistance. Cependant, les maladies des animaux aquatiques peuvent compromettre la durabilité économique et environnementale de cette source de revenus. Par exemple, à l’échelle planétaire, les foyers de maladies coûtent plus de 6 milliards de dollars par an au secteur aquacole.

L’émergence de nouvelles maladies étant susceptible de se poursuivre, sous l’influence de facteurs tels que le changement climatique, les pratiques d’élevage non durables ou encore le commerce non réglementé, une gestion prudente de la santé des animaux aquatiques est essentielle. La plupart de ces maladies ont des conséquences graves sur le secteur de la production d’animaux aquatiques, mais également sur les écosystèmes ouverts dans lesquels ces populations vivent souvent.

L’Organisation mondiale de la santé animale est à l’avant-garde en matière de préservation des contributions importantes des animaux aquatiques depuis plus de 50 ans, soutenue par son réseau international d’experts. L’année 2021 a marqué le lancement à l’échelle mondiale de sa Stratégie pour la santé des animaux aquatiques, un appel à l’action ambitieux pour améliorer la durabilité des systèmes de santé des animaux aquatiques.

Améliorer la santé et le bien-être des animaux aquatiques dans le monde entier

Guidés par cette stratégie, nous réunissons différents acteurs de la communauté internationale pour coordonner des actions conjointes en réponse aux défis rencontrés par le secteur aquatique. En travaillant ensemble, nous pouvons faire de notre vision d’une santé et d’un bien-être des animaux aquatiques meilleurs une réalité dans le monde entier.

La Stratégie de l’OIE pour la santé des animaux aquatiques est une pierre angulaire pour parvenir à des écosystèmes aquatiques plus durables.