Au cours de l’année écoulée, la question du genre dans la profession vétérinaire est devenue un sujet majeur au sein de l’OMSA. Des événements parallèles — dont un organisé lors de la 92e Session générale — ont mis en évidence le fort engagement des Membres à participer au débat mondial et à faire progresser l’égalité de genre.
À l’échelle mondiale, la médecine vétérinaire a connu ce que beaucoup qualifient de
« féminisation », les femmes représentant désormais environ la moitié des praticiens et près de 80 % des étudiants en médecine vétérinaire. Cette évolution rapide a ravivé l’attention portée à des questions telles que la représentation dans les fonctions de direction, la durabilité de la main-d’œuvre et l’avenir des Services vétérinaires. Dans le même temps, la baisse du nombre d’hommes entrant dans la profession soulève des interrogations quant à la diversité et à la capacité du secteur à remplir ses fonctions essentielles à long terme.
Mais rompre le cycle ne suffit pas. Si davantage de femmes entrent aujourd’hui dans les écoles vétérinaires et rejoignent la profession, cette tendance ne se traduit pas automatiquement par une représentation équitable dans les postes de direction, les affectations sur le terrain, les salaires ou le pouvoir décisionnel. En réalité, les inégalités structurelles persistent. Les postes de direction, la propriété des cabinets et les fonctions de terrain restent occupés de manière disproportionnée par des hommes. À l’inverse, les femmes sont souvent concentrées dans les laboratoires, les soins aux animaux de compagnie, les fonctions administratives ou de soutien, où l’influence et l’autorité sont relativement limitées. Pour aggraver encore la situation, l’écart salarial dans la profession vétérinaire demeure bien réel. Les femmes vétérinaires continuent de gagner moins que leurs homologues masculins, en particulier parmi les jeunes diplômés et les plus hauts revenus — une situation alimentée par des structures professionnelles obsolètes et des stéréotypes de genre profondément ancrés.
La diminution de la participation masculine à la main-d’œuvre ajoute une couche supplémentaire de complexité, en modifiant la manière dont la profession fonctionne. Selon des données récentes, chaque augmentation de 1 % du nombre de femmes dans les effectifs étudiants d’une faculté vétérinaire s’accompagne, l’année suivante, d’environ 1,7 candidature masculine en moins. Si les causes restent à préciser, les implications sont évidentes : des pénuries chroniques dans les zones rurales et dans les postes physiquement exigeants sur le terrain, où les femmes rencontrent des contraintes liées à la sécurité et bénéficient souvent de conditions peu attractives.
« Nous avons des secteurs entiers, des professions et des systèmes de travail qui ont été conçus par des hommes », commente E. Scott Osborne, président de Through Women’s Eyes. « Qu’il s’agisse de l’environnement physique, de la hiérarchie organisationnelle, des horaires de travail, des modalités d’avancement ou des critères de promotion — tout a été pensé par des hommes. Jusqu’à littéralement la dernière moitié du siècle passé, les hommes ont créé des systèmes répondant aux besoins, aux objectifs, aux priorités et aux emplois du temps des hommes, souvent à une époque où beaucoup avaient une épouse ne travaillant pas à l’extérieur du foyer. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où de nombreuses femmes font partie de la population active, mais ces systèmes sont restés en grande partie inchangés. »
Autrement dit, l’augmentation de la participation féminine met également en lumière l’incapacité du système à s’adapter aux transformations de la main-d’œuvre. Sans s’attaquer aux obstacles structurels et culturels, l’effet combiné de la « féminisation » et de la baisse des inscriptions masculines risque de produire l’effet inverse de celui recherché : un affaiblissement de la couverture des services et une perturbation de la continuité des fonctions vétérinaires essentielles.
Nouvelles priorités en matière d’égalité de genre
L’OMSA a échangé avec ses Membres lors de récents événements institutionnels afin d’identifier leurs priorités liées à la féminisation de la main-d’œuvre et d’orienter l’élaboration de la future stratégie de genre de l’Organisation.
Les principaux défis identifiés sont notamment :
- l’absence de politiques ciblées pour attirer et retenir une main-d’œuvre équilibrée du point de vue du genre ;
- les pressions liées aux responsabilités familiales et les contraintes en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ;
- la persistance d’attentes sociétales alimentant les stéréotypes de genre et continuant à cantonner les femmes à des rôles peu dynamiques, éloignés des zones rurales ou du travail de terrain.
Face à ces défis, les Membres ont très majoritairement exprimé le souhait que l’OMSA soutienne activement des stratégies sensibles au genre afin de rendre la communauté plus inclusive. Ils souhaitent également que l’OMSA collecte et analyse des données sur la main-d’œuvre et fournisse des orientations sur l’utilisation de ces informations pour élaborer des politiques équitables et durables.
Vers une vision commune de Services vétérinaires sensibles au genre
De récentes études d’évaluation du genre en Afrique et en Asie-Pacifique, commanditées par l’OMSA, ont mis en évidence la sous-représentation des femmes dans les postes de direction et une répartition déséquilibrée des affectations sur le terrain.
Les résultats montrent également que la culture organisationnelle, l’accès à la formation et un leadership favorable sont déterminants pour l’élaboration de politiques de main-d’œuvre sensibles au genre dans le secteur — qu’il s’agisse de programmes ciblés de développement du leadership ou de systèmes de quotas garantissant une représentation équilibrée.
Si ces évaluations fournissent des informations utiles, elles révèlent aussi une lacune : les Services vétérinaires ont besoin d’une culture plus forte de l’utilisation des données pour orienter les politiques de ressources humaines. La collecte systématique, l’analyse et l’application des données probantes constituent un élément manquant essentiel pour combler le dernier écart et parvenir à une égalité de genre durable. Cette approche analytique fondée sur les données est également renforcée par les recommandations issues de la Conférence continentale africaine sur le développement de la main-d’œuvre vétérinaire.
Mais en matière de collecte de données exploitables, les Services vétérinaires ne sont pas seuls. Les écoles vétérinaires peuvent en effet être des partenaires précieux dans cette démarche. Les données ventilées par sexe issues des établissements d’enseignement permettent de mieux comprendre comment les normes de genre, les attentes et les perceptions de la profession influencent les choix des étudiants avant même leur entrée sur le marché du travail. Cela est d’autant plus important que les études vétérinaires enregistrent une baisse des inscriptions masculines, probablement influencée par les perspectives de carrière, la rémunération et les normes sociales associant les soins aux animaux à des rôles de sollicitude traditionnellement attribués aux femmes.
Une chose est désormais plus claire que jamais : renforcer les capacités d’analyse n’est pas seulement une exigence technique, mais un investissement stratégique qui fournit aux décideurs les informations nécessaires pour faire progresser le secteur de la santé animale.
À mesure que la profession vétérinaire se féminise, il devient essentiel d’en comprendre toutes les nuances. Cette évolution soulève des questions majeures quant à l’avenir du secteur : comment les structures professionnelles répartissent-elles les opportunités et permettent-elles un leadership équitable ? Le déclin des candidatures masculines contribue-t-il aux pénuries de personnel dans les zones reculées, où les femmes restent sous-représentées ? Et comment l’évolution des dynamiques de genre influence-t-elle l’identité professionnelle, les aspirations de carrière et l’attractivité globale du métier de vétérinaire ?
Explorer ces questions à travers une approche analytique fondée sur les données permet à l’OMSA et à ses Membres d’aller au-delà des tendances numériques et de comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’organisation, la répartition et la résilience de la main-d’œuvre.
En tenant compte de cette complexité, l’OMSA et ses Membres travaillent ensemble à la construction de Services vétérinaires équitables, pérennes et mieux préparés à protéger la santé animale et la santé publique. L’OMSA s’engage à utiliser les enseignements issus des consultations avec les Membres et des études d’évaluation du genre pour élaborer une stratégie globale en matière de genre, mettant en valeur les bonnes pratiques, renforçant les données probantes à l’échelle mondiale et garantissant que la profession vétérinaire demeure dynamique, inclusive et attractive pour tous.
Lorsque la faune sauvage et le bétail partagent les mêmes environnements, les possibilités de transmission de pathogènes entre eux augmentent. Cela pose un problème particulier pour les maladies animales transfrontalières telles que la peste porcine africaine (PPA), l’influenza aviaire (IA) et la fièvre aphteuse (FA), qui continuent de se propager à l’échelle mondiale, affectant la santé animale ainsi que les moyens de subsistance des populations qui en dépendent.
Comprendre les interfaces faune sauvage–bétail (IFSB) — les espaces physiques où les animaux sauvages et domestiques interagissent — et identifier des interventions capables de réduire la transmission des maladies à ces interfaces sont essentiels pour alléger le fardeau des maladies pesant sur les animaux, les humains et les économies.
Dans le cadre de sa mission visant à protéger la santé animale partout dans le monde, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a publié une nouvelle ressource : Atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail : Guide pratique pour les Services vétérinaires. Ces lignes directrices fournissent aux Services vétérinaires des recommandations claires et adaptables afin de les aider à concevoir des interventions efficaces et spécifiques au contexte pour faire face aux risques sanitaires là où la faune sauvage et le bétail se rencontrent.
Les caractéristiques des maladies, telles que la capacité d’un agent pathogène à survivre dans l’environnement, le mode de transmission (directe, indirecte ou vectorielle), ainsi que les taux de morbidité et de mortalité, jouent un rôle important dans les IFSB. Toutefois, ce ne sont pas les seuls facteurs. Les IFSB varient également selon les régions, les systèmes d’élevage, les espèces sauvages et les facteurs environnementaux.
Ces interactions sont elles-mêmes dynamiques et fortement influencées par le climat, les habitats et les activités humaines. L’ensemble de ces éléments peut créer des voies complexes de transmission des agents pathogènes entre la faune sauvage et le bétail, et inversement.
Le bétail et la faune sauvage ont des besoins similaires : nourriture, eau et abri. Si ces ressources sont facilement accessibles dans les exploitations agricoles, par exemple, mais pas dans l’environnement environnant, elles peuvent devenir des points chauds de transmission des maladies. De même, lorsque les établissements humains se rapprochent de ces ressources, la probabilité d’interactions entre la faune sauvage et les humains augmente, ouvrant la voie aux phénomènes de débordement (spillover) et aux infections zoonotiques.
Cartographier les risques liés aux IFSB avant une flambée épidémique peut contribuer à protéger la santé animale pendant celle-ci
La cartographie et la compréhension des caractéristiques des IFSB peuvent considérablement renforcer la capacité des professionnels vétérinaires à évaluer la manière dont une maladie pourrait se propager. Cela implique de bien comprendre la maladie ciblée et les scénarios dans lesquels elle pourrait se diffuser.
Malheureusement, ces tâches ne sont pas simples. Les différences de connaissances sur les maladies entre les pays peuvent constituer un obstacle à la prise en compte précise de toutes les caractéristiques d’une flambée épidémique, tout comme des données inexactes ou de mauvaise qualité. Cependant, disposer d’un plan d’action bien réfléchi et spécifique à l’exploitation, visant à réduire les interactions entre la faune sauvage et le bétail, peut fortement atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail. Ces plans d’action peuvent inclure des mesures telles que l’amélioration des infrastructures, le déplacement des points d’eau ou des mangeoires, et la réduction de l’attractivité des ressources agricoles pour la faune sauvage.
Le fait de classer les actions en catégories telles que « prioritaires » et « alternatives » ou « générales » et « spécifiques » permet de traduire les évaluations des risques en décisions pratiques et applicables sur le terrain. Les actions prioritaires peuvent se concentrer sur les mesures présentant le plus grand potentiel de réduction du risque à l’interface, par le biais d’interventions directes ou structurelles, tandis que les actions alternatives offrent une option réaliste lorsque des contraintes, telles que les autorisations ou la faisabilité, rendent les mesures prioritaires difficiles à mettre en œuvre. Les actions générales permettent d’établir un niveau de base de biosécurité grâce à des pratiques de gestion larges affectant l’ensemble de l’exploitation, tandis que les actions spécifiques ciblent des points de risque clairement identifiés, tels que des parcelles ou des points d’eau.
Ensemble, ces distinctions permettent l’élaboration de plans d’action adaptés à chaque exploitation et équilibrent l’efficacité avec les défis concrets de mise en œuvre auxquels sont confrontés les Services vétérinaires et les producteurs.
La biosécurité comme investissement
En matière de gestion des risques aux interfaces faune sauvage–bétail, la biosécurité doit être considérée comme un investissement plutôt que comme un coût supplémentaire. Lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, la biosécurité contribue à prévenir les flambées de maladies — dont la gestion a posteriori peut s’avérer extrêmement coûteuse — avant qu’elles ne surviennent. Ainsi, même si l’amélioration des infrastructures agricoles implique des coûts initiaux, ceux-ci restent faibles en comparaison des coûts liés aux traitements, aux pertes de production et à l’abattage sanitaire.
L’atténuation des risques à l’interface faune sauvage–bétail n’est pas une solution universelle. Les maladies transfrontalières telles que la PPA, l’IAHP et la FA sont toutes complexes à leur manière, et nécessitent des solutions adaptées à la fois aux caractéristiques spécifiques de chaque maladie et au contexte propre à chaque pays. Les pays devraient appliquer le principe du « ne pas nuire » afin de garantir que les solutions mises en place soient durables sur le plan environnemental et socialement acceptables. Les lignes directrices aident les pays à élaborer des programmes d’atténuation des risques sur mesure, reflétant les réalités et les capacités locales. En ajustant les interventions, les pays peuvent mieux protéger la santé animale et les échanges commerciaux.
Atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail : Guide pratique pour les Services vétérinaires fournit aux Services vétérinaires les outils nécessaires pour mettre en place des interventions adaptées et à fort impact là où la faune sauvage et le bétail se rencontrent. Investir dans l’atténuation de la transmission des maladies aux interfaces faune sauvage–bétail permet de construire un avenir plus sûr et plus durable pour les animaux comme pour les humains.
Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire est publié et propose de nouveaux éclairages sur l’adoption mondiale des normes de santé animale. Découvrez comment le Brésil a non seulement mis en œuvre efficacement le zonage, mais a également contribué à façonner les normes internationales qui encadrent cette pratique. Initialement utilisé par le pays comme un outil pour éradiquer la fièvre aphteuse, le déploiement réussi de ces normes est depuis devenu un puissant levier d’accès aux marchés internationaux. C’est pourquoi les recommandations du rapport pourraient s’avérer précieuses pour de nombreux décideurs.
Le mandat fondamental de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) est d’élaborer des normes internationales visant à garantir la santé et le bien-être des animaux, à soutenir la prévention, le contrôle et l’éradication des maladies, et à faciliter le commerce international sûr des animaux et des produits d’origine animale. Pour mieux comprendre ces normes, on peut les considérer comme des mesures convenues et adoptées par l’ensemble des pays. Elles orientent en définitive les stratégies et les réglementations nationales en matière de santé et de bien-être animal.
Marcelo de Andrade Mota est le Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA pour le pays. En 2025, il a dirigé avec succès les efforts ayant permis au Brésil d’être reconnu indemne de fièvre aphteuse sur l’ensemble de son territoire. La fièvre aphteuse est l’une des six maladies pour lesquelles l’OMSA accorde un statut officiel d’indemnité. La mise en œuvre des normes de zonage de l’OMSA – à l’élaboration desquelles le pays a contribué – a joué un rôle déterminant dans cette réussite. Marcelo de Andrade Mota connaît bien à la fois le potentiel et les défis associés à ces normes :
« Je pense que l’aspect le plus intéressant du processus d’élaboration des normes de l’OMSA est qu’il repose sur le consensus, ce qui est essentiel pour permettre aux pays de les mettre réellement en œuvre. Cela dit, il faut être honnête : nous, les délégués, nous nous accordons sur des normes à Paris, à l’OMSA, et c’est très bien. Mais une fois de retour dans nos pays, nous devons faire notre part du travail. Nous devons assurer le suivi, appliquer les règles dans notre contexte national et négocier avec les parties prenantes concernées. Cela peut être difficile, mais le fait que ces normes soient établies par consensus rappelle l’importance de leur adoption. »
Pour évaluer si et comment les normes sont mises en œuvre par les pays, l’Observatoire de l’OMSA a publié son deuxième Rapport de suivi. L’étude de cas du Brésil illustre clairement l’importance des normes et l’impact positif qu’elles peuvent avoir à plusieurs niveaux.
Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire
Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire fournit à l’OMSA et à ses Membres des analyses et des recommandations sur l’utilisation et la mise en œuvre des normes de l’OMSA. Grâce à une méta-analyse ambitieuse de plusieurs ensembles de données, internes et externes à l’OMSA, le rapport est conçu comme un outil pratique pour orienter la stratégie future de l’Organisation et de ses Membres. Pour cette raison, il sera publié tous les cinq ans, en cohérence avec les cycles des Plans stratégiques de l’OMSA.
Le rapport complet est accessible en ligne et couvre les thèmes suivants : le commerce et les mesures sanitaires, les auto-déclarations et statuts officiels, le contrôle des mouvements à l’intérieur des pays/territoires et les précautions aux frontières, le zonage et la compartimentation, l’usage des antimicrobiens et la résistance aux antimicrobiens, ainsi que la mise en œuvre de l’approche One Health. Des fiches d’information et des tableaux de bord interactifs sont également disponibles pour permettre à chacun de consulter et d’extraire les informations.
Utilisation et amélioration des normes de zonage au Brésil
Le zonage est une pratique qui permet aux autorités vétérinaires de diviser le territoire d’un pays en zones plus petites, chacune regroupant des animaux ayant un statut sanitaire spécifique pour une maladie donnée. Ainsi, en cas d’épidémie dans une zone, celle-ci peut être contenue sans affecter les autres, permettant aux activités et au commerce de se poursuivre normalement dans les régions indemnes. Pour mettre en œuvre le zonage efficacement, les pays doivent établir un système d’identification des animaux, des contrôles des mouvements et des mesures de biosécurité. Le maintien de zones indemnes de maladies favorise la production et le commerce sûr des animaux et de leurs produits.

L’introduction du concept de zonage au Brésil est étroitement liée à la lutte contre la fièvre aphteuse (FA), à une période de croissance rapide et de demande croissante pour une production de viande améliorée. Comme l’explique Marcelo de Andrade Mota :
« Depuis les années 1950, l’objectif d’éradiquer la FA a façonné l’organisation de nos services vétérinaires à travers le pays. Cela a stimulé l’industrie pharmaceutique pour la production de vaccins et a finalement influencé notre approche du zonage. Le Brésil est un pays très vaste : si nous voulions le rendre indemne de FA, nous savions qu’il fallait travailler sur des zones plus petites, en divisant le pays et en les priorisant selon les besoins et les capacités des services vétérinaires locaux. »
Nous avons combattu la maladie zone par zone, en isolant chaque foyer, en vaccinant les animaux, puis en supprimant progressivement la vaccination, toujours zone par zone. Dans les années 1990, nous avons obtenu la première zone reconnue indemne avec vaccination ; en 2024, tout le pays était indemne sans vaccination, et en 2025, l’OMSA a officiellement reconnu ce statut.
Marcelo de Andrade Mota, Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA.
Pour un pays comme le Brésil, aujourd’hui l’un des plus grands producteurs et exportateurs de viande au monde, le zonage est plus qu’un simple outil d’éradication. Dans sa nouvelle ère indemne de FA, le Brésil a mis en place des « zones de paix », comme les appelle le Dr de Andrade Mota, qui peuvent être activées en cas de réapparition de la maladie. Si un cas était détecté, la zone affectée serait isolée, tandis que les éleveurs des autres zones pourraient continuer à déplacer leurs animaux et à gérer leurs activités sans interruption.
Recommandations de l’Observatoire
Le deuxième Rapport de suivi de l’Observatoire propose des recommandations pratiques à l’OMSA et à ses Membres pour améliorer la mise en œuvre de ces normes. Par exemple, l’OMSA recommande aux Membres d’appliquer des mesures fonctionnelles, telles que le contrôle des mouvements, pour soutenir le zonage. Elle suggère également d’envisager l’utilisation de cette mesure en complément des mécanismes de l’OMSA, comme la reconnaissance officielle des statuts et l’auto-déclaration, qui peuvent faciliter les accords commerciaux bilatéraux. Cette approche correspond étroitement à l’expérience du Brésil et pourrait intéresser de nombreux autres pays.
Le monde est aujourd’hui plus interconnecté et les pays cherchent de plus en plus à maintenir un commerce sûr. Des mesures comme le zonage aident à réduire les risques et les impacts économiques des maladies animales sur le commerce international. Maintenant que le Brésil est indemne de fièvre aphteuse, notre objectif est de tirer parti de ce statut et de notre système de zonage efficace, reconnu par l’OMSA, dans le cadre des accords commerciaux.
Marcelo de Andrade Mota, Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA.
Cela est rendu possible grâce aux normes internationales. Pour qu’un pays voie sa stratégie de zonage reconnue par l’OMSA, il doit se conformer aux normes de l’Organisation. Cependant, il ne s’agit pas d’un processus unilatéral où les pays s’adaptent simplement à des règles externes. S’appuyant sur son expérience nationale et ses succès, le Brésil participe activement aux discussions sur les normes de zonage depuis les années 1980, contribuant à leur élaboration par consensus avec d’autres pays. Comme l’explique le Dr de Andrade Mota : « Mettre en œuvre des normes reconnues par l’OMSA change la donne. Elles protègent non seulement la santé animale et renforcent les services vétérinaires, mais elles ouvrent aussi l’accès aux marchés mondiaux, stimulent la croissance économique et positionnent les pays comme des partenaires de confiance dans une chaîne d’approvisionnement en élevage sûre et durable. »
Plus d'informations
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Deuxième Rapport de suivi de l’Observatoire
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Le deuxième Rapport de suivi de l’Observatoire: Zonage et compartimentation
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Le tableau de bord sur le zonage et de la compartimentation
Après de fortes pluies en septembre 2025, la fièvre de la Vallée du Rift est apparue au Sénégal, en Mauritanie et en Gambie, affectant gravement à la fois les animaux et les populations humaines. Bien que la maladie ne soit pas nouvelle dans ces pays, son impact fluctue fortement au fil du temps, soulignant l’importance de la préparation et de la surveillance. Au pic de l’épidémie, le Sénégal a montré comment la collecte et la notification rapides des données via le Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS) peuvent faire la différence.
Entre le 16 et le 18 septembre 2025, Mathioro Fall se trouvait à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour participer à une session de formation organisée par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) sur la notification des maladies animales via WAHIS. En tant que chef de la division de la protection de la santé animale au ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal, le Dr Fall est chargé de soumettre les mises à jour relatives aux foyers de maladies animales dans WAHIS — raison de son déplacement en Côte d’Ivoire.
À cette période, la fièvre de la Vallée du Rift était déjà présente au Sénégal, avec des cas signalés depuis au moins septembre 2020 dans la région de Rao. Peu après avoir terminé la formation, le Dr Fall s’est connecté à WAHIS pour clôturer l’événement précédent et en ouvrir un nouveau, en raison de l’augmentation des foyers de fièvre de la Vallée du Rift chez les animaux comme chez l’humain. En effet, à la fin du mois de septembre, les autorités sanitaires sénégalaises ont confirmé des infections humaines, dont plusieurs décès, marquant le début d’un événement majeur touchant le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie. Cet épisode épidémique a par la suite été reconnu comme présentant un risque élevé pour la santé humaine et animale au niveau national, à la suite d’une évaluation conjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’OMSA.
Début décembre, Mathioro Fall était de retour à Saint-Louis — à quatre heures de route de Dakar, la capitale du Sénégal — pour une mission de suivi des foyers de fièvre de la Vallée du Rift. Selon les données qu’il collecte et partage chaque semaine avec la communauté internationale, l’épidémie semble avoir atteint son pic et le nombre de cas devrait désormais diminuer progressivement.
« Les mesures de confinement se révèlent efficaces », explique le Dr Fall lors d’une pause au cours de sa mission sur le terrain. « Mais nous examinons maintenant les actions mises en place afin d’élaborer un plan d’amélioration pour les futures épidémies. La fièvre de la Vallée du Rift est une maladie prioritaire au Sénégal : nous connaissons les zones à risque où elle est susceptible de réapparaître, et nous savons qu’elle suit un cycle. Elle revient généralement tous les deux à trois ans, donc c’est le moment d’apprendre de ce que nous avons fait et de renforcer la surveillance et la prévention au sein des populations animales. »
Surveiller les infections animales pour protéger la santé de tous
Fièvre de la Vallée du Rift est une maladie vectorielle qui peut toucher différentes espèces animales. Le virus est transporté et propagé par les moustiques et, dans certains cas, il peut même survivre pendant des années dans leurs œufs, y compris dans des conditions de sécheresse. Lorsque de fortes pluies provoquent l’éclosion des œufs, le virus peut réapparaître et commencer à se propager à nouveau parmi les animaux. Les humains peuvent également être infectés, le plus souvent par contact avec le sang ou les fluides corporels d’animaux infectés, mais aussi par des piqûres de moustiques.
La maladie est particulièrement dangereuse pour les agneaux et les chevreaux, avec des taux de mortalité allant de 70 % à 100 %. Chez les moutons adultes et les veaux, la mortalité chute à 20 %–70 % et varie largement selon les autres espèces. Les brebis et les vaches gestantes avortent presque systématiquement : un résultat à la fois dévastateur pour les éleveurs et un signal crucial pour les épidémiologistes. Comme l’explique le Dr Fall :
« En plus des vaccinations ciblées, de la surveillance active des espèces sentinelles et de l’utilisation d’insecticides dans les exploitations, nous devons sensibiliser les éleveurs aux symptômes de la maladie afin qu’ils puissent signaler efficacement les avortements chez leurs animaux. Cela nous permet de détecter un foyer en cours et, in fine, d’alerter nos collègues du secteur de la santé humaine de toute menace émergente potentielle. »
Former le personnel à la meilleure utilisation de WAHIS
Dès qu’un foyer d’une maladie animale listée, nouvelle ou auparavant éradiquée, survient sur leur territoire, les Membres de l’OMSA sont tenus de le signaler via WAHIS.
Si ce système d’information constitue une source de données essentielle pour les Services vétérinaires, les organisations internationales et les chercheurs souhaitant collecter et réutiliser des informations sur la santé animale, l’efficacité de WAHIS dépend de l’engagement et de la coopération des personnes qui y font leurs signalements. Comme l’a souligné une étude récente dans la région Asie-Pacifique, les compétences sont cruciales pour garantir une notification rapide des maladies. C’est pourquoi des formations sont régulièrement organisées dans le monde entier.
« Je rapporte via WAHIS depuis de nombreuses années », reconnaît Mathioro Fall, « mais je dois admettre que la dernière formation à laquelle j’ai participé m’a donné des conseils utiles pour utiliser la plateforme de manière plus efficace et rapide. »
Les maladies au-delà des frontières
La carte montre les foyers de fièvre de la Vallée du Rift signalés par le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie via WAHIS entre le 30 septembre et le 10 décembre 2025.
Comme toutes les maladies, la fièvre de la Vallée du Rift ne connaît pas de frontières, et sa nature vectorielle la rend particulièrement difficile à contenir dans une zone spécifique. Le Sénégal n’est pas le seul pays touché par des foyers fin 2025. La Mauritanie et la Gambie ont également signalé des cas durant la même période, et l’Afrique du Sud a connu une réapparition de la maladie dans un événement indépendant. Depuis le tableau de bord de la situation des maladies de WAHIS, on peut constater que, depuis 2023, le virus a également été signalé au Burkina Faso, au Burundi, au Rwanda, à Madagascar, en Ouganda, au Ghana, au Mozambique et au Kenya.
« Un seul pays ne peut pas contrôler de manière définitive une maladie transfrontalière. L’événement de cette année a été exceptionnel, mais nous aurions signalé la présence de la maladie de toute façon, car c’est notre devoir en tant que Membre de l’OMSA. Partager des données sur les foyers actuels est essentiel pour aider les autres pays à comprendre la situation.
Dr Fall, Chef de la division de la protection de la santé animale au ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal.
« Par le passé, par exemple, nous avons utilisé les données de WAHIS pour évaluer la situation des maladies animales chez nos partenaires commerciaux. En notifiant, nous permettons à nos collègues d’autres pays de comprendre ce qui se passe, d’évaluer les risques, de se préparer en conséquence et, si nécessaire, de plaider pour des ressources avec des preuves solides en main. »
Différentes façons de notifier via WAHIS
En collectant et en rendant accessibles d’importantes quantités de données à tous, WAHIS constitue une source d’informations très diversifiée, consultable par un large public. Les pays et territoires sont tenus de signaler les données de deux manières : via le système d’alerte précoce et via le système de suivi.
Dans le premier cas, lorsqu’une maladie auparavant absente ou éradiquée survient chez les animaux, le pays notifie immédiatement l’OMSA via WAHIS. Une alerte est alors envoyée, et le pays notifiant doit fournir des mises à jour hebdomadaires.
Le système de suivi est conçu pour offrir un aperçu de la présence ou de l’absence d’une maladie dans une zone donnée. Les Membres de l’OMSA doivent soumettre un rapport tous les six mois, fournissant des données épidémiologiques sur toutes les maladies présentes sur leur territoire. Ces données sont affichées sur WAHIS, mais elles peuvent également être téléchargées et réutilisées par toute personne intéressée.
La fièvre de la Vallée du Rift a fait la une en Afrique de l’Ouest ces derniers mois et, comme de nombreuses maladies vectorielles, il est peu probable qu’elle disparaisse de sitôt. Sa capacité à infecter à la fois les animaux domestiques et sauvages, combinée aux effets du changement climatique et des événements météorologiques extrêmes, signifie que la population devra probablement se familiariser davantage avec cette maladie. En attendant, les responsables de la santé animale collectent et partagent déjà des données afin d’être prêts à prendre les meilleures décisions lorsque cela sera nécessaire.
La peste des petits ruminants (PPR) – une maladie virale dévastatrice et hautement contagieuse qui constitue une menace sévère pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages – compromet le développement économique et la sécurité de plus de 330 millions de personnes dans le monde qui en dépendent. Ses taux de morbidité et de mortalité, pouvant atteindre jusqu’à 100 % dans les populations naïves, entraînent des pertes économiques pouvant aller jusqu’à 2,1 milliards USD par an en raison de la baisse de productivité, de la diminution des revenus des troupeaux, de la perte de bétail et d’opportunités commerciales, de la perturbation des chaînes d’approvisionnement, de l’exclusion des marchés lucratifs, des coûts de traitement et de vaccination, ainsi que des pertes d’emploi dans le secteur.
Une stratégie coordonnée pour combattre la PPR
Depuis sa première identification en 1942, la PPR s’est propagée à plus de 70 pays à travers l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est, s’enracinant dans de nombreuses régions et constituant une menace sérieuse pour les moyens de subsistance et les économies locales. En 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’OMSA ont lancé la Stratégie mondiale de contrôle et d’éradication de la PPR (PPR GCES) avec l’objectif ambitieux d’éradiquer la maladie d’ici 2030.
Éradiquer la PPR représenterait bien plus que l’éradication mondiale d’une maladie infectieuse. Cela permettrait de relever des défis en matière de sécurité, de réduire les mouvements illégaux de bétail et de gérer la migration, en particulier dans un contexte d’instabilité croissante et de chocs liés au changement climatique. Au-delà de cela, l’élimination de la maladie pourrait améliorer la productivité, la sécurité alimentaire, la génération de revenus et l’autonomisation sociale. Améliorer la santé des populations de petits ruminants peut autonomiser les femmes et nous rapprocher davantage de l’équité entre les sexes.
Transformer les services vétérinaires grâce aux partenariats public-privé
La propagation continue de la PPR et son enracinement dans les zones endémiques, aggravés par l’accès limité aux services vétérinaires pour les communautés marginalisées, présentent de réels défis pour son éradication. Cependant, les campagnes de vaccination réussies contre la PPR au Maroc et le Projet régional du Sahel d’appui au pastoralisme (PRAPS), qui cible le contrôle de la PPR dans la région du Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal), démontrent clairement qu’avec un investissement dans les Services vétérinaires et l’intégration de la vaccination en plus des mesures de biosécurité, éradiquer la PPR est bel et bien possible.
Le Maroc investit dans le développement de son secteur vétérinaire privé depuis les années 1980 et, ce faisant, le pays a encouragé les professionnels vétérinaires à établir des pratiques dans les zones rurales afin d’assurer un soutien régulier aux agriculteurs. La présence étendue de la main-d’œuvre vétérinaire du Maroc constitue un réseau efficace de professionnels sur lesquels les autorités de santé animale s’appuient lorsque des campagnes de vaccination doivent être déployées.
Nous disposons d’un secteur vétérinaire privé bien développé dans presque toutes les régions du Maroc, qui apporte un soutien important à la conduite des campagnes de vaccination du bétail contre plusieurs maladies animales, en particulier la PPR, nous aidant à atteindre un taux de couverture vaccinale très élevé.
Dr Abderrahman Abouyassir, Délégué l’OMSA pour le Maroc.
« Leur soutien a été crucial pour atteindre nos objectifs, en particulier pour couvrir autant d’éleveurs que possible au niveau national, ainsi que pour sensibiliser et motiver les agriculteurs à participer aux campagnes de vaccination », explique le Dr Abderrahman Abouyassir.
Éradiquer la PPR ne profite pas seulement aux moutons et aux chèvres, mais concerne aussi les moyens de subsistance, la nutrition et la santé des populations, les économies locales, ainsi que l’accès à l’éducation et aux soins de santé. En luttant contre des maladies telles que la PPR, les professionnels vétérinaires et les paraprofessionnels contribuent à améliorer la santé et le bien-être des animaux et œuvrent pour une vie meilleure pour notre société. Créer des infrastructures vétérinaires durables pour une production de vaccins de qualité, des diagnostics et la formation de travailleurs communautaires en soins animaux permet non seulement de faire face aux maladies animales, mais aussi de répondre à des défis mondiaux plus larges. Dans les régions où les femmes sont souvent sous-représentées dans les systèmes vétérinaires formels et les processus décisionnels, par exemple, les former comme agents communautaires de santé animale pourrait non seulement renforcer les services de santé animale, mais aussi leur donner des compétences, une reconnaissance et une voix plus influente dans leurs communautés.
L’OMSA encourage ses Membres à rester engagés dans l’éradication de la PPR grâce à des investissements renouvelés dans les services vétérinaires. En protégeant les animaux, les Membres protègent et autonomisent leurs communautés et maintiennent la croissance de leurs économies. Une main-d’œuvre vétérinaire bien formée et bien équipée est essentielle pour assurer la santé et le bien-être des animaux et des personnes qui en dépendent. Ensemble, nous pouvons protéger les moyens de subsistance, renforcer la sécurité alimentaire et construire un avenir résilient pour les communautés qui dépendent des petits ruminants pour leurs moyens de subsistance.
Ils fournissent du fumier pour fertiliser les cultures, servent d’assurance en cas de pertes agricoles ou de sécheresse, et contribuent au développement économique national ainsi qu’au bien-être général des communautés. Les petits ruminants constituent souvent l’actif le plus crucial, et parfois le seul, sur lequel certaines populations comptent pour survivre. Dans ces communautés, la peste des petits ruminants (PPR) – une maladie virale hautement contagieuse qui représente une menace grave pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages – est dévastatrice.
Inoubliable demeure la détresse, l’incrédulité et l’angoisse sur les visages des femmes et des hommes tenant dans leurs bras leurs chèvres mourantes, dont ils dépendaient tant – mourantes d’une maladie pourtant totalement évitable. C’est cela, la PPR – non pas seulement un virus, mais un destructeur de vies.
Dre Paula Menzies, Présidente de l’Association internationale des vétérinaires ovins et membre du conseil d’administration de l’Association internationale caprine.
Depuis sa première identification en 1942, la PPR s’est propagée à plus de 70 pays à travers l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est, s’enracinant dans de nombreuses régions. Les pertes causées par la PPR vont bien au-delà de l’animal infecté : elles incluent une baisse de productivité entraînant une diminution des revenus du troupeau, une perte de sources nutritionnelles et, parfois, un mode de vie tout entier anéanti. « Pour les éleveurs nomades, la PPR est bien plus qu’une maladie – elle menace leurs moyens de subsistance, leur sécurité alimentaire et leur identité culturelle », explique le Dr Amarsanaa Lkhagvasuren. « Les petits ruminants sont au cœur de leur mode de vie. »
En 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ont lancé la Stratégie mondiale de contrôle et d’éradication de la PPR (PPR GCES), avec l’ambitieux objectif d’éliminer la maladie d’ici 2030. Dix ans plus tard, il apparaît qu’un effort mondial soutenu et coordonné demeure plus que jamais indispensable pour garantir l’éradication de la PPR et renforcer la résilience des communautés dépendantes des petits ruminants.
Lors d’une flambée de PPR dans une région massaï, j’ai vu des éleveurs anéantis, perdant jusqu’à 10 à 20 chèvres par jour dans des troupeaux de 600 à 1000 moutons et chèvres. Au Burundi, j’ai rencontré des agriculteurs qui possédaient chacun 5 à 10 chèvres, et les perdaient à cause de la PPR, laissant leurs familles désemparées, incapables d’envoyer leurs enfants à l’école.
Dr Adama Diallo, expert PPR et membre du Comité consultatif sur la PPR.
La propagation continue de la PPR vers de nouvelles régions et son enracinement dans les zones endémiques – aggravés par un accès limité aux services vétérinaires pour les communautés marginalisées – rendent son éradication difficile, mais non impossible. Le succès repose sur la mise en œuvre d’interventions clés telles que le contrôle strict des mouvements de bétail, la vaccination, la sensibilisation, l’investissement dans une main-d’œuvre vétérinaire bien équipée et le soutien aux communautés les plus vulnérables face à la maladie.
Les femmes et les jeunes, en particulier, sont souvent les premiers à détecter les signes de maladie chez les animaux, car ils participent activement à leurs soins quotidiens. Pourtant, ils restent sous-représentés dans les systèmes vétérinaires formels, exclus des processus décisionnels clés et insuffisamment outillés pour réagir efficacement à la maladie. « Nous devons reconnaître, soutenir et valoriser les voix des femmes et des jeunes nomades », insiste le Dr Lkhagvasuren. « Les femmes et les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires des interventions. Ce sont des partenaires et des leaders essentiels dont les connaissances, les soins et les perspectives sont indispensables au succès des efforts d’éradication. » La Docteure Menzies ajoute « Impliquer les éleveurs nomades – en particulier les femmes et les jeunes – n’est pas une option ; c’est une nécessité pour éradiquer la PPR. »
Lorsque les familles sont économiquement autonomes, elles peuvent mieux planifier leur vie. Elles n’ont plus besoin de parcourir de longues distances pour survivre, ce qui réduit les mouvements illégaux de bétail et la migration rurale-urbaine. Elles peuvent envoyer leurs enfants à l’école, diversifier leurs revenus, mieux protéger l’environnement et, indirectement, contribuer à relever les défis de sécurité – en particulier dans un contexte d’instabilité croissante, de changement climatique et d’autres menaces émergentes.
La peste des petits ruminants ne concerne pas uniquement la morbidité et la mortalité des moutons et des chèvres : elle touche également les moyens de subsistance, la nutrition, la santé et l’accès à l’éducation et aux soins médicaux. C’est pourquoi l’OMSA appelle ses Membres à s’engager à renforcer leur collaboration et leur coopération pour mettre en œuvre des stratégies d’éradication harmonisées. Cela ne sera possible qu’à travers une mobilisation coordonnée et harmonisée des ressources. La PPR est une maladie prioritaire, et son élimination dépendra de l’engagement et de la capacité des Membres à mobiliser des ressources nationales. Nous exhortons les gouvernements et les partenaires financiers à faire de son éradication une priorité. Ce faisant, nous pourrons protéger les moyens de subsistance, renforcer la sécurité alimentaire et bâtir un avenir résilient pour les communautés dépendantes des petits ruminants.
Avez-vous lu ?
La peste des petits ruminants (PPR) est une maladie virale dévastatrice et hautement contagieuse qui constitue une menace grave pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages. Avec des taux de morbidité et de mortalité pouvant atteindre 100 % dans les populations naïves, la PPR entraîne des pertes économiques allant jusqu’à 2,1 milliards de dollars USD par an. Au-delà de son impact économique, elle compromet gravement les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la nutrition, en particulier dans les régions vulnérables où les communautés dépendent des petits ruminants comme source essentielle de revenus et de stabilité.
Les pertes causées par la PPR — incluant la baisse de productivité, la diminution des revenus des troupeaux, la perte de bétail et d’opportunités commerciales, la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’exclusion des marchés lucratifs, les coûts de traitement et de vaccination, et les pertes d’emplois dans le secteur — affectent directement la sécurité alimentaire mondiale et aggravent la pauvreté, notamment dans les communautés rurales. Environ un tiers de l’impact financier se produit en Afrique, et un quart en Asie du Sud.
L’éradication de la PPR est en vue
Présente dans plus de 70 pays en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, la peste des petits ruminants est devenue endémique dans de nombreuses régions, représentant une menace sérieuse pour les moyens de subsistance des éleveurs et les économies fragiles. Forts du succès de l’éradication de la peste bovine, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ont lancé en 2015 la Stratégie mondiale de lutte et d’éradication de la PPR (GCES). Celle-ci vise à éliminer la maladie et à renforcer la santé économique des pays les plus touchés. La GCES trace une voie claire vers l’éradication de la PPR à travers la coordination régionale, l’augmentation des investissements dans les services vétérinaires, et des mesures de contrôle telles que la surveillance, les pratiques de biosécurité et la vaccination, lorsque cela est nécessaire.
Lutter contre la PPR pour favoriser le développement économique
« Les avantages de l’éradication de la PPR vont bien au-delà de l’élimination d’une maladie infectieuse », déclare la Dre Paula Menzies, présidente de l’Association vétérinaire internationale pour les ovins et membre du conseil d’administration de l’Association internationale pour les chèvres. « Nous savons ce que la perte des animaux, qu’elle soit causée par la maladie, la famine ou les conflits, engendre — non seulement pour l’économie, mais aussi pour la stabilité sociale des éleveurs. » À l’inverse, les pays exempts de PPR bénéficient directement sur le plan économique et peuvent accéder à des marchés commerciaux lucratifs. Dans les zones arides et semi-arides difficiles d’accès, l’éradication de la PPR et l’amélioration de la santé des petits ruminants permettent également de relever des défis en matière de sécurité, de réduire les mouvements illégaux de bétail et de mieux gérer les migrations, notamment face à l’instabilité croissante et aux chocs liés au changement climatique.
Un exemple concret est celui du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (PRAPS), cofinancé par les gouvernements et la Banque mondiale, qui cible la lutte contre la PPR dans la région du Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal). Entre 2016 et 2022, 188 millions de doses de vaccin contre la PPR ont été distribuées dans la région, dont 32,2 millions de doses en 2022.
Au Niger, les revenus des ménages pastoraux et agro-pastoraux soutenus par le PRAPS ont augmenté de 24 % entre 2022 et 2025, et au Mali, une augmentation de 52 % a été enregistrée. Le projet PRAPS ne se limite pas à la vaccination contre la PPR ; il renforce aussi les services de santé animale, les infrastructures et l’agriculture – un secteur qui, selon la Banque mondiale, est 2 à 3 fois plus efficace pour réduire la pauvreté que les autres secteurs.
Un engagement continu
La nature transfrontalière de la PPR exige une coordination solide et des partenariats efficaces entre les organisations internationales telles que la FAO et l’OMSA, les organisations régionales comme le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA)*, ainsi que tous les partenaires du Cadre mondial pour la maîtrise progressive des maladies animales transfrontalières (GF-TADs) aux niveaux mondial et régional. Dix ans après le lancement de la GCES, la WOAH reste pleinement engagée dans l’éradication de la PPR. Et, alors que la PPR continue de ravager des communautés — notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, qui hébergent plus de 80 % de la population mondiale de petits ruminants — nous appelons nos Membres à harmoniser leurs efforts de lutte et d’éradication, et à mobiliser les ressources financières nécessaires pour garantir des services vétérinaires bien équipés.
La PPR pourrait devenir la deuxième maladie animale éradiquée de l’histoire, après la peste bovine. Son éradication permettrait de réduire la pauvreté mondiale et d’améliorer la sécurité alimentaire, prouvant que la PPR n’est pas seulement une question de morbidité et de mortalité chez les moutons et les chèvres, mais une maladie qui affecte le bien-être de plus de 300 millions de familles rurales à travers le monde qui dépendent de l’élevage de petits ruminants. L’éradication de la PPR n’est pas une dépense, c’est un investissement pour un avenir meilleur pour tous.
* Parmi les autres organisations régionales impliquées, on peut citer : SAARC – South Asia, GCC & AOAD – Moyen-Orient, ECO – Central Asia/West Eurasia, RECs en Afrique- IGAD, EAC, ECCAS/CEBERVIRHA, ECOWAS, SADC, UMA/Maghreb region
Contrairement aux idées reçues parmi les experts en santé animale, lorsqu’une nouvelle épidémie survient, la capacité limitée et le savoir organisationnel représentent des obstacles plus importants à la notification des maladies que la crainte des répercussions pour le secteur agricole. Cette conclusion provient d’une nouvelle étude de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) dans la région Asie-Pacifique, qui applique pour la première fois une approche comportementale à ce sujet.
Lorsqu’une maladie animale se déclare, l’information est essentielle pour contrôler sa propagation et garantir que les éleveurs de la zone et des pays voisins puissent poursuivre leurs activités habituelles, tout en protégeant avant tout la santé animale. Pour faciliter le partage d’informations utiles sur les événements sanitaires animaux, l’OMSA a créé le Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS) : une plateforme par laquelle nos Membres sont tenus de notifier toute épidémie de maladies animales listées sur leur territoire.
Ceci est la théorie ; vient ensuite la pratique. Les professionnels de la santé animale doivent mettre ces règles en application, ce qui peut représenter un défi. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles un Membre de l’OMSA pourrait ne pas notifier une maladie, certaines étant devenues des idées reçues parmi les experts. Capacité limitée, contraintes de temps ou crainte d’un examen international ne sont que quelques-unes des barrières souvent citées comme obstacles à une notification rapide. Cependant, de nouvelles recherches menées dans la région Asie-Pacifique apportent un éclairage inédit sur les raisons pour lesquelles certains Membres ne déclarent pas les maladies animales à l’OMSA.
Déconstruire les idées reçues
Bien que ces idées sur les obstacles à la notification ne soient pas nécessairement incorrectes, le rapport “Identification des obstacles à la notification des maladies animales terrestres et aquatiques dans la région Asie-Pacifique” montre comment une approche comportementale peut offrir une perspective totalement nouvelle.
À partir de l’enquête et de l’analyse de l’ensemble des données collectées, il apparaît clairement que la notification des maladies dépend largement des capacités. Les personnes sont au centre d’une notification réussie. C’est pourquoi, pour la première fois, l’étude a adopté une approche comportementale, partant du principe que tout est influencé par les individus, en particulier lorsqu’il s’agit de biosécurité.
Dans ce contexte, l’étude a montré que, contrairement aux croyances courantes, aucune preuve ne vient étayer l’idée selon laquelle l’importance d’un secteur influerait sur l’intention de notifier une maladie. En d’autres termes, les pays ne sont pas moins disposés à signaler une épidémie simplement parce qu’elle touche un secteur animal majeur de leur territoire. Une autre idée reçue qui mérite d’être reconsidérée, au moins dans la région Asie-Pacifique, concerne le risque perçu lié à la notification. L’étude a révélé que ce risque perçu est en réalité faible parmi les pays concernés. De même, l’analyse n’a montré aucun lien entre la confiance dans les partenaires commerciaux et l’intention de notifier. Dans l’ensemble, ces facteurs semblent avoir moins d’influence sur le comportement de notification des Membres de l’OMSA que ce que l’on pensait auparavant.
Tirer parti des principaux résultats
L’étude montre par ailleurs que le savoir organisationnel et les capacités, ainsi que le contrôle comportemental perçu, sont de puissants prédicteurs de l’intention de notifier. En d’autres termes, les pays sont plus susceptibles de déclarer une maladie lorsque les personnes responsables sont bien formées et confiantes dans les procédures à suivre. De même, plus le processus de notification est perçu comme simple, plus les pays sont disposés à remplir leurs obligations de déclaration.
Un autre résultat clé de l’étude est l’attitude positive à l’égard de la notification et la perception des bénéfices liés à la déclaration, partagée par les pays participant à l’enquête et aux groupes de discussion associés.
Équilibrer risques et avantages
Les Membres de la région Asie-Pacifique ayant participé à l’étude ont souligné que le principal risque perçu lors de la notification d’une épidémie est la réduction potentielle de l’accès aux marchés internationaux. En revanche, ils reconnaissent que maintenir une réputation internationale de transparence constitue le bénéfice le plus important. Globalement, les résultats de l’enquête indiquent qu’il existe une marge de progression dans la région et potentiellement au niveau mondial.
L’étude a révélé de nombreux aspects positifs concernant la notification dans la région. Les attitudes envers la notification sont fortement positives et les bénéfices perçus sont constants et clairs. Malgré ces forces, plusieurs obstacles clés ont été identifiés, notamment les difficultés liées au diagnostic et à la confirmation en laboratoire, aux processus décisionnels et administratifs, ainsi qu’aux contraintes des systèmes de surveillance et de notification. À partir de ces conclusions, l’étude a développé des mesures concrètes et des recommandations clés pour renforcer des systèmes de santé animale plus résilients et réactifs dans toute la région Asie-Pacifique.
Il y a un peu plus de vingt ans, une attaque biologique a déclenché une alerte mondiale lorsque des spores mortelles d’anthrax furent envoyées par courrier à des médias et à des organismes gouvernementaux aux États-Unis d’Amérique (USA), infectant 22 personnes, dont cinq sont décédées. L’affaire dite « Amerithrax », qui a donné lieu à une enquête interministérielle, est encore considérée par le Federal Bureau of Investigation (FBI) comme la plus complexe de l’histoire des forces de l’ordre à ce jour. Bien que le monde n’ait pas été étranger aux attaques bioterroristes, cet épisode était destiné à avoir un retentissement majeur et à influencer la manière dont les communautés et institutions du monde entier se préparent aux menaces inattendues.
L’anthrax est une maladie zoonotique qui entraîne une mortalité élevée chez les animaux et peut infecter les humains. Bacillus anthracis – l’agent pathogène responsable de la maladie – peut pénétrer dans l’organisme des animaux lorsqu’ils ingèrent ou inhalent des spores présentes dans le sol où ils se nourrissent. Comme ces spores peuvent facilement contaminer l’eau et les aliments, l’anthrax représente une menace sérieuse pour la santé animale.
La maladie peut nuire à la production animale et provoquer d’importantes pertes dans les ressources alimentaires d’origine animale, affectant ainsi les moyens de subsistance des éleveurs et, plus largement, de communautés entières. L’impact potentiel sur la santé publique est tout aussi dévastateur. Les humains peuvent être exposés au pathogène par contact direct ou indirect et, plus rarement, en consommant de la viande issue d’animaux infectés.
Une leçon apprise en matière de réponse d’urgence
Les attaques bioterroristes aux États-Unis ont laissé un héritage profond. Parmi les premières occurrences de l’histoire récente, un agent pathogène capable de provoquer une maladie infectieuse chez les animaux et les humains est apparu comme un agent biologique pouvant être utilisé de manière inventive, notamment par l’inhalation de spores d’anthrax envoyées par courrier.
Ces événements ont également renforcé la peur du bioterrorisme dans la population. Dans le sillage des attaques, toute poudre blanche non identifiée était traitée comme une menace biologique potentielle, entraînant des milliers d’interventions d’urgence. La plupart se sont avérées être de fausses alertes ou des canulars, mais elles ont malgré tout causé des perturbations majeures et des coûts élevés.
Andy Weber, chercheur principal au Council on Strategic Risks et ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique, estime que ces événements ont résonné dans le monde entier. « Cinq personnes ont été tuées, mais la qualité et la quantité [dont disposait l’auteur] auraient pu avoir des conséquences bien plus lourdes », dit-il.
Nous devons être conscients des pathogènes animaux à travers le monde, et le bétail peut être une cible facile pour l’introduction de tels agents pathogènes, surtout dans les exploitations intensives », souligne-t-il. « L’impact économique sur l’agriculture pourrait aussi être énorme. Comme il est difficile de les attraper, les groupes terroristes peuvent lancer des attaques multiples à différents endroits du monde avec des effets en cascade potentiellement catastrophiques.
Andy Weber, chercheur principal au Council on Strategic Risks et ancien secrétaire adjoint à la Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique.
Ces événements livrent une leçon importante pour l’avenir. Le secteur de la sécurité et de l’application de la loi a joué un rôle incontestablement central en 2001. Toutefois, afin de renforcer la préparation face aux biomenaces – qu’elles visent les humains ou le bétail –, il est nécessaire d’explorer davantage de liens : les représentants de la santé humaine, vétérinaire et publique sont des acteurs dont l’expertise est essentielle pour répondre à une biomenace impliquant un agent zoonotique. Les professionnels de la santé animale sont particulièrement bien placés pour évaluer si la cause d’une flambée est naturelle ou d’origine humaine. En cas de doute ou de suspicion, ils peuvent alerter les autorités policières, qui détermineront si une enquête criminelle est justifiée. À leur tour, les forces de l’ordre peuvent recueillir des preuves d’activités criminelles et fournir une alerte précoce aux Services vétérinaires, qui interviendront ensuite pour contenir l’épidémie.
Les urgences zoosanitaires représentent un défi complexe qui exige une approche multisectorielle. En effet, aucun organisme ou secteur ne dispose, à lui seul, de l’expertise nécessaire pour gérer une urgence ou en atténuer les impacts. Dans certains contextes, l’expertise d’autres parties prenantes, comme celles du secteur de la sécurité – dont les priorités ne sont pas toujours orientées vers la santé – s’avère indispensable. Ce n’est qu’en combinant les connaissances des forces de l’ordre et des Services vétérinaires qu’il est possible de répondre efficacement et rapidement aux biomenaces d’origine animale – qu’elles soient naturelles ou intentionnelles.
Maîtriser les prochaines menaces pour la sécurité sanitaire
La complexité du monde actuel accroît la probabilité d’erreurs ou de réponses inadéquates face à une urgence sanitaire mondiale. Avec le changement des régimes climatiques et la hausse des températures, l’anthrax est en effet plus susceptible d’apparaître naturellement. Les sécheresses, par exemple, peuvent concentrer les populations et les animaux autour de points d’eau. Par ailleurs, son faible coût, sa large disponibilité et sa nature polyvalente en font une arme de choix pour des individus cherchant à détourner la science à des fins malveillantes, que ce soit pour un gain financier ou pour semer la perturbation.
Cependant, l’anthrax n’est pas le seul agent infectieux pouvant représenter une menace à grande échelle. D’autres pathogènes animaux et toxines peuvent être utilisés comme armes de guerre biologique et/ou de bioterrorisme, visant le bétail afin de provoquer la famine et de nuire aux moyens de subsistance.
Andy Weber rappelle qu’à l’époque, un vaste programme avait été développé pour utiliser des maladies animales contagieuses comme la peste porcine africaine et la peste bovine comme armes dirigées contre les bovins, les porcins, les ovins et d’autres animaux, ainsi que contre les plantes et les cultures. De plus, comme la plupart des armes biologiques développées contre l’humain sont zoonotiques, les laboratoires de santé animale doivent être extrêmement vigilants afin d’éviter que leurs matériaux ne soient accessibles à de potentiels terroristes.
Vers un monde plus résilient
Au cours des vingt dernières années, les avancées technologiques – comme la biologie de synthèse – combinées à la large disponibilité de ces technologies, à l’instabilité mondiale, aux échecs de coopération internationale et à l’érosion des traités de non-prolifération, ont contribué à accroître le risque de biomenaces.
L’expérience de l’anthrax a relancé le débat sur le bioterrorisme et a recentré l’attention mondiale sur la nécessité de se préparer. L’incertitude demeure dans un monde où la santé animale, humaine et environnementale sont devenues fortement interconnectées. Pour prévenir ou atténuer les menaces à la santé animale, l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH) organise cet automne une Conférence mondiale sur la réduction des menaces biologiques. L’événement s’inscrit dans la nécessité de renforcer la sécurité sanitaire mondiale, en stimulant l’action par des collaborations multisectorielles afin d’améliorer les capacités de prévention, de préparation et de réponse à l’échelle mondiale.
Un peu plus de vingt ans après qu’un acte de bioterrorisme a profondément ébranlé le monde, il est important de rappeler que seuls les secteurs de la santé animale et de la sécurité, en travaillant ensemble, peuvent faire face à ce type de menaces potentielles. Le manque de préparation peut rendre les deux systèmes vulnérables. Cependant, grâce à la préparation, à la collaboration et à la compréhension mutuelle entre les acteurs clés, nous pouvons nous assurer qu’aucune urgence zoosanitaire ne soit mal gérée ou laissée sans réponse. Une stratégie de préparation prospective et inclusive constitue l’antidote aux événements imprévisibles auxquels nous serons confrontés dans les années à venir : si nous nous préparons aujourd’hui, nous sauverons des vies humaines et animales demain.
Événement à venir
En 2025, la Tanzanie est devenue le premier pays d’Afrique de l’Est à faire officiellement approuver son Plan national de contrôle de la rage par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Cette étape majeure souligne les efforts concertés du pays pour éliminer les décès humains dus à la rage transmise par les chiens.
Bien que le Plan national de contrôle de la rage de la Tanzanie a été officiellement validé lors de la 92e Session générale de l’OMSA, les Services vétérinaires du pays, dirigés par le Dr Benezeth Lutege Malinda, collaboraient depuis des années avec les autorités locales, les professionnels de santé, les vétérinaires, les responsables des communautés et les organisations non gouvernementales (ONG) sur cette stratégie. L’objectif : mettre fin à la transmission de la rage par les chiens d’ici cinq ans.
« Je peux dire que, pour la Tanzanie, cette validation constitue une étape décisive pour notre nation », déclare le Dr Malinda. « Elle montre que notre pays est déterminé à œuvrer pour utiliser et conserver cette reconnaissance afin que, d’ici 2030, nous soyons l’un des pays exempts de rage. »
Chaque année, environ 1 500 cas de rage chez l’homme sont signalés en Tanzanie — la grande majorité étant causée par des morsures de chien. Il est essentiel de briser les cycles de transmission à leur source animale en vue d’éliminer la maladie. Cela passe également par la gestion des populations canines — ces stratégies pouvant comprendre notamment la promotion de la responsabilité des propriétaires d’animaux de compagnie, l’accès aux soins vétérinaires, la stérilisation et les campagnes de sensibilisation — ce qui pourrait faire chuter ce chiffre à quasiment zéro.
« Une fois que vous avez goûté aux joies de la validation, vous voulez continuer sur votre lancée. »
La validation officielle en 2025 du Plan national de contrôle de la rage de la Tanzanie par l’OMSA ne constitue pas une première pour le pays. Auparavant, la Tanzanie avait déjà reçu sa première validation officielle de l’OMSA (alors appelée OIE) pour son plan national de contrôle de la peste bovine. « Cette validation a aidé le pays à suivre toutes les étapes définies dans la stratégie de contrôle », se souvient le Dr Malinda, « et, au final, nous avons réussi à éradiquer la peste bovine. »
Fort de ce succès, le pays est convaincu qu’il pourra éliminer la rage et, à l’avenir, se débarrasser de la peste des petits ruminants (PPR).
Planification de l’élimination
Trois années de stratégie ont été nécessaires à l’élaboration du Plan national de contrôle de la rage en Tanzanie, qui— a rassemblé des ONG indépendantes pour qu’elles travaillent ensemble afin d’atteindre le même but, ce qui était l’un de ses principaux objectifs. Tout au long de ces années de coordination, le pays a pu cartographier la maladie, en identifiant les zones à haut et à faible risque, afin d’éliminer la rage de façon méthodique et progressive.
Nous avons mis en place une sorte de plan de “recul” . Certaines zones sont déjà exemptes de rage — on peut les considérer comme “propres” — donc nous nous concentrons sur leur maintien en l’état tout en traitant progressivement les zones à plus haut risque.
Dr Benezeth Lutege Malinda, chef des services vétérinaires, Tanzanie
« Et maintenant, [les Services vétérinaires de Tanzanie et les ONG] travaillent conjointement, en suivant l’analyse que nous avons fournie dans notre dossier. » ajoute le Dr Malinda.
Au-delà des actions ciblées menées avec l’aide des ONG, les partenariats public-privé jouent également un rôle moteur dans la stratégie de contrôle de la rage en Tanzanie. « [La rage] touche vraiment les communautés à faibles revenus », poursuit le Dr Malinda. « Et parfois, le gouvernement — surtout lorsqu’il agit seul — ne peut pas atteindre les communautés locales, là où les citoyens ordinaires sont touchés la rage. Mais le secteur privé, lui, est présent partout dans le pays. »
Pour renforcer cette collaboration entre les secteurs public et privé, la Tanzanie a lancé une initiative appelée Organisation de la santé animale de Tanzanie (TAHO), dédiée à la promotion de la santé et du bien-être des animaux au service du secteur de l’élevage national. « Cela a grandement contribué à la mise en œuvre de nos stratégies. Le secteur privé s’organise à travers différentes régions, tandis que le gouvernement s’assure que tous les obstacles sont levés pour que nous puissions atteindre nos objectifs. »
Les partenariats public-privé jouent également un rôle clé dans l’allègement du fardeau financier des initiatives de bien-être animal, comme la mise en œuvre du plan de lutte contre la rage, en finançant certaines activités pour faire avancer les choses. « Actuellement, par exemple », explique le Dr Malinda, « il y a des équipes déjà sur le terrain menant des campagnes de sensibilisation à la rage, des programmes de stérilisation et de vaccination — le tout coordonné via notre portail national, avec le secteur privé qui met en œuvre ces actions sur le terrain. »
Pour garantir le bon déploiement de son Plan national de contrôle de la rage, le pays a investi dans des installations de stockage où les vaccins, offerts par le secteur privé ou achetés par le gouvernement, peuvent être conservés pour être utilisés lors de situations d’urgence. Ce dispositif, associé à la surveillance de la maladie, permettra à l’Autorité vétérinaire de prendre les devants si certaines zones présentent un risque anormalement élevé d’infection.
Façonner l’avenir
Le succès du Plan national de contrôle de la peste bovine en Tanzanie a galvanisé le pays, le motivant encore davantage à éliminer la rage au cours des cinq prochaines années. « Dans le même esprit, nous considérons la rage comme une autre maladie mortelle — mais évitable », affirme le Dr Malinda. « Nous sommes très optimistes. Et pas uniquement concernant la rage — nous sommes également en phase avec les efforts déployés dans le monde contre la PPR. » Alors qu’il se prépare à lancer le processus en vue d’obtenir une troisième validation pour son pays, le Dr Malinda encourage les autres Membres à faire de même. Selon lui, les avantages liés à la validation officielle en valent largement la peine. La confiance que procure une certification officielle de l’OMSA se traduit par de nouveaux partenariats, des changements de politiques et des investissements dans le programme et les Services vétérinaires en général.
« Je conseille à mes collègues d’autres pays : pesez-vous, préparez votre dossier. Ce n’est pas une tâche facile — cela demande vraiment de la persévérance. Il faut se poser, se concentrer, et arriver à rédiger un document sérieux et reposant sur des bases scientifiques. Le comité scientifique est très rigoureux. Il évalue tout, mot à mot. Mais une fois que vous obtenez la validation, vous éprouvez un sentiment de fierté et de reconnaissance. Vous voyez votre pays cité en exemple, et c’est une motivation non seulement pour nous, professionnels vétérinaires, mais aussi pour tout le pays et nos partenaires à travers le monde. C’est à nous — en tant qu’experts, Directeurs des Services vétérinaires, professionnels du secteur vétérinaire — de prendre l’initiative. » – Dr Benezeth Lutege Malinda.



