Les jeunes qui s’engagent aujourd’hui dans les carrières scientifiques seront en première ligne des crises sanitaires de demain. Alors que les maladies émergentes résultent de plus en plus des interactions entre les humains, les animaux et l’environnement, la prochaine génération de scientifiques doit être dotée de compétences interdisciplinaires pour anticiper et prévenir les futures épidémies.

Former ces jeunes professionnels à penser au-delà des frontières sectorielles — santé, écologie et virologie — est devenu une priorité stratégique pour la préparation sanitaire mondiale. C’est dans cette perspective qu’a été créé le Club des étudiants ZOOSURSY, plaçant les jeunes scientifiques au cœur des efforts visant à mieux comprendre et prévenir les zoonoses virales émergentes.

S’inscrivant dans cette vision, le projet ZOOSURSY, financé par l’Union européenne dans le cadre de Global Gateway, vise à améliorer la préparation face aux zoonoses virales émergentes, telles que la grippe aviaire, selon une approche « Une seule santé ». Le projet rassemble des partenaires académiques et de recherche, notamment l’IRD, le Cirad, le Helmholtz Institute for One Health, l’Institut Pasteur et l’Université d’Helsinki.

Les jeunes scientifiques sont au cœur de cette initiative. Le 14 janvier 2026, dix-neuf étudiants en master et en doctorat impliqués dans ZOOSURSY se sont réunis pour la première fois dans le cadre du Club des étudiants nouvellement créé. Originaires du Gabon, du Kenya, du Cameroun, du Zimbabwe, de la Guinée, du Congo et de la République centrafricaine, et affiliés à des universités en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord, ils représentent une nouvelle génération de professionnels travaillant sur la dynamique des maladies zoonotiques.

Des membres du Club des étudiants nouvellement créé

Si leurs sujets de thèse diffèrent, leurs travaux convergent vers un défi commun : comprendre comment les virus circulent à l’interface entre l’humain, l’animal et l’environnement. Au-delà de la virologie et de l’épidémiologie, leurs recherches mobilisent également des disciplines telles que l’écologie et les sciences sociales afin de mieux appréhender les facteurs humains, environnementaux et comportementaux qui influencent l’émergence et la transmission. Grâce au Club des étudiants, les participants apprennent les uns des autres, élargissent leurs perspectives et favorisent une réflexion innovante et intersectorielle.

Le Club des étudiants a été conçu comme un espace d’échange et d’apprentissage entre pairs. Il vise à encourager les interactions régulières entre les étudiants et l’ensemble du consortium, à promouvoir les retours entre pairs sur les projets scientifiques et à organiser des interventions de scientifiques expérimentés en lien avec les intérêts des étudiants.

Ces efforts contribuent à renforcer la préparation face aux futures épidémies — un pilier de l’approche « One Health » promue par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et ses partenaires.

Au-delà des résultats scientifiques, l’initiative répond à un autre enjeu majeur de la santé mondiale : développer et maintenir les capacités de gestion des maladies zoonotiques dans les régions les plus exposées. Grâce à ZOOSURSY, les étudiants bénéficient de formations pratiques, d’opportunités de terrain, de mentorat et d’un accès à des réseaux internationaux et locaux, incluant des collaborations avec des institutions et un renforcement des compétences au sein des institutions nationales. Ces expériences permettent de traduire la théorie en pratique tout en consolidant l’expertise locale et régionale.

Des réunions auront lieu tous les deux mois, complétées par des sessions de mentorat semestrielles axées à la fois sur le développement scientifique et professionnel. Un moment fort de ce réseau sera le premier Symposium ZOOSURSY, prévu en octobre 2026 à Nairobi, au Kenya. À cette occasion, les étudiants présenteront leurs projets aux partenaires du consortium, en s’appuyant sur les relations développées au sein du club et en contribuant directement à la production scientifique du projet.

Dans un domaine où la préparation repose autant sur l’investissement dans les personnes que sur les données, des initiatives comme le Club des étudiants ZOOSURSY jouent un rôle stratégique. Elles garantissent que la recherche sur les zoonoses émergentes ne soit pas seulement produite, mais aussi intégrée au sein d’une communauté scientifique en pleine croissance, prête à répondre aux menaces sanitaires futures.

En plaçant les jeunes scientifiques au centre de son approche « Une seule santé », le projet ZOOSURSY financé par l’Union européenne met en lumière un principe simple : renforcer la préparation mondiale face aux épidémies de demain commence par donner aux scientifiques d’aujourd’hui les moyens d’agir.

À l’aube, les marchés commencent à s’animer. Des camions arrivent de villages lointains. Les agriculteurs conduisent moutons et chèvres dans des rues étroites. Les acheteurs examinent les animaux, négocient les prix et se préparent au voyage de retour. Pour de nombreuses familles, ce moment représente un espoir : la vente d’un animal peut permettre de payer les frais de scolarité, de mettre de la nourriture sur la table ou de mettre de l’argent de côté pour la saison suivante. Pour ceux qui choisissent un mouton ou une chèvre pour une célébration, c’est aussi une source de fierté et de reconnaissance au sein de la communauté.

Dans le monde, on estime qu’environ 330 millions de personnes dépendent des petits ruminants — moutons et chèvres — pour leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire. Ces animaux sont au cœur des systèmes d’agriculture familiale, en particulier dans les communautés marginalisées. Ils fournissent de la viande et du lait, mais aussi de la laine et du cuir pour l’habillement, ainsi que du fumier pour les cultures. Dans de nombreuses régions, les femmes jouent un rôle essentiel dans leur soin et leur gestion, faisant de l’élevage des petits ruminants une voie importante vers l’autonomie financière et le bien-être des familles.

Cependant, derrière cette scène familière se cache une réalité moins visible. Le déplacement des animaux, aussi essentiel soit-il pour le commerce et la survie, crée également des opportunités de propagation des maladies. Le risque lié au transport des moutons et des chèvres est rarement évident pour les acheteurs ou les vendeurs, mais il influence la santé des troupeaux et la stabilité des marchés.

Un voyage qui relie fermes et marchés

Les moutons et les chèvres comptent parmi les animaux domestiques les plus mobiles au monde. Les éleveurs les déplacent à la recherche de pâturages et d’eau dans le cadre de migrations saisonnières appelées transhumance, parcourent de longues distances pour atteindre les marchés et les commercent entre régions et au-delà des frontières. Chaque déplacement met en contact étroit des animaux provenant de troupeaux différents. Un mouton qui paraît en bonne santé peut avoir contracté une infection quelques jours plus tôt sans présenter de symptômes. Le stress du transport, la promiscuité et les changements d’alimentation peuvent affaiblir ses défenses et le rendre plus susceptible de transmettre une maladie à d’autres animaux.

Dans certains pays, des enquêtes menées sur les marchés de bétail ont montré l’intensité de ces mouvements, avec des milliers d’animaux changeant de propriétaire sur de courtes périodes. Lorsque les animaux se déplacent rapidement et fréquemment, il devient difficile de savoir d’où ils viennent ou où ils iront ensuite. Si une maladie apparaît, retracer son parcours peut ressembler à une tentative de suivre des traces de pas dans le sable.

Certaines infections profitent particulièrement de cette mobilité. La peste des petits ruminants, une maladie hautement contagieuse des moutons et des chèvres, peut se propager rapidement le long des routes commerciales et décimer des troupeaux entiers. La fièvre aphteuse touche tous les animaux à onglons fendus et peut perturber aussi bien les marchés locaux que le commerce international, les moutons et les chèvres pouvant en être des porteurs silencieux. Certaines maladies, comme la brucellose, peuvent également affecter l’être humain. Pour les ménages qui ne possèdent que quelques animaux, la perte d’un troupeau peut signifier la perte de revenus, de nourriture et de sécurité.

Ces effets dépassent largement les exploitations individuelles. Lorsqu’une épidémie survient, elle peut déstabiliser les chaînes d’approvisionnement, faire augmenter les prix des denrées alimentaires et exercer une forte pression sur les Services vétérinaires. Les conséquences se font sentir non seulement dans les zones rurales, mais aussi dans les villes et les agglomérations où la population dépend d’un accès régulier aux produits d’origine animale.

Protéger les moyens de subsistance en protégeant la santé animale

Pour cette raison, les spécialistes de la santé animale s’attachent de plus en plus à comprendre comment et pourquoi les animaux se déplacent. La cartographie des itinéraires entre les fermes, les marchés et les zones de pâturage permet d’identifier les points où les risques sont les plus élevés. La surveillance de la santé animale dans les principaux lieux de rassemblement facilite la détection précoce des problèmes. La vaccination ainsi que des systèmes de base d’identification et de traçabilité des animaux peuvent encore réduire la probabilité que les maladies se propagent sans être détectées.

La Organisation mondiale de la santé animale et ses partenaires ont mis en évidence ces liens entre les déplacements et la propagation des maladies, non pour décourager le commerce ou les pratiques traditionnelles, mais pour les rendre plus sûrs grâce au contrôle des mouvements d’animaux. L’objectif n’est pas d’empêcher les animaux de se déplacer, mais de veiller à ce que leurs trajets ne transportent pas de menaces invisibles.

Les petits ruminants sont plus que de simples marchandises. Ils sont des comptes d’épargne sur pattes, des sources de nourriture et des symboles de résilience pour des millions de familles. Ils soutiennent la participation économique des femmes et aident les ménages à traverser les périodes difficiles. Leur valeur ne se mesure pas uniquement en argent, mais aussi en stabilité et en dignité.

Lorsqu’un mouton ou une chèvre entreprend un voyage, il transporte plus que son propre poids. Il porte les espoirs du foyer qui l’a élevé et, parfois, le risque de maladie si des mesures de protection ne sont pas en place. Comprendre ce lien n’est pas seulement une question technique. Il s’agit de protéger les moyens de subsistance, de renforcer les systèmes alimentaires et de veiller à ce que le déplacement des animaux reste une source d’opportunités plutôt qu’une source de vulnérabilité.

À l’occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage de cette année, nous célébrons la fonctionnalité et la beauté impressionnantes du vert qui nous entoure. Les plantes et la végétation sont loin d’être un simple décor pour l’humanité : elles soutiennent la vie sur Terre. Mais, tout comme les animaux et les êtres humains, elles sont affectées par des bouleversements mondiaux, notamment la crise climatique et d’autres activités d’origine humaine. Il est donc urgent que les acteurs de l’approche « Une seule santé » imaginent et rendent possible un avenir où l’interdépendance des écosystèmes est renforcée par des changements de mentalité, des stratégies écologiques et des efforts renouvelés pour garantir la santé de tous.


De l’alimentation des animaux terrestres à la fourniture d’une infrastructure essentielle aux êtres vivants sous-marins, les plantes jouent un rôle clé dans l’écosystème mondial de la santé, de la terre à la mer. Elles purifient l’air et l’eau, forment les sols et soutiennent d’autres formes de vie. Il ne s’agit toutefois pas d’une relation à sens unique : tout près de nous, un monde entier d’animaux florissants permet discrètement aux plantes de prospérer.

Bien que largement invisibles, les animaux — y compris la faune sauvage — sont essentiels au bien-être des plantes. De la pollinisation à la dispersion des graines en passant par le cycle des nutriments, ils jouent un rôle vital dans le maintien de l’écosystème végétal tel que nous le connaissons, en fournissant des services indispensables à sa survie. La relation mutuellement bénéfique entre les mondes animal et végétal a créé un réseau de systèmes vivants auto-renforcés sans équivalent. Lorsque l’un prospère, l’autre prospère également.

Certaines espèces, comme les grands singes, ont même découvert comment utiliser les plantes pour se soigner. Les humains ont longtemps observé les animaux sauvages dans ce processus, puis ont adapté ces comportements à la médecine humaine. Cela met en évidence combien une chaîne saine entre animaux, plantes et humains peut rendre le monde meilleur et plus sain. Cependant, à mesure que les environnements terrestres deviennent de plus en plus interconnectés, certaines menaces pesant sur les écosystèmes végétaux sont devenues impossibles à ignorer.

One Health, plant health_A baby gorila inside the Virunga National Park, the oldest national park in Africa
Un bébé gorille dans le parc national des Virunga, République démocratique du Congo, Afrique centrale.

Protéger les plantes sous l’eau

Les plantes sont partout autour de nous, même dans des endroits que nous ne voyons ni n’expérimentons au quotidien. Il suffit de penser à l’écosystème dynamique des plantes vivant sous l’eau. Les plantes aquatiques jouent un rôle crucial dans le maintien de la santé des écosystèmes aquatiques, y compris des animaux aquatiques et de la faune sauvage. Leurs fonctions comprennent l’approvisionnement en nourriture fiable, la production d’oxygène, l’amélioration de la qualité de l’eau et la fourniture d’habitats à une grande variété de poissons et d’espèces sauvages. Elles offrent même des zones sûres à de nombreuses espèces, servant d’abri aux poissons et aux invertébrés.

Cette relation étroite souligne à quel point la santé des communautés végétales aquatiques est essentielle pour soutenir des populations animales aquatiques résilientes. Il est indispensable que ces précieuses ressources végétales survivent à l’état sauvage. Mais cette symbiose signifie également que les espèces aquatiques peuvent être facilement affectées par le problème récurrent de la toxicité touchant les plantes. Lors de fortes pluies, la composition biologique des plantes peut en effet changer. Certaines espèces deviennent alors plus vulnérables à une neurotoxine produite par des algues. Parmi les espèces les plus sensibles figurent les poissons et les invertébrés aquatiques tels que les escargots et le zooplancton. Fait intéressant, certaines plantes sous-marines peuvent également être affectées par le ruissellement agricole.

Nombre de ces précieuses plantes sous-marines sont en outre menacées par la destruction des habitats, la surexploitation, le changement climatique ainsi que le commerce non réglementé ou illégal. Sensibiliser, renforcer les réglementations et garantir la durabilité de la récolte et du commerce sont devenus des priorités d’action.

« La conservation des plantes aquatiques est une priorité mondiale. C’est aussi un rappel puissant que nous devons nous en tenir à l’approche Une seule santé, car nous savons que la santé des plantes est l’un des piliers de l’intégrité des écosystèmes », déclare le Dr Mwansa Songe, membre du groupe de travail de l’OMSA sur la faune sauvage. « Tout doit être abordé comme un système unique. Il est devenu crucial que les acteurs du domaine politique prennent la tête avec une approche holistique. C’est la seule manière de prévenir et d’atténuer les menaces à leur source. »

Un héritage toxique : comment l’intoxication au plomb menace la santé mondiale

Les changements climatiques ne sont pas le seul facteur qui met en danger la santé des plantes. Un autre phénomène les menace, avec de graves conséquences sanitaires et écologiques : l’intoxication au plomb. Principalement causée par l’ingestion de plomb provenant des munitions et des engins de pêche, la pollution au plomb peut avoir des conséquences catastrophiques sur la chaîne plantes-faune sauvage.

La forte densité du plomb en a fait la munition de choix pendant des siècles malgré sa toxicité. Les effets de l’ingestion de plombs de chasse et de l’intoxication chez la faune sauvage sont observés depuis le XIXe siècle. Lorsque des plantes poussent dans des sols contaminés — par exemple à proximité de stands de tir ou dans des zones où les chasseurs tirent de grandes quantités de munitions — elles absorbent de fortes concentrations de plomb dans leurs tissus.

Cette exposition aux métaux lourds entraîne une réduction de la croissance ; des études menées sur d’importantes espèces fourragères agricoles telles que Festuca arundinacea, Trifolium pratense et Medicago sativa montrent une diminution pouvant atteindre 30 % de la hauteur des pousses ainsi qu’un raccourcissement des racines. Les pigments photosynthétiques diminuent également, altérant la vitalité, tandis que le plomb se transmet le long de la chaîne alimentaire — des plantes aux herbivores puis aux prédateurs — faisant peser un risque de toxicité écologique généralisée. Les munitions au plomb déposées sur les terres agricoles créent deux voies d’exposition pour les animaux et les humains. Premièrement, le métal lourd peut être absorbé par les plantes destinées à la consommation humaine ainsi que par les ruminants au pâturage produisant du lait et de la viande ; deuxièmement, le bétail peut ingérer directement des plombs ou des fragments de balles, contaminant ainsi le lait, la viande et les œufs et provoquant l’empoisonnement des animaux.

Chaque année, des millions d’oiseaux meurent empoisonnés après avoir ingéré des plombs de chasse qu’ils confondent avec des aliments ou avec les petits graviers qu’ils utilisent dans leur gésier pour broyer leur nourriture. Des charognards tels que les aigles et les vautours, souvent parmi nos espèces les plus menacées, meurent dans le monde entier à cause des plombs ou des fragments de balles laissés dans le gibier chassé. Ces oiseaux avalent involontairement ces fragments présents dans les proies et les carcasses ; leur puissant acide gastrique dissout ensuite le plomb, qui passe dans leur circulation sanguine. Les mammifères charognards sont également exposés à ces fragments et peuvent être empoisonnés, mais la mortalité est plus élevée chez les oiseaux en raison du niveau d’exposition et de leur système digestif particulier.

L’intoxication au plomb entraîne également une série d’effets sublétaux : la capacité de vol des oiseaux est altérée, provoquant des collisions avec des infrastructures telles que les lignes électriques, et leur système immunitaire est affaibli.

Nous devons penser la santé de manière holistique : un individu dont le système immunitaire est compromis est beaucoup plus exposé aux maladies infectieuses. En période de pandémie sans précédent de grippe aviaire hautement pathogène, nous n’avons pas besoin de populations sauvages de plus en plus fragiles, non seulement pour leur propre bien, mais aussi en raison des risques pour d’autres secteurs.

Dr Ruth Cromie, chercheuse associée au WWT

« En période de pandémie sans précédent de grippe aviaire hautement pathogène, nous n’avons pas besoin de populations sauvages de plus en plus fragiles, non seulement pour leur propre bien, mais aussi en raison des risques pour d’autres secteurs. » ajoute Cromie.

Au-delà de l’héritage toxique créé par la contamination des sols par des dizaines de milliers de tonnes de munitions au plomb libérées chaque année, et des impacts sur la faune et le bétail, les humains sont également exposés.

C’est véritablement un problème d’Une seule santé. Sachant que le plomb affecte presque tous les systèmes du corps humain, tirer une substance aussi hautement toxique dans notre nourriture est quelque chose d’extraordinaire. L’effet nocif puissant du plomb sur le cerveau en développement est très bien documenté.

Dr Ruth Cromie, WWT Research Fellow.

« L’effet nocif puissant du plomb sur le cerveau en développement est très bien documenté. Peut-être que les chasseurs ne se préoccupent pas du risque accru d’hypertension ou de maladie rénale, mais lorsqu’ils donnent à leurs enfants du gibier abattu au plomb, ils les exposent à un risque grave de dommages neurologiques », ajoute Cromie. Pour les consommateurs achetant du gibier, l’absence de niveaux réglementaires maximaux de plomb laisse place à l’incertitude et expose les consommateurs.

Malgré les risques connus, résoudre ce problème s’est avéré difficile en raison d’une combinaison de facteurs culturels et de résistances industrielles. Des alternatives non toxiques existent, mais sans réglementation pour en généraliser l’usage, les changements sont désespérément lents. Cromie sait qu’à l’avenir nous nous demanderons pourquoi l’utilisation des munitions au plomb n’a pas été interdite plus tôt, mais elle reste convaincue que les décideurs suivront les preuves scientifiques, reconnaîtront les bénéfices d’Une seule santé liés à l’utilisation de substituts non toxiques et placeront la protection de la santé au premier plan.

Outre la réglementation, des efforts supplémentaires de recherche et développement sont nécessaires, ainsi qu’un meilleur accès à des alternatives respectueuses de nos écosystèmes partagés — notamment dans les zones mal desservies — et des ressources pour aider les chasseurs à adopter des outils sans plomb. Cela se traduira également par une réduction substantielle de la mortalité de la faune sauvage et par des bénéfices en matière de bien-être animal qui auront des effets positifs sur la santé de tous.

Des produits pharmaceutiques qui s’infiltrent dans les cours d’eau aux médicaments vétérinaires perturbant les écosystèmes, en passant par les métaux lourds qui empoisonnent les animaux à travers le monde, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) reconnaît les défis auxquels la faune sauvage et notre écosystème interconnecté sont confrontés. Pourtant, des solutions existent grâce à l’approche Une seule santé. La gestion de ces grands risques sanitaires mondiaux ne peut se faire de manière isolée ni par un seul secteur. Cette approche dépasse les maladies individuelles et appelle à une coopération totale entre les secteurs de la santé animale, humaine, végétale et environnementale. À cet égard, l’OMSA continue d’apporter son expertise en santé et bien-être animal à ces partenariats multisectoriels indispensables.

Au cours de l’année écoulée, la question du genre dans la profession vétérinaire est devenue un sujet majeur au sein de l’OMSA. Des événements parallèles — dont un organisé lors de la 92e Session générale — ont mis en évidence le fort engagement des Membres à participer au débat mondial et à faire progresser l’égalité de genre.

À l’échelle mondiale, la médecine vétérinaire a connu ce que beaucoup qualifient de
« féminisation », les femmes représentant désormais environ la moitié des praticiens et près de 80 % des étudiants en médecine vétérinaire.
Cette évolution rapide a ravivé l’attention portée à des questions telles que la représentation dans les fonctions de direction, la durabilité de la main-d’œuvre et l’avenir des Services vétérinaires. Dans le même temps, la baisse du nombre d’hommes entrant dans la profession soulève des interrogations quant à la diversité et à la capacité du secteur à remplir ses fonctions essentielles à long terme.

Mais rompre le cycle ne suffit pas. Si davantage de femmes entrent aujourd’hui dans les écoles vétérinaires et rejoignent la profession, cette tendance ne se traduit pas automatiquement par une représentation équitable dans les postes de direction, les affectations sur le terrain, les salaires ou le pouvoir décisionnel. En réalité, les inégalités structurelles persistent. Les postes de direction, la propriété des cabinets et les fonctions de terrain restent occupés de manière disproportionnée par des hommes. À l’inverse, les femmes sont souvent concentrées dans les laboratoires, les soins aux animaux de compagnie, les fonctions administratives ou de soutien, où l’influence et l’autorité sont relativement limitées. Pour aggraver encore la situation, l’écart salarial dans la profession vétérinaire demeure bien réel. Les femmes vétérinaires continuent de gagner moins que leurs homologues masculins, en particulier parmi les jeunes diplômés et les plus hauts revenus — une situation alimentée par des structures professionnelles obsolètes et des stéréotypes de genre profondément ancrés.

La diminution de la participation masculine à la main-d’œuvre ajoute une couche supplémentaire de complexité, en modifiant la manière dont la profession fonctionne. Selon des données récentes, chaque augmentation de 1 % du nombre de femmes dans les effectifs étudiants d’une faculté vétérinaire s’accompagne, l’année suivante, d’environ 1,7 candidature masculine en moins. Si les causes restent à préciser, les implications sont évidentes : des pénuries chroniques dans les zones rurales et dans les postes physiquement exigeants sur le terrain, où les femmes rencontrent des contraintes liées à la sécurité et bénéficient souvent de conditions peu attractives.

« Nous avons des secteurs entiers, des professions et des systèmes de travail qui ont été conçus par des hommes », commente E. Scott Osborne, président de Through Women’s Eyes. « Qu’il s’agisse de l’environnement physique, de la hiérarchie organisationnelle, des horaires de travail, des modalités d’avancement ou des critères de promotion — tout a été pensé par des hommes. Jusqu’à littéralement la dernière moitié du siècle passé, les hommes ont créé des systèmes répondant aux besoins, aux objectifs, aux priorités et aux emplois du temps des hommes, souvent à une époque où beaucoup avaient une épouse ne travaillant pas à l’extérieur du foyer. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où de nombreuses femmes font partie de la population active, mais ces systèmes sont restés en grande partie inchangés. »

Autrement dit, l’augmentation de la participation féminine met également en lumière l’incapacité du système à s’adapter aux transformations de la main-d’œuvre. Sans s’attaquer aux obstacles structurels et culturels, l’effet combiné de la « féminisation » et de la baisse des inscriptions masculines risque de produire l’effet inverse de celui recherché : un affaiblissement de la couverture des services et une perturbation de la continuité des fonctions vétérinaires essentielles.

Nouvelles priorités en matière d’égalité de genre

L’OMSA a échangé avec ses Membres lors de récents événements institutionnels afin d’identifier leurs priorités liées à la féminisation de la main-d’œuvre et d’orienter l’élaboration de la future stratégie de genre de l’Organisation.

Les principaux défis identifiés sont notamment :

  • l’absence de politiques ciblées pour attirer et retenir une main-d’œuvre équilibrée du point de vue du genre ;
  • les pressions liées aux responsabilités familiales et les contraintes en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ;
  • la persistance d’attentes sociétales alimentant les stéréotypes de genre et continuant à cantonner les femmes à des rôles peu dynamiques, éloignés des zones rurales ou du travail de terrain.

Face à ces défis, les Membres ont très majoritairement exprimé le souhait que l’OMSA soutienne activement des stratégies sensibles au genre afin de rendre la communauté plus inclusive. Ils souhaitent également que l’OMSA collecte et analyse des données sur la main-d’œuvre et fournisse des orientations sur l’utilisation de ces informations pour élaborer des politiques équitables et durables.

Vers une vision commune de Services vétérinaires sensibles au genre

De récentes études d’évaluation du genre en Afrique et en Asie-Pacifique, commanditées par l’OMSA, ont mis en évidence la sous-représentation des femmes dans les postes de direction et une répartition déséquilibrée des affectations sur le terrain.

Les résultats montrent également que la culture organisationnelle, l’accès à la formation et un leadership favorable sont déterminants pour l’élaboration de politiques de main-d’œuvre sensibles au genre dans le secteur — qu’il s’agisse de programmes ciblés de développement du leadership ou de systèmes de quotas garantissant une représentation équilibrée.

Si ces évaluations fournissent des informations utiles, elles révèlent aussi une lacune : les Services vétérinaires ont besoin d’une culture plus forte de l’utilisation des données pour orienter les politiques de ressources humaines. La collecte systématique, l’analyse et l’application des données probantes constituent un élément manquant essentiel pour combler le dernier écart et parvenir à une égalité de genre durable. Cette approche analytique fondée sur les données est également renforcée par les recommandations issues de la Conférence continentale africaine sur le développement de la main-d’œuvre vétérinaire.

Mais en matière de collecte de données exploitables, les Services vétérinaires ne sont pas seuls. Les écoles vétérinaires peuvent en effet être des partenaires précieux dans cette démarche. Les données ventilées par sexe issues des établissements d’enseignement permettent de mieux comprendre comment les normes de genre, les attentes et les perceptions de la profession influencent les choix des étudiants avant même leur entrée sur le marché du travail. Cela est d’autant plus important que les études vétérinaires enregistrent une baisse des inscriptions masculines, probablement influencée par les perspectives de carrière, la rémunération et les normes sociales associant les soins aux animaux à des rôles de sollicitude traditionnellement attribués aux femmes.

Une chose est désormais plus claire que jamais : renforcer les capacités d’analyse n’est pas seulement une exigence technique, mais un investissement stratégique qui fournit aux décideurs les informations nécessaires pour faire progresser le secteur de la santé animale.

À mesure que la profession vétérinaire se féminise, il devient essentiel d’en comprendre toutes les nuances. Cette évolution soulève des questions majeures quant à l’avenir du secteur : comment les structures professionnelles répartissent-elles les opportunités et permettent-elles un leadership équitable ? Le déclin des candidatures masculines contribue-t-il aux pénuries de personnel dans les zones reculées, où les femmes restent sous-représentées ? Et comment l’évolution des dynamiques de genre influence-t-elle l’identité professionnelle, les aspirations de carrière et l’attractivité globale du métier de vétérinaire ?

Explorer ces questions à travers une approche analytique fondée sur les données permet à l’OMSA et à ses Membres d’aller au-delà des tendances numériques et de comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’organisation, la répartition et la résilience de la main-d’œuvre.

En tenant compte de cette complexité, l’OMSA et ses Membres travaillent ensemble à la construction de Services vétérinaires équitables, pérennes et mieux préparés à protéger la santé animale et la santé publique. L’OMSA s’engage à utiliser les enseignements issus des consultations avec les Membres et des études d’évaluation du genre pour élaborer une stratégie globale en matière de genre, mettant en valeur les bonnes pratiques, renforçant les données probantes à l’échelle mondiale et garantissant que la profession vétérinaire demeure dynamique, inclusive et attractive pour tous.

Lorsque la faune sauvage et le bétail partagent les mêmes environnements, les possibilités de transmission de pathogènes entre eux augmentent. Cela pose un problème particulier pour les maladies animales transfrontalières telles que la peste porcine africaine (PPA), l’influenza aviaire (IA) et la fièvre aphteuse (FA), qui continuent de se propager à l’échelle mondiale, affectant la santé animale ainsi que les moyens de subsistance des populations qui en dépendent.

Comprendre les interfaces faune sauvage–bétail (IFSB) — les espaces physiques où les animaux sauvages et domestiques interagissent — et identifier des interventions capables de réduire la transmission des maladies à ces interfaces sont essentiels pour alléger le fardeau des maladies pesant sur les animaux, les humains et les économies.

Dans le cadre de sa mission visant à protéger la santé animale partout dans le monde, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a publié une nouvelle ressource : Atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail : Guide pratique pour les Services vétérinaires. Ces lignes directrices fournissent aux Services vétérinaires des recommandations claires et adaptables afin de les aider à concevoir des interventions efficaces et spécifiques au contexte pour faire face aux risques sanitaires là où la faune sauvage et le bétail se rencontrent.

Les caractéristiques des maladies, telles que la capacité d’un agent pathogène à survivre dans l’environnement, le mode de transmission (directe, indirecte ou vectorielle), ainsi que les taux de morbidité et de mortalité, jouent un rôle important dans les IFSB. Toutefois, ce ne sont pas les seuls facteurs. Les IFSB varient également selon les régions, les systèmes d’élevage, les espèces sauvages et les facteurs environnementaux.

Ces interactions sont elles-mêmes dynamiques et fortement influencées par le climat, les habitats et les activités humaines. L’ensemble de ces éléments peut créer des voies complexes de transmission des agents pathogènes entre la faune sauvage et le bétail, et inversement.

Le bétail et la faune sauvage ont des besoins similaires : nourriture, eau et abri. Si ces ressources sont facilement accessibles dans les exploitations agricoles, par exemple, mais pas dans l’environnement environnant, elles peuvent devenir des points chauds de transmission des maladies. De même, lorsque les établissements humains se rapprochent de ces ressources, la probabilité d’interactions entre la faune sauvage et les humains augmente, ouvrant la voie aux phénomènes de débordement (spillover) et aux infections zoonotiques.

Cartographier les risques liés aux IFSB avant une flambée épidémique peut contribuer à protéger la santé animale pendant celle-ci

La cartographie et la compréhension des caractéristiques des IFSB peuvent considérablement renforcer la capacité des professionnels vétérinaires à évaluer la manière dont une maladie pourrait se propager. Cela implique de bien comprendre la maladie ciblée et les scénarios dans lesquels elle pourrait se diffuser.

Malheureusement, ces tâches ne sont pas simples. Les différences de connaissances sur les maladies entre les pays peuvent constituer un obstacle à la prise en compte précise de toutes les caractéristiques d’une flambée épidémique, tout comme des données inexactes ou de mauvaise qualité. Cependant, disposer d’un plan d’action bien réfléchi et spécifique à l’exploitation, visant à réduire les interactions entre la faune sauvage et le bétail, peut fortement atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail. Ces plans d’action peuvent inclure des mesures telles que l’amélioration des infrastructures, le déplacement des points d’eau ou des mangeoires, et la réduction de l’attractivité des ressources agricoles pour la faune sauvage.

Le fait de classer les actions en catégories telles que « prioritaires » et « alternatives » ou « générales » et « spécifiques » permet de traduire les évaluations des risques en décisions pratiques et applicables sur le terrain. Les actions prioritaires peuvent se concentrer sur les mesures présentant le plus grand potentiel de réduction du risque à l’interface, par le biais d’interventions directes ou structurelles, tandis que les actions alternatives offrent une option réaliste lorsque des contraintes, telles que les autorisations ou la faisabilité, rendent les mesures prioritaires difficiles à mettre en œuvre. Les actions générales permettent d’établir un niveau de base de biosécurité grâce à des pratiques de gestion larges affectant l’ensemble de l’exploitation, tandis que les actions spécifiques ciblent des points de risque clairement identifiés, tels que des parcelles ou des points d’eau.

Ensemble, ces distinctions permettent l’élaboration de plans d’action adaptés à chaque exploitation et équilibrent l’efficacité avec les défis concrets de mise en œuvre auxquels sont confrontés les Services vétérinaires et les producteurs.

La biosécurité comme investissement

En matière de gestion des risques aux interfaces faune sauvage–bétail, la biosécurité doit être considérée comme un investissement plutôt que comme un coût supplémentaire. Lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, la biosécurité contribue à prévenir les flambées de maladies — dont la gestion a posteriori peut s’avérer extrêmement coûteuse — avant qu’elles ne surviennent. Ainsi, même si l’amélioration des infrastructures agricoles implique des coûts initiaux, ceux-ci restent faibles en comparaison des coûts liés aux traitements, aux pertes de production et à l’abattage sanitaire.

L’atténuation des risques à l’interface faune sauvage–bétail n’est pas une solution universelle. Les maladies transfrontalières telles que la PPA, l’IAHP et la FA sont toutes complexes à leur manière, et nécessitent des solutions adaptées à la fois aux caractéristiques spécifiques de chaque maladie et au contexte propre à chaque pays. Les pays devraient appliquer le principe du « ne pas nuire » afin de garantir que les solutions mises en place soient durables sur le plan environnemental et socialement acceptables. Les lignes directrices aident les pays à élaborer des programmes d’atténuation des risques sur mesure, reflétant les réalités et les capacités locales. En ajustant les interventions, les pays peuvent mieux protéger la santé animale et les échanges commerciaux.

Atténuer le risque de transmission des maladies à l’interface faune sauvage–bétail : Guide pratique pour les Services vétérinaires fournit aux Services vétérinaires les outils nécessaires pour mettre en place des interventions adaptées et à fort impact là où la faune sauvage et le bétail se rencontrent. Investir dans l’atténuation de la transmission des maladies aux interfaces faune sauvage–bétail permet de construire un avenir plus sûr et plus durable pour les animaux comme pour les humains.

Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire est publié et propose de nouveaux éclairages sur l’adoption mondiale des normes de santé animale. Découvrez comment le Brésil a non seulement mis en œuvre efficacement le zonage, mais a également contribué à façonner les normes internationales qui encadrent cette pratique. Initialement utilisé par le pays comme un outil pour éradiquer la fièvre aphteuse, le déploiement réussi de ces normes est depuis devenu un puissant levier d’accès aux marchés internationaux. C’est pourquoi les recommandations du rapport pourraient s’avérer précieuses pour de nombreux décideurs.

Le mandat fondamental de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) est d’élaborer des normes internationales visant à garantir la santé et le bien-être des animaux, à soutenir la prévention, le contrôle et l’éradication des maladies, et à faciliter le commerce international sûr des animaux et des produits d’origine animale. Pour mieux comprendre ces normes, on peut les considérer comme des mesures convenues et adoptées par l’ensemble des pays. Elles orientent en définitive les stratégies et les réglementations nationales en matière de santé et de bien-être animal.

Marcelo de Andrade Mota est le Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA pour le pays. En 2025, il a dirigé avec succès les efforts ayant permis au Brésil d’être reconnu indemne de fièvre aphteuse sur l’ensemble de son territoire. La fièvre aphteuse est l’une des six maladies pour lesquelles l’OMSA accorde un statut officiel d’indemnité. La mise en œuvre des normes de zonage de l’OMSA – à l’élaboration desquelles le pays a contribué – a joué un rôle déterminant dans cette réussite. Marcelo de Andrade Mota connaît bien à la fois le potentiel et les défis associés à ces normes :

« Je pense que l’aspect le plus intéressant du processus d’élaboration des normes de l’OMSA est qu’il repose sur le consensus, ce qui est essentiel pour permettre aux pays de les mettre réellement en œuvre. Cela dit, il faut être honnête : nous, les délégués, nous nous accordons sur des normes à Paris, à l’OMSA, et c’est très bien. Mais une fois de retour dans nos pays, nous devons faire notre part du travail. Nous devons assurer le suivi, appliquer les règles dans notre contexte national et négocier avec les parties prenantes concernées. Cela peut être difficile, mais le fait que ces normes soient établies par consensus rappelle l’importance de leur adoption. »

Pour évaluer si et comment les normes sont mises en œuvre par les pays, l’Observatoire de l’OMSA a publié son deuxième Rapport de suivi. L’étude de cas du Brésil illustre clairement l’importance des normes et l’impact positif qu’elles peuvent avoir à plusieurs niveaux.

Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire

Le Deuxième Rapport de Suivi de l’Observatoire fournit à l’OMSA et à ses Membres des analyses et des recommandations sur l’utilisation et la mise en œuvre des normes de l’OMSA. Grâce à une méta-analyse ambitieuse de plusieurs ensembles de données, internes et externes à l’OMSA, le rapport est conçu comme un outil pratique pour orienter la stratégie future de l’Organisation et de ses Membres. Pour cette raison, il sera publié tous les cinq ans, en cohérence avec les cycles des Plans stratégiques de l’OMSA.

Le rapport complet est accessible en ligne et couvre les thèmes suivants : le commerce et les mesures sanitaires, les auto-déclarations et statuts officiels, le contrôle des mouvements à l’intérieur des pays/territoires et les précautions aux frontières, le zonage et la compartimentation, l’usage des antimicrobiens et la résistance aux antimicrobiens, ainsi que la mise en œuvre de l’approche One Health. Des fiches d’information et des tableaux de bord interactifs sont également disponibles pour permettre à chacun de consulter et d’extraire les informations.

Utilisation et amélioration des normes de zonage au Brésil

Le zonage est une pratique qui permet aux autorités vétérinaires de diviser le territoire d’un pays en zones plus petites, chacune regroupant des animaux ayant un statut sanitaire spécifique pour une maladie donnée. Ainsi, en cas d’épidémie dans une zone, celle-ci peut être contenue sans affecter les autres, permettant aux activités et au commerce de se poursuivre normalement dans les régions indemnes. Pour mettre en œuvre le zonage efficacement, les pays doivent établir un système d’identification des animaux, des contrôles des mouvements et des mesures de biosécurité. Le maintien de zones indemnes de maladies favorise la production et le commerce sûr des animaux et de leurs produits.

Le pourcentage de Membres de l’OMSA touchés par une maladie et déclarant utiliser le zonage comme mesure de contrôle est passé de 40 % en 2005 à 67 % en 2021. *2021 correspond à la dernière année pour laquelle les données disponibles sont les plus complètes

L’introduction du concept de zonage au Brésil est étroitement liée à la lutte contre la fièvre aphteuse (FA), à une période de croissance rapide et de demande croissante pour une production de viande améliorée. Comme l’explique Marcelo de Andrade Mota :

« Depuis les années 1950, l’objectif d’éradiquer la FA a façonné l’organisation de nos services vétérinaires à travers le pays. Cela a stimulé l’industrie pharmaceutique pour la production de vaccins et a finalement influencé notre approche du zonage. Le Brésil est un pays très vaste : si nous voulions le rendre indemne de FA, nous savions qu’il fallait travailler sur des zones plus petites, en divisant le pays et en les priorisant selon les besoins et les capacités des services vétérinaires locaux. »

Nous avons combattu la maladie zone par zone, en isolant chaque foyer, en vaccinant les animaux, puis en supprimant progressivement la vaccination, toujours zone par zone. Dans les années 1990, nous avons obtenu la première zone reconnue indemne avec vaccination ; en 2024, tout le pays était indemne sans vaccination, et en 2025, l’OMSA a officiellement reconnu ce statut.


Marcelo de Andrade Mota, Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA.

Pour un pays comme le Brésil, aujourd’hui l’un des plus grands producteurs et exportateurs de viande au monde, le zonage est plus qu’un simple outil d’éradication. Dans sa nouvelle ère indemne de FA, le Brésil a mis en place des « zones de paix », comme les appelle le Dr de Andrade Mota, qui peuvent être activées en cas de réapparition de la maladie. Si un cas était détecté, la zone affectée serait isolée, tandis que les éleveurs des autres zones pourraient continuer à déplacer leurs animaux et à gérer leurs activités sans interruption.

La déclaration du zonage comme mesure de contrôle lorsqu’une maladie est présente dans une ou plusieurs régions des Membres de l’OMSA varie fortement selon la maladie.*2021 correspond à la dernière année pour laquelle les données disponibles sont les plus complètes.

Recommandations de l’Observatoire

Le deuxième Rapport de suivi de l’Observatoire propose des recommandations pratiques à l’OMSA et à ses Membres pour améliorer la mise en œuvre de ces normes. Par exemple, l’OMSA recommande aux Membres d’appliquer des mesures fonctionnelles, telles que le contrôle des mouvements, pour soutenir le zonage. Elle suggère également d’envisager l’utilisation de cette mesure en complément des mécanismes de l’OMSA, comme la reconnaissance officielle des statuts et l’auto-déclaration, qui peuvent faciliter les accords commerciaux bilatéraux. Cette approche correspond étroitement à l’expérience du Brésil et pourrait intéresser de nombreux autres pays.

Le monde est aujourd’hui plus interconnecté et les pays cherchent de plus en plus à maintenir un commerce sûr. Des mesures comme le zonage aident à réduire les risques et les impacts économiques des maladies animales sur le commerce international. Maintenant que le Brésil est indemne de fièvre aphteuse, notre objectif est de tirer parti de ce statut et de notre système de zonage efficace, reconnu par l’OMSA, dans le cadre des accords commerciaux.

Marcelo de Andrade Mota, Directeur des services vétérinaires du Brésil et le Délégué de l’OMSA.

Cela est rendu possible grâce aux normes internationales. Pour qu’un pays voie sa stratégie de zonage reconnue par l’OMSA, il doit se conformer aux normes de l’Organisation. Cependant, il ne s’agit pas d’un processus unilatéral où les pays s’adaptent simplement à des règles externes. S’appuyant sur son expérience nationale et ses succès, le Brésil participe activement aux discussions sur les normes de zonage depuis les années 1980, contribuant à leur élaboration par consensus avec d’autres pays. Comme l’explique le Dr de Andrade Mota : « Mettre en œuvre des normes reconnues par l’OMSA change la donne. Elles protègent non seulement la santé animale et renforcent les services vétérinaires, mais elles ouvrent aussi l’accès aux marchés mondiaux, stimulent la croissance économique et positionnent les pays comme des partenaires de confiance dans une chaîne d’approvisionnement en élevage sûre et durable. »

Après de fortes pluies en septembre 2025, la fièvre de la Vallée du Rift est apparue au Sénégal, en Mauritanie et en Gambie, affectant gravement à la fois les animaux et les populations humaines. Bien que la maladie ne soit pas nouvelle dans ces pays, son impact fluctue fortement au fil du temps, soulignant l’importance de la préparation et de la surveillance. Au pic de l’épidémie, le Sénégal a montré comment la collecte et la notification rapides des données via le Système mondial d’information zoosanitaire (WAHIS) peuvent faire la différence.

Entre le 16 et le 18 septembre 2025, Mathioro Fall se trouvait à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour participer à une session de formation organisée par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) sur la notification des maladies animales via WAHIS. En tant que chef de la division de la protection de la santé animale au ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal, le Dr Fall est chargé de soumettre les mises à jour relatives aux foyers de maladies animales dans WAHIS — raison de son déplacement en Côte d’Ivoire.

À cette période, la fièvre de la Vallée du Rift était déjà présente au Sénégal, avec des cas signalés depuis au moins septembre 2020 dans la région de Rao. Peu après avoir terminé la formation, le Dr Fall s’est connecté à WAHIS pour clôturer l’événement précédent et en ouvrir un nouveau, en raison de l’augmentation des foyers de fièvre de la Vallée du Rift chez les animaux comme chez l’humain. En effet, à la fin du mois de septembre, les autorités sanitaires sénégalaises ont confirmé des infections humaines, dont plusieurs décès, marquant le début d’un événement majeur touchant le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie. Cet épisode épidémique a par la suite été reconnu comme présentant un risque élevé pour la santé humaine et animale au niveau national, à la suite d’une évaluation conjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’OMSA.

Début décembre, Mathioro Fall était de retour à Saint-Louis — à quatre heures de route de Dakar, la capitale du Sénégal — pour une mission de suivi des foyers de fièvre de la Vallée du Rift. Selon les données qu’il collecte et partage chaque semaine avec la communauté internationale, l’épidémie semble avoir atteint son pic et le nombre de cas devrait désormais diminuer progressivement.

« Les mesures de confinement se révèlent efficaces », explique le Dr Fall lors d’une pause au cours de sa mission sur le terrain. « Mais nous examinons maintenant les actions mises en place afin d’élaborer un plan d’amélioration pour les futures épidémies. La fièvre de la Vallée du Rift est une maladie prioritaire au Sénégal : nous connaissons les zones à risque où elle est susceptible de réapparaître, et nous savons qu’elle suit un cycle. Elle revient généralement tous les deux à trois ans, donc c’est le moment d’apprendre de ce que nous avons fait et de renforcer la surveillance et la prévention au sein des populations animales. »

Surveiller les infections animales pour protéger la santé de tous

Fièvre de la Vallée du Rift est une maladie vectorielle qui peut toucher différentes espèces animales. Le virus est transporté et propagé par les moustiques et, dans certains cas, il peut même survivre pendant des années dans leurs œufs, y compris dans des conditions de sécheresse. Lorsque de fortes pluies provoquent l’éclosion des œufs, le virus peut réapparaître et commencer à se propager à nouveau parmi les animaux. Les humains peuvent également être infectés, le plus souvent par contact avec le sang ou les fluides corporels d’animaux infectés, mais aussi par des piqûres de moustiques.

La maladie est particulièrement dangereuse pour les agneaux et les chevreaux, avec des taux de mortalité allant de 70 % à 100 %. Chez les moutons adultes et les veaux, la mortalité chute à 20 %–70 % et varie largement selon les autres espèces. Les brebis et les vaches gestantes avortent presque systématiquement : un résultat à la fois dévastateur pour les éleveurs et un signal crucial pour les épidémiologistes. Comme l’explique le Dr Fall :

« En plus des vaccinations ciblées, de la surveillance active des espèces sentinelles et de l’utilisation d’insecticides dans les exploitations, nous devons sensibiliser les éleveurs aux symptômes de la maladie afin qu’ils puissent signaler efficacement les avortements chez leurs animaux. Cela nous permet de détecter un foyer en cours et, in fine, d’alerter nos collègues du secteur de la santé humaine de toute menace émergente potentielle. »

Former le personnel à la meilleure utilisation de WAHIS

Dès qu’un foyer d’une maladie animale listée, nouvelle ou auparavant éradiquée, survient sur leur territoire, les Membres de l’OMSA sont tenus de le signaler via WAHIS.

Si ce système d’information constitue une source de données essentielle pour les Services vétérinaires, les organisations internationales et les chercheurs souhaitant collecter et réutiliser des informations sur la santé animale, l’efficacité de WAHIS dépend de l’engagement et de la coopération des personnes qui y font leurs signalements. Comme l’a souligné une étude récente dans la région Asie-Pacifique, les compétences sont cruciales pour garantir une notification rapide des maladies. C’est pourquoi des formations sont régulièrement organisées dans le monde entier.

« Je rapporte via WAHIS depuis de nombreuses années », reconnaît Mathioro Fall, « mais je dois admettre que la dernière formation à laquelle j’ai participé m’a donné des conseils utiles pour utiliser la plateforme de manière plus efficace et rapide. »

Les maladies au-delà des frontières

La carte montre les foyers de fièvre de la Vallée du Rift signalés par le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie via WAHIS entre le 30 septembre et le 10 décembre 2025.

Comme toutes les maladies, la fièvre de la Vallée du Rift ne connaît pas de frontières, et sa nature vectorielle la rend particulièrement difficile à contenir dans une zone spécifique. Le Sénégal n’est pas le seul pays touché par des foyers fin 2025. La Mauritanie et la Gambie ont également signalé des cas durant la même période, et l’Afrique du Sud a connu une réapparition de la maladie dans un événement indépendant. Depuis le tableau de bord de la situation des maladies de WAHIS, on peut constater que, depuis 2023, le virus a également été signalé au Burkina Faso, au Burundi, au Rwanda, à Madagascar, en Ouganda, au Ghana, au Mozambique et au Kenya.

« Un seul pays ne peut pas contrôler de manière définitive une maladie transfrontalière. L’événement de cette année a été exceptionnel, mais nous aurions signalé la présence de la maladie de toute façon, car c’est notre devoir en tant que Membre de l’OMSA. Partager des données sur les foyers actuels est essentiel pour aider les autres pays à comprendre la situation.

Dr Fall, Chef de la division de la protection de la santé animale au ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage du Sénégal.

« Par le passé, par exemple, nous avons utilisé les données de WAHIS pour évaluer la situation des maladies animales chez nos partenaires commerciaux. En notifiant, nous permettons à nos collègues d’autres pays de comprendre ce qui se passe, d’évaluer les risques, de se préparer en conséquence et, si nécessaire, de plaider pour des ressources avec des preuves solides en main. »

Différentes façons de notifier via WAHIS

En collectant et en rendant accessibles d’importantes quantités de données à tous, WAHIS constitue une source d’informations très diversifiée, consultable par un large public. Les pays et territoires sont tenus de signaler les données de deux manières : via le système d’alerte précoce et via le système de suivi.

Dans le premier cas, lorsqu’une maladie auparavant absente ou éradiquée survient chez les animaux, le pays notifie immédiatement l’OMSA via WAHIS. Une alerte est alors envoyée, et le pays notifiant doit fournir des mises à jour hebdomadaires.

Le système de suivi est conçu pour offrir un aperçu de la présence ou de l’absence d’une maladie dans une zone donnée. Les Membres de l’OMSA doivent soumettre un rapport tous les six mois, fournissant des données épidémiologiques sur toutes les maladies présentes sur leur territoire. Ces données sont affichées sur WAHIS, mais elles peuvent également être téléchargées et réutilisées par toute personne intéressée.

La fièvre de la Vallée du Rift a fait la une en Afrique de l’Ouest ces derniers mois et, comme de nombreuses maladies vectorielles, il est peu probable qu’elle disparaisse de sitôt. Sa capacité à infecter à la fois les animaux domestiques et sauvages, combinée aux effets du changement climatique et des événements météorologiques extrêmes, signifie que la population devra probablement se familiariser davantage avec cette maladie. En attendant, les responsables de la santé animale collectent et partagent déjà des données afin d’être prêts à prendre les meilleures décisions lorsque cela sera nécessaire.

La peste des petits ruminants (PPR) une maladie virale dévastatrice et hautement contagieuse qui constitue une menace sévère pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages – compromet le développement économique et la sécurité de plus de 330 millions de personnes dans le monde qui en dépendent. Ses taux de morbidité et de mortalité, pouvant atteindre jusqu’à 100 % dans les populations naïves, entraînent des pertes économiques pouvant aller jusqu’à 2,1 milliards USD par an en raison de la baisse de productivité, de la diminution des revenus des troupeaux, de la perte de bétail et d’opportunités commerciales, de la perturbation des chaînes d’approvisionnement, de l’exclusion des marchés lucratifs, des coûts de traitement et de vaccination, ainsi que des pertes d’emploi dans le secteur.

Une stratégie coordonnée pour combattre la PPR

Depuis sa première identification en 1942, la PPR s’est propagée à plus de 70 pays à travers l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est, s’enracinant dans de nombreuses régions et constituant une menace sérieuse pour les moyens de subsistance et les économies locales. En 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’OMSA ont lancé la Stratégie mondiale de contrôle et d’éradication de la PPR (PPR GCES) avec l’objectif ambitieux d’éradiquer la maladie d’ici 2030.

Éradiquer la PPR représenterait bien plus que l’éradication mondiale d’une maladie infectieuse. Cela permettrait de relever des défis en matière de sécurité, de réduire les mouvements illégaux de bétail et de gérer la migration, en particulier dans un contexte d’instabilité croissante et de chocs liés au changement climatique. Au-delà de cela, l’élimination de la maladie pourrait améliorer la productivité, la sécurité alimentaire, la génération de revenus et l’autonomisation sociale. Améliorer la santé des populations de petits ruminants peut autonomiser les femmes et nous rapprocher davantage de l’équité entre les sexes.

Transformer les services vétérinaires grâce aux partenariats public-privé

La propagation continue de la PPR et son enracinement dans les zones endémiques, aggravés par l’accès limité aux services vétérinaires pour les communautés marginalisées, présentent de réels défis pour son éradication. Cependant, les campagnes de vaccination réussies contre la PPR au Maroc et le Projet régional du Sahel d’appui au pastoralisme (PRAPS), qui cible le contrôle de la PPR dans la région du Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal), démontrent clairement qu’avec un investissement dans les Services vétérinaires et l’intégration de la vaccination en plus des mesures de biosécurité, éradiquer la PPR est bel et bien possible.

Le Maroc investit dans le développement de son secteur vétérinaire privé depuis les années 1980 et, ce faisant, le pays a encouragé les professionnels vétérinaires à établir des pratiques dans les zones rurales afin d’assurer un soutien régulier aux agriculteurs. La présence étendue de la main-d’œuvre vétérinaire du Maroc constitue un réseau efficace de professionnels sur lesquels les autorités de santé animale s’appuient lorsque des campagnes de vaccination doivent être déployées.

Nous disposons d’un secteur vétérinaire privé bien développé dans presque toutes les régions du Maroc, qui apporte un soutien important à la conduite des campagnes de vaccination du bétail contre plusieurs maladies animales, en particulier la PPR, nous aidant à atteindre un taux de couverture vaccinale très élevé.

Dr Abderrahman Abouyassir, Délégué l’OMSA pour le Maroc. 

« Leur soutien a été crucial pour atteindre nos objectifs, en particulier pour couvrir autant d’éleveurs que possible au niveau national, ainsi que pour sensibiliser et motiver les agriculteurs à participer aux campagnes de vaccination », explique le Dr Abderrahman Abouyassir.

Éradiquer la PPR ne profite pas seulement aux moutons et aux chèvres, mais concerne aussi les moyens de subsistance, la nutrition et la santé des populations, les économies locales, ainsi que l’accès à l’éducation et aux soins de santé. En luttant contre des maladies telles que la PPR, les professionnels vétérinaires et les paraprofessionnels contribuent à améliorer la santé et le bien-être des animaux et œuvrent pour une vie meilleure pour notre société. Créer des infrastructures vétérinaires durables pour une production de vaccins de qualité, des diagnostics et la formation de travailleurs communautaires en soins animaux permet non seulement de faire face aux maladies animales, mais aussi de répondre à des défis mondiaux plus larges. Dans les régions où les femmes sont souvent sous-représentées dans les systèmes vétérinaires formels et les processus décisionnels, par exemple, les former comme agents communautaires de santé animale pourrait non seulement renforcer les services de santé animale, mais aussi leur donner des compétences, une reconnaissance et une voix plus influente dans leurs communautés.

L’OMSA encourage ses Membres à rester engagés dans l’éradication de la PPR grâce à des investissements renouvelés dans les services vétérinaires. En protégeant les animaux, les Membres protègent et autonomisent leurs communautés et maintiennent la croissance de leurs économies. Une main-d’œuvre vétérinaire bien formée et bien équipée est essentielle pour assurer la santé et le bien-être des animaux et des personnes qui en dépendent. Ensemble, nous pouvons protéger les moyens de subsistance, renforcer la sécurité alimentaire et construire un avenir résilient pour les communautés qui dépendent des petits ruminants pour leurs moyens de subsistance.

Ils fournissent du fumier pour fertiliser les cultures, servent d’assurance en cas de pertes agricoles ou de sécheresse, et contribuent au développement économique national ainsi qu’au bien-être général des communautés. Les petits ruminants constituent souvent l’actif le plus crucial, et parfois le seul, sur lequel certaines populations comptent pour survivre. Dans ces communautés, la peste des petits ruminants (PPR) – une maladie virale hautement contagieuse qui représente une menace grave pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages – est dévastatrice. 

Inoubliable demeure la détresse, l’incrédulité et l’angoisse sur les visages des femmes et des hommes tenant dans leurs bras leurs chèvres mourantes, dont ils dépendaient tant – mourantes d’une maladie pourtant totalement évitable. C’est cela, la PPR – non pas seulement un virus, mais un destructeur de vies.

Dre Paula Menzies, Présidente de l’Association internationale des vétérinaires ovins et membre du conseil d’administration de l’Association internationale caprine. 

Depuis sa première identification en 1942, la PPR s’est propagée à plus de 70 pays à travers l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est, s’enracinant dans de nombreuses régions. Les pertes causées par la PPR vont bien au-delà de l’animal infecté : elles incluent une baisse de productivité entraînant une diminution des revenus du troupeau, une perte de sources nutritionnelles et, parfois, un mode de vie tout entier anéanti. « Pour les éleveurs nomades, la PPR est bien plus qu’une maladie – elle menace leurs moyens de subsistance, leur sécurité alimentaire et leur identité culturelle », explique le Dr Amarsanaa Lkhagvasuren. « Les petits ruminants sont au cœur de leur mode de vie. » 

En 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ont lancé la Stratégie mondiale de contrôle et d’éradication de la PPR (PPR GCES), avec l’ambitieux objectif d’éliminer la maladie d’ici 2030. Dix ans plus tard, il apparaît qu’un effort mondial soutenu et coordonné demeure plus que jamais indispensable pour garantir l’éradication de la PPR et renforcer la résilience des communautés dépendantes des petits ruminants. 

Lors d’une flambée de PPR dans une région massaï, j’ai vu des éleveurs anéantis, perdant jusqu’à 10 à 20 chèvres par jour dans des troupeaux de 600 à 1000 moutons et chèvres. Au Burundi, j’ai rencontré des agriculteurs qui possédaient chacun 5 à 10 chèvres, et les perdaient à cause de la PPR, laissant leurs familles désemparées, incapables d’envoyer leurs enfants à l’école.

Dr Adama Diallo, expert PPR et membre du Comité consultatif sur la PPR. 

La propagation continue de la PPR vers de nouvelles régions et son enracinement dans les zones endémiques – aggravés par un accès limité aux services vétérinaires pour les communautés marginalisées – rendent son éradication difficile, mais non impossible. Le succès repose sur la mise en œuvre d’interventions clés telles que le contrôle strict des mouvements de bétail, la vaccination, la sensibilisation, l’investissement dans une main-d’œuvre vétérinaire bien équipée et le soutien aux communautés les plus vulnérables face à la maladie. 

Les femmes et les jeunes, en particulier, sont souvent les premiers à détecter les signes de maladie chez les animaux, car ils participent activement à leurs soins quotidiens. Pourtant, ils restent sous-représentés dans les systèmes vétérinaires formels, exclus des processus décisionnels clés et insuffisamment outillés pour réagir efficacement à la maladie. « Nous devons reconnaître, soutenir et valoriser les voix des femmes et des jeunes nomades », insiste le Dr Lkhagvasuren. « Les femmes et les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires des interventions. Ce sont des partenaires et des leaders essentiels dont les connaissances, les soins et les perspectives sont indispensables au succès des efforts d’éradication. » La Docteure Menzies ajoute « Impliquer les éleveurs nomades – en particulier les femmes et les jeunes – n’est pas une option ; c’est une nécessité pour éradiquer la PPR. » 

Lorsque les familles sont économiquement autonomes, elles peuvent mieux planifier leur vie. Elles n’ont plus besoin de parcourir de longues distances pour survivre, ce qui réduit les mouvements illégaux de bétail et la migration rurale-urbaine. Elles peuvent envoyer leurs enfants à l’école, diversifier leurs revenus, mieux protéger l’environnement et, indirectement, contribuer à relever les défis de sécurité – en particulier dans un contexte d’instabilité croissante, de changement climatique et d’autres menaces émergentes. 

La peste des petits ruminants ne concerne pas uniquement la morbidité et la mortalité des moutons et des chèvres : elle touche également les moyens de subsistance, la nutrition, la santé et l’accès à l’éducation et aux soins médicaux. C’est pourquoi l’OMSA appelle ses Membres à s’engager à renforcer leur collaboration et leur coopération pour mettre en œuvre des stratégies d’éradication harmonisées. Cela ne sera possible qu’à travers une mobilisation coordonnée et harmonisée des ressources. La PPR est une maladie prioritaire, et son élimination dépendra de l’engagement et de la capacité des Membres à mobiliser des ressources nationales. Nous exhortons les gouvernements et les partenaires financiers à faire de son éradication une priorité. Ce faisant, nous pourrons protéger les moyens de subsistance, renforcer la sécurité alimentaire et bâtir un avenir résilient pour les communautés dépendantes des petits ruminants. 

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La peste des petits ruminants (PPR) est une maladie virale dévastatrice et hautement contagieuse qui constitue une menace grave pour les moutons, les chèvres et certaines espèces de ruminants sauvages. Avec des taux de morbidité et de mortalité pouvant atteindre 100 % dans les populations naïves, la PPR entraîne des pertes économiques allant jusqu’à 2,1 milliards de dollars USD par an. Au-delà de son impact économique, elle compromet gravement les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la nutrition, en particulier dans les régions vulnérables où les communautés dépendent des petits ruminants comme source essentielle de revenus et de stabilité. 

Les pertes causées par la PPR — incluant la baisse de productivité, la diminution des revenus des troupeaux, la perte de bétail et d’opportunités commerciales, la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’exclusion des marchés lucratifs, les coûts de traitement et de vaccination, et les pertes d’emplois dans le secteur — affectent directement la sécurité alimentaire mondiale et aggravent la pauvreté, notamment dans les communautés rurales. Environ un tiers de l’impact financier se produit en Afrique, et un quart en Asie du Sud. 

L’éradication de la PPR est en vue

Présente dans plus de 70 pays en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, la peste des petits ruminants est devenue endémique dans de nombreuses régions, représentant une menace sérieuse pour les moyens de subsistance des éleveurs et les économies fragiles. Forts du succès de l’éradication de la peste bovine, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) ont lancé en 2015 la Stratégie mondiale de lutte et d’éradication de la PPR (GCES). Celle-ci vise à éliminer la maladie et à renforcer la santé économique des pays les plus touchés. La GCES trace une voie claire vers l’éradication de la PPR à travers la coordination régionale, l’augmentation des investissements dans les services vétérinaires, et des mesures de contrôle telles que la surveillance, les pratiques de biosécurité et la vaccination, lorsque cela est nécessaire. 

Lutter contre la PPR pour favoriser le développement économique 

« Les avantages de l’éradication de la PPR vont bien au-delà de l’élimination d’une maladie infectieuse », déclare la Dre Paula Menzies, présidente de l’Association vétérinaire internationale pour les ovins et membre du conseil d’administration de l’Association internationale pour les chèvres. « Nous savons ce que la perte des animaux, qu’elle soit causée par la maladie, la famine ou les conflits, engendre — non seulement pour l’économie, mais aussi pour la stabilité sociale des éleveurs. » À l’inverse, les pays exempts de PPR bénéficient directement sur le plan économique et peuvent accéder à des marchés commerciaux lucratifs. Dans les zones arides et semi-arides difficiles d’accès, l’éradication de la PPR et l’amélioration de la santé des petits ruminants permettent également de relever des défis en matière de sécurité, de réduire les mouvements illégaux de bétail et de mieux gérer les migrations, notamment face à l’instabilité croissante et aux chocs liés au changement climatique. 

Un exemple concret est celui du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (PRAPS), cofinancé par les gouvernements et la Banque mondiale, qui cible la lutte contre la PPR dans la région du Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal). Entre 2016 et 2022, 188 millions de doses de vaccin contre la PPR ont été distribuées dans la région, dont 32,2 millions de doses en 2022. 

Au Niger, les revenus des ménages pastoraux et agro-pastoraux soutenus par le PRAPS ont augmenté de 24 % entre 2022 et 2025, et au Mali, une augmentation de 52 % a été enregistrée. Le projet PRAPS ne se limite pas à la vaccination contre la PPR ; il renforce aussi les services de santé animale, les infrastructures et l’agriculture – un secteur qui, selon la Banque mondiale, est 2 à 3 fois plus efficace pour réduire la pauvreté que les autres secteurs. 

Un engagement continu

La nature transfrontalière de la PPR exige une coordination solide et des partenariats efficaces entre les organisations internationales telles que la FAO et l’OMSA, les organisations régionales comme le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA)*, ainsi que tous les partenaires du Cadre mondial pour la maîtrise progressive des maladies animales transfrontalières (GF-TADs) aux niveaux mondial et régional. Dix ans après le lancement de la GCES, la WOAH reste pleinement engagée dans l’éradication de la PPR. Et, alors que la PPR continue de ravager des communautés — notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, qui hébergent plus de 80 % de la population mondiale de petits ruminants — nous appelons nos Membres à harmoniser leurs efforts de lutte et d’éradication, et à mobiliser les ressources financières nécessaires pour garantir des services vétérinaires bien équipés. 

La PPR pourrait devenir la deuxième maladie animale éradiquée de l’histoire, après la peste bovine. Son éradication permettrait de réduire la pauvreté mondiale et d’améliorer la sécurité alimentaire, prouvant que la PPR n’est pas seulement une question de morbidité et de mortalité chez les moutons et les chèvres, mais une maladie qui affecte le bien-être de plus de 300 millions de familles rurales à travers le monde qui dépendent de l’élevage de petits ruminants. L’éradication de la PPR n’est pas une dépense, c’est un investissement pour un avenir meilleur pour tous. 


* Parmi les autres organisations régionales impliquées, on peut citer : SAARC – South Asia, GCC & AOAD – Moyen-Orient, ECO – Central Asia/West Eurasia, RECs en Afrique- IGAD, EAC, ECCAS/CEBERVIRHA, ECOWAS, SADC, UMA/Maghreb region