La propagation de la fièvre aphteuse vers de nouvelles zones est préoccupante, mais les conséquences pourraient être plus graves
Un sérotype de la fièvre aphteuse a été signalé pour la première fois depuis 60 ans en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, bien au-delà de la région où il a été identifié pour la première fois il y a environ 80 ans. À l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), nous suivons la situation de près, car chaque nouveau foyer de fièvre aphteuse constitue non seulement une menace pour la santé animale, mais rappelle également les nombreuses façons dont les animaux et les êtres humains sont interconnectés. Pour protéger la santé animale, la coopération et la prévention sont essentielles : découvrez pourquoi.
Plus de 6 600 kilomètres séparent les capitales de Chypre, du Lesotho et de la Mongolie. Pourtant, en 2026, ces trois pays se sont retrouvés confrontés au même défi : l’émergence d’un sérotype de la fièvre aphteuse jamais détecté auparavant sur leurs territoires.
Les vétérinaires et les éleveurs font face aux menaces de la fièvre aphteuse depuis des décennies à travers le monde. Bien que cette maladie soit rarement mortelle, elle est extrêmement contagieuse chez les animaux et peut avoir un impact majeur sur leur santé et leur productivité. Dans certains pays et régions, la fièvre aphteuse a été éradiquée avec succès et, aujourd’hui, elle fait partie des rares maladies pour lesquelles l’OMSA reconnaît officiellement un statut indemne, permettant aux pays de commercer et d’exporter des animaux et des produits d’origine animale en toute sécurité.
Le nouveau sérotype de la fièvre aphteuse récemment détecté dans plusieurs pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie présente une histoire particulière. Connu sous le nom de SAT 1, pour Southern African Territories 1, il a historiquement été associé à l’Afrique australe, où il a été identifié pour la première fois en 1948. Bien qu’il ait été occasionnellement signalé dans certains pays du Moyen-Orient et d’Europe entre 1962 et 1965, puis entre 1969 et 1970, le SAT 1 est longtemps resté associé à l’Afrique australe. Depuis 2025, le sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse est détecté de plus en plus fréquemment dans des zones situées à des milliers de kilomètres de son aire de répartition traditionnelle, suscitant des inquiétudes ces derniers mois, non seulement en raison de la distance qu’il semble avoir parcourue en peu de temps, mais aussi en raison de l’impact potentiellement considérable qu’il pourrait avoir sur la santé animale, les moyens de subsistance et les économies.
Suivi étroit de la propagation de la fièvre aphteuse
Depuis février 2026, nous suivons avec une attention particulière la propagation du sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse (FA). Au début de l’année, une augmentation du nombre de foyers a été signalée en Afrique du Sud, tandis que de nouvelles notifications ont été soumises par le Botswana, l’Eswatini, le Lesotho, la Zambie et le Zimbabwe. Dans certains cas, les foyers ont touché des zones reconnues officiellement comme indemnes de fièvre aphteuse et ont suscité une importante couverture médiatique au niveau local en raison de leurs répercussions sur les mouvements d’animaux et la production animale. Bien que préoccupante, la présence de ce sérotype dans la région n’était pas inattendue compte tenu de son association historique avec l’Afrique australe.
La situation était différente dans d’autres régions. Selon les données officielles communiquées par les Membres de l’OMSA par l’intermédiaire du Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS), Israël, Chypre, la Palestine, la Chine et la Mongolie ont tous signalé leur première apparition du sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse en 2026, dans cet ordre chronologique. Ce même sérotype avait déjà été signalé pour la première fois en Iraq, au Koweït, en Égypte et en Azerbaïdjan en 2025, également dans l’ordre chronologique de notification officielle à l’OMSA.
Après une absence de soixante ans, le sérotype SAT 1 a de nouveau été signalé via WAHIS en Türkiye, au Liban et en Grèce entre 2025 et 2026.
La carte présente les foyers du sérotype SAT1 de la fièvre aphteuse signalés dans le Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS) depuis le début de 2025, au 26 août 2026.
Ces données jouent un rôle essentiel pour comprendre l’ampleur de la menace et aider les pays et territoires à se préparer à d’éventuelles incursions de la fièvre aphteuse.
Différentes mesures préventives peuvent être mises en œuvre, notamment le renforcement de la biosécurité, la vaccination, le contrôle des mouvements d’animaux et la surveillance aux frontières. Toutefois, toutes ces actions nécessitent des ressources, et l’accès à des données fiables et solides permet aux gouvernements et aux autorités sanitaires vétérinaires de mieux justifier et mobiliser les moyens nécessaires en temps utile.
L’impact de la fièvre aphteuse sur les animaux, les populations et les économies
La fièvre aphteuse touche les bovins, les porcins, les ovins, les caprins ainsi que d’autres animaux à sabots fendus, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Lorsqu’elle est détectée dans une zone, le commerce des animaux et des produits d’origine animale est fortement restreint. En raison du caractère extrêmement contagieux de la maladie, la prévention de toute propagation supplémentaire devient une priorité immédiate. Cette situation peut avoir des conséquences importantes pour les éleveurs et leurs moyens de subsistance. Toutefois, l’impact de la fièvre aphteuse n’est pas le même dans tous les pays.
Une récente évaluation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a mis en évidence que la vulnérabilité économique associée à l’introduction du sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse en Asie et dans le Pacifique est inégalement répartie. Si les économies vastes et diversifiées sont généralement en mesure d’absorber les chocs macroéconomiques qui en résultent, les économies plus petites et fortement dépendantes de l’élevage sont beaucoup plus vulnérables. Dans ces pays, les pertes pourraient atteindre jusqu’à 1 % du PIB, tandis que les perturbations commerciales pourraient engendrer des coûts équivalents, voire supérieurs, aux pertes directes de production. En cas de foyer de fièvre aphteuse, les conséquences pourraient ainsi dépasser le seul secteur de l’élevage et se transformer en une crise touchant l’ensemble de l’économie.
Investir dès maintenant pour prévenir le pire
À l’OMSA, nous suivons de près la propagation du sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse, car il illustre clairement à quel point la santé animale est étroitement liée aux moyens de subsistance, aux économies et à la sécurité alimentaire. Dès mai 2026, la fièvre aphteuse constituait déjà une préoccupation majeure pour de nombreux experts de la santé animale réunis à Paris à l’occasion de notre Session générale, consacrée à l’importance d’investir dans la santé animale.
À cette occasion, Franck C.J. Berthe, spécialiste principal de l’agriculture pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à la Banque mondiale, a souligné la nécessité d’investir dans la santé animale : « On estime que la fièvre aphteuse coûte jusqu’à 21 milliards de dollars par an aux éleveurs dans le monde. Pourtant, c’est une maladie que nous savons théoriquement maîtriser. Je ne dis pas que c’est facile, mais nous disposons de ces connaissances. Les outils existent, les mécanismes de financement existent ; ce qui manque, c’est la volonté politique de déployer à plus grande échelle les connaissances et les solutions. »
L’émergence récente du sérotype SAT 1 de la fièvre aphteuse est préoccupante, mais elle peut être maîtrisée. Grâce à des mesures préventives adaptées et à des investissements durables dans les systèmes de santé animale, son impact peut être limité. Comme l’a souligné Franck C.J. Berthe :
« Le prochain choc majeur pourrait émerger d’un système d’élevage dans la santé duquel nous avons choisi de ne pas investir. »