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Se préparer avant l’urgence : l’approche de la Nouvelle-Zélande face à l’IAHP

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Lorsque le virus H5N1 de l’influenza aviaire de haute pathogénicité (IAHP) a commencé à se propager dans le monde, la Nouvelle-Zélande s’est retrouvée dans une situation inhabituelle.

Pendant plusieurs années, le pays est resté indemne de cette souche, alors même qu’elle provoquait des conséquences sans précédent sur plusieurs continents, notamment des épisodes de mortalité chez les oiseaux sauvages, des foyers dans les élevages de volailles et des infections chez les mammifères.

Toutefois, être indemne de la maladie ne signifiait pas être à l’abri de la menace. Plutôt que d’attendre l’arrivée du virus H5N1, la Nouvelle-Zélande a mis ce répit à profit pour se préparer.

Les organismes gouvernementaux, le secteur avicole, les spécialistes de la faune sauvage, les laboratoires et d’autres partenaires ont travaillé ensemble afin de renforcer la surveillance, d’améliorer la biosécurité, d’élaborer des plans d’intervention et d’étudier les moyens de protéger certaines des espèces indigènes les plus vulnérables du pays.

Se préparer à une menace qui n’était pas encore arrivée 

La Nouvelle-Zélande avait de bonnes raisons de se préparer. La panzootie mondiale de H5N1 a démontré que les conséquences du virus pouvaient aller bien au-delà de la production avicole. Les oiseaux sauvages ont connu de graves épisodes de mortalité, tandis que des infections ont également été signalées chez un nombre croissant d’espèces de mammifères.

Pour la Nouvelle-Zélande, les conséquences potentielles sur la biodiversité étaient particulièrement préoccupantes. Le pays abrite des oiseaux indigènes uniques, qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde, notamment des espèces dont les populations ne comptent que quelques centaines d’individus.

Consciente de l’interconnexion de ces risques, la Nouvelle-Zélande a fondé sa préparation sur une approche « Une seule santé », réunissant le ministère des Industries primaires (MPI), le ministère de la Conservation (DOC), le ministère de la Santé et Health New Zealand | Te Whatu Ora, ainsi que les acteurs du secteur, les iwi (groupes tribaux maoris), les partenaires de la conservation et d’autres parties prenantes.

Dès le départ, cette planification a tenu compte du fait que le virus H5N1 ne pouvait pas être traité uniquement comme un problème de santé animale. Une incursion pouvait simultanément affecter la conservation de la faune sauvage, la production avicole, le commerce et, potentiellement, la santé publique.

« Se préparer signifie mettre en place les systèmes, les relations et les capacités nécessaires avant l’arrivée d’une maladie. L’IAHP a montré, à l’échelle internationale, qu’un événement sanitaire touchant les animaux peut avoir des répercussions sur la faune sauvage, la production alimentaire et même la santé humaine. En réunissant suffisamment tôt les secteurs concernés, nous avons pu mieux comprendre les risques et nous assurer que nous étions prêts à intervenir rapidement lorsque cela s’avérerait nécessaire » — Dre Mary van Andel, Cheffe des Services vétérinaires et Déléguée de la Nouvelle-Zélande auprès de l’OMSA.

Protéger les espèces avant leur exposition au virus 

L’aspect le plus singulier de la préparation de la Nouvelle-Zélande réside peut-être dans ses travaux sur la vaccination des oiseaux indigènes menacés d’extinction.

Avant même que le virus H5N1 ne soit présent dans le pays, le DOC a mené un essai de vaccination d’une durée d’un an, portant sur un maximum de dix oiseaux appartenant à chacune des cinq espèces menacées suivantes : le kākāpō, le takahē, le kakī ou échasse noire, le tchūriwat/tūturuatu ou pluvier de rivage, et le kākāriki ou perruche.

L’objectif n’était pas de vacciner la faune sauvage à grande échelle. Dans le cas d’une maladie circulant parmi des oiseaux sauvages en liberté, une telle démarche ne serait ni réalisable ni suffisante. Les autorités souhaitaient plutôt déterminer si la vaccination pouvait offrir une protection supplémentaire à de petites populations faisant l’objet d’une gestion intensive, pour lesquelles un foyer majeur pourrait menacer la survie même de l’espèce.

L’essai a permis de recueillir des données essentielles avant que l’urgence ne survienne. Les cinq espèces ont toutes développé une réponse immunitaire initiale et aucun effet indésirable n’a été observé. Chez quatre d’entre elles, la plupart des individus ont conservé une forte réponse immunitaire pendant au moins six mois. Chez le kakī, en revanche, le taux d’anticorps a diminué au bout de trois mois, démontrant la nécessité d’adopter un schéma vaccinal différent.

« Nous savions que le vaccin avait été utilisé avec succès dans des zoos à l’étranger, mais nous ignorions quelle serait son efficacité chez les oiseaux indigènes uniques de Nouvelle-Zélande, qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde », a expliqué la Dre Kate McInnes, conseillère scientifique principale et vétérinaire spécialiste de la faune sauvage au DOC, à l’issue de l’essai.

Ces données ont ensuite pu être traduites en actions concrètes. À la suite de la détection du virus H5N1 chez des oiseaux marins migrateurs en Australie en 2026, la Nouvelle-Zélande a activé ses plans visant à vacciner environ 300 oiseaux reproducteurs essentiels appartenant à certaines de ses espèces les plus menacées. Le programme a commencé avant même la première détection du virus H5N1 en Nouvelle-Zélande.

La vaccination n’a jamais été conçue comme une solution isolée. Elle est venue compléter la biosécurité, la surveillance, les programmes d’élevage, la lutte contre les prédateurs et d’autres mesures destinées à renforcer la résilience globale des populations menacées.

La préparation repose aussi sur les partenariats 

Le secteur avicole et le gouvernement néo-zélandais travaillaient déjà ensemble au renforcement de la biosécurité dans les élevages et des dispositifs d’intervention d’urgence. Les ressources élaborées par la Poultry Industry Association of New Zealand et l’Egg Producers Federation fournissent aux producteurs des orientations pratiques couvrant l’ensemble du cycle de gestion des urgences : empêcher l’introduction de la maladie dans une exploitation, préparer des plans d’intervention et savoir comment agir en cas de foyer.

En 2025, le gouvernement et le secteur avicole ont également officialisé un accord opérationnel couvrant l’IAHP et d’autres maladies aviaires exotiques. Cet accord a établi des modalités de prise de décision conjointe et précisé la manière dont les coûts liés à la préparation et à l’intervention seraient répartis.

Bien que de tels dispositifs puissent sembler administratifs, ils permettent de répondre à des questions cruciales avant le début d’une urgence : qui est responsable de quoi ? Comment les décisions seront-elles prises ? Comment les activités d’intervention seront-elles financées ? Et quelles mesures incitatives favoriseront une notification rapide ?

La Nouvelle-Zélande avait déjà démontré l’importance de la détection rapide et de la coopération lors d’un foyer distinct d’IAHP H7N6 survenu dans un élevage commercial de poules pondeuses dans l’Otago en décembre 2024. Les restrictions de mouvements, les dépistages et une intervention rapide avaient permis de circonscrire le foyer à une seule exploitation.

De la préparation à l’intervention 

Le 15 juillet 2026, la Nouvelle-Zélande a confirmé sa première détection du virus H5N1 chez un labbe brun, un oiseau marin. Cette détection a modifié la situation épidémiologique, mais elle n’a pas marqué le début des travaux menés par la Nouvelle-Zélande sur l’IAHP.

Les systèmes de surveillance étaient déjà bien établis. Les organismes concernés disposaient de mécanismes de collaboration. Les producteurs de volailles préparaient leurs plans de biosécurité. Les équipes chargées de la faune sauvage avaient consacré du temps à évaluer les risques pour les espèces indigènes. Le programme de vaccination des oiseaux menacés était déjà en cours. La Nouvelle-Zélande disposait donc de bases solides et a pu intensifier la plupart de ses activités de préparation et d’intervention, plutôt que de devoir les mettre en place.

C’est précisément pour cette raison que la préparation est essentielle. Les normes internationales de l’OMSA soulignent que la rapidité et l’efficacité des interventions face aux urgences de santé animale dépendent du niveau de préparation établi au préalable. Cela comprend l’analyse des risques, la planification d’urgence, les systèmes de surveillance et d’alerte précoce, la formation, les exercices de simulation, la définition claire des responsabilités ainsi que la collaboration entre les autorités et les parties prenantes appelées à intervenir en situation d’urgence.

L’expérience de la Nouvelle-Zélande permet d’illustrer la mise en pratique de ces principes. La préparation ne peut empêcher tous les agents pathogènes de franchir une frontière, en particulier lorsque les déplacements d’animaux sauvages sont en jeu. Elle ne peut pas non plus éliminer toutes les incertitudes entourant une menace émergente pour la santé animale.

Elle peut toutefois garantir que, lorsque la menace arrive, les pays ne partent pas de zéro. Face à l’IAHP, comme aux futures urgences de santé animale, le temps ainsi gagné peut faire toute la différence.