Validation officielle du plan de contrôle de la rage en Tanzanie : Une avancée historique pour l’Afrique de l’Est
En 2025, la Tanzanie est devenue le premier pays d’Afrique de l’Est à faire officiellement approuver son Plan national de contrôle de la rage par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Cette étape majeure souligne les efforts concertés du pays pour éliminer les décès humains dus à la rage transmise par les chiens.
Bien que le Plan national de contrôle de la rage de la Tanzanie a été officiellement validé lors de la 92e Session générale de l’OMSA, les Services vétérinaires du pays, dirigés par le Dr Benezeth Lutege Malinda, collaboraient depuis des années avec les autorités locales, les professionnels de santé, les vétérinaires, les responsables des communautés et les organisations non gouvernementales (ONG) sur cette stratégie. L’objectif : mettre fin à la transmission de la rage par les chiens d’ici cinq ans.
« Je peux dire que, pour la Tanzanie, cette validation constitue une étape décisive pour notre nation », déclare le Dr Malinda. « Elle montre que notre pays est déterminé à œuvrer pour utiliser et conserver cette reconnaissance afin que, d’ici 2030, nous soyons l’un des pays exempts de rage. »
Chaque année, environ 1 500 cas de rage chez l’homme sont signalés en Tanzanie — la grande majorité étant causée par des morsures de chien. Il est essentiel de briser les cycles de transmission à leur source animale en vue d’éliminer la maladie. Cela passe également par la gestion des populations canines — ces stratégies pouvant comprendre notamment la promotion de la responsabilité des propriétaires d’animaux de compagnie, l’accès aux soins vétérinaires, la stérilisation et les campagnes de sensibilisation — ce qui pourrait faire chuter ce chiffre à quasiment zéro.
« Une fois que vous avez goûté aux joies de la validation, vous voulez continuer sur votre lancée. »
La validation officielle en 2025 du Plan national de contrôle de la rage de la Tanzanie par l’OMSA ne constitue pas une première pour le pays. Auparavant, la Tanzanie avait déjà reçu sa première validation officielle de l’OMSA (alors appelée OIE) pour son plan national de contrôle de la peste bovine. « Cette validation a aidé le pays à suivre toutes les étapes définies dans la stratégie de contrôle », se souvient le Dr Malinda, « et, au final, nous avons réussi à éradiquer la peste bovine. »
Fort de ce succès, le pays est convaincu qu’il pourra éliminer la rage et, à l’avenir, se débarrasser de la peste des petits ruminants (PPR).
Planification de l’élimination
Trois années de stratégie ont été nécessaires à l’élaboration du Plan national de contrôle de la rage en Tanzanie, qui— a rassemblé des ONG indépendantes pour qu’elles travaillent ensemble afin d’atteindre le même but, ce qui était l’un de ses principaux objectifs. Tout au long de ces années de coordination, le pays a pu cartographier la maladie, en identifiant les zones à haut et à faible risque, afin d’éliminer la rage de façon méthodique et progressive.
Nous avons mis en place une sorte de plan de “recul” . Certaines zones sont déjà exemptes de rage — on peut les considérer comme “propres” — donc nous nous concentrons sur leur maintien en l’état tout en traitant progressivement les zones à plus haut risque.
Dr Benezeth Lutege Malinda, chef des services vétérinaires, Tanzanie
« Et maintenant, [les Services vétérinaires de Tanzanie et les ONG] travaillent conjointement, en suivant l’analyse que nous avons fournie dans notre dossier. » ajoute le Dr Malinda.
Au-delà des actions ciblées menées avec l’aide des ONG, les partenariats public-privé jouent également un rôle moteur dans la stratégie de contrôle de la rage en Tanzanie. « [La rage] touche vraiment les communautés à faibles revenus », poursuit le Dr Malinda. « Et parfois, le gouvernement — surtout lorsqu’il agit seul — ne peut pas atteindre les communautés locales, là où les citoyens ordinaires sont touchés la rage. Mais le secteur privé, lui, est présent partout dans le pays. »
Pour renforcer cette collaboration entre les secteurs public et privé, la Tanzanie a lancé une initiative appelée Organisation de la santé animale de Tanzanie (TAHO), dédiée à la promotion de la santé et du bien-être des animaux au service du secteur de l’élevage national. « Cela a grandement contribué à la mise en œuvre de nos stratégies. Le secteur privé s’organise à travers différentes régions, tandis que le gouvernement s’assure que tous les obstacles sont levés pour que nous puissions atteindre nos objectifs. »
Les partenariats public-privé jouent également un rôle clé dans l’allègement du fardeau financier des initiatives de bien-être animal, comme la mise en œuvre du plan de lutte contre la rage, en finançant certaines activités pour faire avancer les choses. « Actuellement, par exemple », explique le Dr Malinda, « il y a des équipes déjà sur le terrain menant des campagnes de sensibilisation à la rage, des programmes de stérilisation et de vaccination — le tout coordonné via notre portail national, avec le secteur privé qui met en œuvre ces actions sur le terrain. »
Pour garantir le bon déploiement de son Plan national de contrôle de la rage, le pays a investi dans des installations de stockage où les vaccins, offerts par le secteur privé ou achetés par le gouvernement, peuvent être conservés pour être utilisés lors de situations d’urgence. Ce dispositif, associé à la surveillance de la maladie, permettra à l’Autorité vétérinaire de prendre les devants si certaines zones présentent un risque anormalement élevé d’infection.
Façonner l’avenir
Le succès du Plan national de contrôle de la peste bovine en Tanzanie a galvanisé le pays, le motivant encore davantage à éliminer la rage au cours des cinq prochaines années. « Dans le même esprit, nous considérons la rage comme une autre maladie mortelle — mais évitable », affirme le Dr Malinda. « Nous sommes très optimistes. Et pas uniquement concernant la rage — nous sommes également en phase avec les efforts déployés dans le monde contre la PPR. » Alors qu’il se prépare à lancer le processus en vue d’obtenir une troisième validation pour son pays, le Dr Malinda encourage les autres Membres à faire de même. Selon lui, les avantages liés à la validation officielle en valent largement la peine. La confiance que procure une certification officielle de l’OMSA se traduit par de nouveaux partenariats, des changements de politiques et des investissements dans le programme et les Services vétérinaires en général.
« Je conseille à mes collègues d’autres pays : pesez-vous, préparez votre dossier. Ce n’est pas une tâche facile — cela demande vraiment de la persévérance. Il faut se poser, se concentrer, et arriver à rédiger un document sérieux et reposant sur des bases scientifiques. Le comité scientifique est très rigoureux. Il évalue tout, mot à mot. Mais une fois que vous obtenez la validation, vous éprouvez un sentiment de fierté et de reconnaissance. Vous voyez votre pays cité en exemple, et c’est une motivation non seulement pour nous, professionnels vétérinaires, mais aussi pour tout le pays et nos partenaires à travers le monde. C’est à nous — en tant qu’experts, Directeurs des Services vétérinaires, professionnels du secteur vétérinaire — de prendre l’initiative. » – Dr Benezeth Lutege Malinda.
